l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

mardi, novembre 07, 2006

Denis à Chalain : Août 1976

Je viens d’avoir mon bac ; à la rentrée je serai normalienne et gagnerai ma première paye. En attendant, je n’ai plus d’argent et dois donc travailler
Début mai, j’ai fait une fausse couche. J’étais enceinte d’un mois et demi et n’ai pas eu de curetage, mais Denis et moi avons été bien déçus.
Aujourd’hui je suis à Chalain , où je dois passer un mois à travailler. Je suis engagée au nettoyage des douches, à la vente des pains de glace et en même temps à la laverie automatique. Dur boulot mais qui gagne bien et j’ai besoin d’argent pour payer mon loyer à la rentrée. Je me suis trouvé une chambre dans la rue St Désiré. Pas terrible la chambre ! Une grande pièce avec un placard mural qui sert de cuisine, un évier avec l’eau froide .Les WC sont dans un couloir à l’extérieur et partagés par tous les locataires de l’étage. Je ne le sais pas bien sûr, mais cette grande chambre, bien laide, va être un des endroits où j’aurai été la plus heureuse, comme quoi l’écrin ne fait pas la valeur du bijou.
J’ai à nouveau un retard de règles, pas beaucoup, mais une quinzaine de jours quand même. Inhabituel ! Comme le mois dernier ? Peut être suis – je à nouveau enceinte. De plus je me sens toute bizarre. J’ai même pris un malaise devant le bar hier ; j’avais l’air malin, couchée par terre dans les pommes. J’ai vu tout noir et plouf ! , Par terre ! Mes collègues étaient bien embêtées.
Chantal et Gilles sont passés me voir en rentrant de Champagnole hier, mais je ne leur en ai pas parlé et aujourd’hui c’est Jean – Yves Meraux qui est là. Tu parles d’une surprise ; il est arrivé avec un de ses copains en début d’après – midi et en ce moment, il lave les douches à ma place, ça m’arrange bien mais je ne comprends pas trop bien ce qu’il vient faire, puisque pour tous les deux, c’est fini. Peut être vient – il juste pour voir comment je tiens le coup. En tout cas, pour moi, ça va mieux. Je réussis même à ne plus trop penser à lui, alors qu’il me fiche donc la paix. Lui il a l’air d’aller mieux que bien, plus que très bien. Il parade à tout va, alors je lui annonce que je me sens super heureuse avec Denis, histoire de lui rabattre son caquet. Raté ! Il sourit en me répondant que cela le réjouit. Pas la moindre trace d’agacement, rien. Il s’en fiche sûrement, mais ne tarde toutefois pas à s’en aller. Il fait bien : Denis va arriver d’une minute à l’autre et je sens bien qu’il préfère ne pas voir Meraux dans les parages. D’ailleurs le voilà. Il arrive en jean très moulant, avec son tee-shirt blanc à encolure bleu marine. Tout bronzé, un vrai minet : il est beau mon mec ! De loin, il me sourit. Je suis folle de joie. Nous partons en direction des blocs sanitaires où je dois encore bosser une heure avant la fermeture Elle passe vite en compagnie de mon amoureux, cette heure là et dire que Denis vient passer quelques jours avec moi en fraude. C’est génial. Pour moi, c’est le rêve. Il vient me retrouver parce qu’il m’aime. Ses parents pas plus que les miens ne sont au courant et même le directeur du domaine est pour nous un ennemi puisqu’il est interdit de recevoir qui que ce soit dans nos chambres à la ferme ( c’est le nom du bâtiment où je suis logée ), mais on s’en fiche. On est super heureux. Si Denis se fait épingler, il sera mis dehors vite fait, et alors, ce n’est pas grave, on trouvera une autre ruse. Pour le moment, tout va bien. Je me sens juste un peu lasse et ai une de ces envies de grosse nectarine. J’en salive rien que d’y penser. Alors Denis m’achète un de ces merveilleux fruits, dont je vais faire une cure pendant un mois, et lui quelques frites et en route vers l’entrée du domaine où se trouve le dancing car ce soir, on danse, c’est gratuit et pas question d’être vus quand on va rentrer.
