l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

lundi, novembre 06, 2006

13 juillet 1972

Je me dispute avec Jean- Yves. Je lui reproche une fois de plus d’être allé se promener avec une autre fille que moi, alors qu'il m'a vue partir faner avec ma mère.
Je suis furieuse et crie. Lui calmement, tente de m'expliquer, qu'il ne va pas passer sa vie à m'attendre, mais que par contre lorsque je serai à lui, il n'aura pas d'aventure. Je ne crois pas ces balivernes. Je menace de me comporter comme lui
Il ricane et me met au défi : « eh bien ! Vas – y. » Nous nous séparons, non réconciliés.
14 juillet :
Bal à la salle des fêtes de Chaumontel, mais aussi bal partout dans les villages des alentours. Je me prépare à retrouver Jean – Yves, espérant bien me réconcilier avec lui. Déception, il n'est pas au bal. Je l'attends, regardant sans cesse vers l'entrée. Mais il ne vient pas. Voilà Pierre Paudane qui arrive, c'est le meilleur copain de Jean – Yves. Il habite Sergent, juste à coté de La Castagne et je le rencontre très souvent au bal. Je danse parfois avec lui en attendant Jean – Yves. Je sais qu'il me trouve jolie, je l'ai deviné dans sa façon de me regarder.
Je l'accoste donc dès son arrivée et lui demande s'il sait où est son copain. « Il est à Bellemère, me dit – il. » J'en suis fort contrariée mais je fais contre mauvaise fortune, bon cœur et danse tout ce début de soirée avec Pierre. Vers minuit, sachant que l'on ne paie plus les entrées au bal, je lui demande de m'emmener à Bellemère, ce qu'il accepte sans réticence. Pendant le voyage d'une dizaine de kilomètres, je remarque bien que Pierre cherche à me frôler à chaque fois qu'il change de vitesse, mais bon, rien de bien méchant. Il me fait aussi toutes sortes de compliments. Inhabituel ce comportement ! Je suis naïve et ne vois rien venir. On arrive enfin. Mais là, déception ! Pas de Jean – Yves ! Je ne connais personne à part Pierre. Je suis très fâchée après Jean – Yves, l'imagine avec une autre fille, peut être Anne – Marie Bagne ( elle n'est pas à Chaumontel non plus, alors...).
Je danse donc avec Pierre tout le reste de la soirée jusqu'au moment où le bal ferme ses portes. Pierre doit me raccompagner, de toute façon je n'ai pas d'autre solution. Il ne se fait pas prier d'ailleurs pour le faire. Mais en route, il s'arrête dans un sentier, juste pour discuter un peu, dit – il. Je comprends très vite qu'il ne s'agit pas de ça. En fait, il me raconte que Jean – Yves est à Commentaires avec une autre. Il ne la connaît pas et ne veut pas en parler. J'en suis catastrophée et quand Pierre me prend dans ses bras pour me consoler, je ne le repousse pas. Je ne le repousse pas davantage quand il m'embrasse, se met à me caresser, de manière beaucoup plus osée que Jean – Yves. Au bout de très peu de temps, je le sens qui me pénètre. Cela dure deux ou trois minutes avant que cela soit terminé. Je ne ressens rien, si ce n'est du dégoût, un peu de douleur aussi au niveau du ventre et certes aucun plaisir. Pierre a l'air très épanoui, lui, moi pas. En remontant mon slip à peine descendu, j'annonce : « On rentre cette fois et vite. » On n'échange plus un seul mot sur le chemin du retour. Devant la maison, Pierre me demande alors : « On se voit demain ? » Ma réponse le déconcerte un peu par la violence du ton que j'emploie : « Certainement pas, plus jamais ! » Et je tourne les talons.
Je ne suis pas fière, j'ai même carrément honte. La jalousie que j'éprouve depuis ce début de soirée est si intense qu'elle prend malgré tout le pas sur tous les autres sentiments qui m'animent et sitôt au lit, après m'être lavée derrière le paravent de la cuisine, discrètement, sans faire de bruit pour ne pas réveiller mes parents, je pleure, je pleure, je pleure jusqu'à une heure bien avancée de la nuit....... Je ne pleure pas la perte de ma virginité, non, mais la perte peut être déjà de quelques illusions. J'ai le sentiment de m'être fait abuser, non pas par Pierre Paudane, mais par toutes ces filles qui m'ont fait croire que faire l'amour, c'était bien. Je suis très malheureuse, trop, beaucoup trop malheureuse. Je m'apitoie sur mon sort et finalement me pardonne assez facilement mon idiotie..............
Le lendemain, j'apprends par Béatrice K, que Jean – Yves est arrivé à Chaumontel à minuit un quart, juste après que je sois partie, qu'il lui a demandé où j'étais mais qu'elle n'a rien dit et qu'il a fini sa soirée à la buvette avec le reste de la bande. Elle ajoute aussi qu'il m'attendra sur la place le soir à 20 h. C'est l'heure à laquelle je descends le lait au chalet. Deux bouilles dans une remorque à 2 roues. Bonne excuse pour retrouver les copains. Ma mère m'autorise à m'attarder chaque soir jusqu'à la tombée de la nuit.
Donc une fois le lait versé dans le pèse lait, l'inscription sur le carnet faite, je suis libre.
Ce soir là, Jean – Yves m'attend. Il ne sourit pas à mon approche, bien loin s'en faut
« Monte, j'ai à te parler ! » Me dit 'il en m'invitant à m'asseoir à ses côtés. Je ne pose pas de questions. Il a un drôle d'air. Malheureux ? Énervé ? Peut être plutôt abasourdi. Je confie ma charrette à ma copine Marie – France en lui donnant pour consigne de m'attendre absolument et file le rejoindre dans sa deux chevaux
Nous partons immédiatement en direction de Tellières et sitôt en route il attaque :
« J'ai vu Paudane, il m'a tout raconté. Comment as -tu pu me faire ça ? Pourquoi ? » J'ai du mal à trouver des réponses plausibles d'autant plus que je le sens près d'exploser. Je sens une sorte de rage contenue et je ne suis pas très rassurée. Nous nous arrêtons enfin dans un petit sentier qui serpente au milieu de la forêt. Une fois le moteur coupé, Jean – Yves me regarde intensément et là je craque. Je fonds en larmes. Bien sûr, je suis très vite consolée par mon amoureux et pour la première fois je fais véritablement l'amour. Je l'aime follement ; lui aussi, tout du moins ce soir là. Nous ne prenons aucune précaution, mais la chance doit être avec nous car nous ferons l'amour ainsi pendant des années sans que je me retrouve enceinte. Heureusement je n'ai que quinze ans et lui vingt deux...
De retour sur la place, il ne reste que Marie – France, qui nous attend. Elle comprend tout de suite et me dit : « Tu l'as fait ? C'était bien ? » Je ne réponds que d'un hochement de tête à sa première question. Pour la seconde, pas besoin de réponse ; on peut lire dans mes yeux tout le bonheur que je ressens.
Je n'en parle à personne dans les jours, mois, années qui suivent.
Je me garde ces instants pour moi seule.
Ce sont de ces moments magiques qu'il faut ranger bien précieusement dans un coin de sa tête et auxquels il faut parfois faire appel pour pouvoir continuer son chemin...