Une heure du matin, nous nous faufilons, tous les deux, en nous tenant par la main le long du bâtiment et filons silencieusement en direction de ma chambre. La porte refermée, pour nous, c’est le délire. Nous avons si peu d’occasion de dormir ensemble. Cela n’a pas été possible une seule fois depuis Pâques. Nous jouons au petit couple de jeunes mariés et une fois couchés, j’explique à Denis que je pense être à nouveau enceinte. Il est fou de joie, m’embrasse comme jamais et nous décidons que je vais faire une prise de sang pour en être sûre dès cette fin de semaine. Et c’est ainsi, que ce samedi matin, je redescends avec mon fiancé vers Lons, où je me fais faire un dosage de prolans au laboratoire, prescrit par le médecin du domaine. Les résultats ne se font pas attendre. J’attends un bébé. J’en suis toute estourbie et trop heureuse. J’ai envie de le dire à tout le monde et les premiers qui l’apprennent sont mes collègues du domaine. Un des garçons qui travaille avec moi me dit : « sans blague, t’es en cloque, alors respect. » Cela me fait beaucoup rire mais je suis fière, toute fière de me sentir « habitée » et cette fois, cela semble bien parti. J’espère bien ne pas refaire une fausse couche. D’ailleurs pour conjurer le sort, je demande une avance sur ma paye et redescends dès mon premier jour de congé m’acheter une robe de grossesse. Elle est belle, ma robe, « vert Nil » a dit la vendeuse, avec un empiècement sur la poitrine, en jersey souple. Elle me va comme un gant et je me sens belle, très belle même. Je la porte dès le lendemain, alors que mon ventre n’a absolument pas gonflé, mais je veux afficher mon état.
Ce matin, au réveil, je suis décidée. J’annonce la nouvelle à Chaumontel.
J’attends dix heures pour appeler chez mes parents. C’est ma mère qui décroche comme toujours
Brutalement je lui assène cette nouvelle : « Il faut que je te dise quelque chose ; Denis et moi allons nous marier, parce qu’on s’aime et en plus, vu que vous ne voulez pas, eh bien! on se passera de votre bénédiction, vous n’êtes pas invités au mariage. » Ma mère en reste sans voix sur le coup, mais très vite se ressaisit et réplique qu’il ne saurait en être question qu’elle ne voit pas pourquoi on précipiterait ainsi les choses, que je n’ai pas vingt ans etc. Elle débite un tas d’arguments contre mon projet et cela a bien sûr le dont de me mettre hors de moi. Alors tout aussi brutalement qu’au début de la communication, je la stoppe dans son élan en lui assenant le dernier coup : « Ah ! J’ai oublié de te dire : On va avoir un bébé et on en est très content. » Je sens ma mère décontenancée au bout du fil ; elle me rétorque alors : « Il faut que tu rentres pour qu’on en parle, mais mon Dieu qu’est ce que tu as fait là ! » Et moi de lui répondre, tout aussi agressivement que précédemment : « mais la même chose que toi avec mon père, ma chère , juste l’amour comme vous ! » Et j’ajoute « à samedi » et raccroche.
Quand je raconte ça à Denis, il ne me fait pas de compliments, considérant que vu l’hostilité de nos parents, nous devrions faire profil bas. Je ne vois pas les choses du tout ainsi mais le laisse se débrouiller pour annoncer la nouvelle aux siens. Denis ne me dira jamais comment s’est passé ce moment là, mais j’apprendrai par son frère Jean – Yves longtemps après qu’il a eu sensiblement le même accueil que moi.
Peu de jours plus tard, ma mère et moi nous rendons chez les Manards pour parler mariage.
Mon futur beau – père accueille chaleureusement ma mère, moi beaucoup moins. Ses premiers mots à mon égard sont : « Je ne veux pas de toi comme bru » et me montrant son fils de la tête, il ajoute : « il ne va t’apporter que des problèmes et nous, on en a assez sans toi. » Denis ne cille pas, ma mère semble vexée et furieuse alors, sans me démonter, je le regarde bien en face et lui dis : « attendez, vous vous trompez ; nous ne sommes pas là pour avoir votre approbation mais juste pour discuter de la cérémonie, parce que, que vous le vouliez ou non, nous nous marions, hein ! , Denis ? » Denis ne prononce qu’un tout petit oui, mais qui semble suffisant puisque mon beau -, père affirme alors qu’il va y réfléchir et qu’il viendra chez mes parents en parler très prochainement.
Pour Denis et moi, cette soirée n’est pas ce qu’on aurait pu souhaiter, mais pas non plus un crève – cœur. Pour nous l’important est qu’on puisse enfin vivre ensemble et fonder notre famille. Peu importe tout le reste ……