Emilie arrive 1981- 1982
Il y a quelques jours que je suis remariée. Jean – Michel est toujours aussi empressé auprès de son épouse. Je ne m’en plains pas. On s’installe dans notre petite vie bien confortable, ma foi.
Je suis nommée remplaçante sur Lamparis. Je me refuse à aller sur ce poste ; en effet je peux tout aussi bien être appelée à remplacer sur St Vot qu’à Atrepingni et autres villages du même secteur, c’est à dire à trentre ou quarante kilomètres de chez moi. J’informe donc mon médecin, le docteur Frelot, lui explique la situation et il décide de ne pas me laisser travailler dans ces conditions là. Je peux exercer à condition de ne pas rouler plus de vingt kilomètres par jour. J’en informe mon syndicat et mon inspecteur. Les premiers ne me soutiennent pas dans ma démarche, le second m’assigne à rejoindre mon poste au plus vite. La réponse de ma part est immédiate : je quitte le syndicat et envoie à mon supérieur un congé maladie qui couvrira toute la période précédent mon congé maternité. Je passe donc les mois suivants à la maison, à m’occuper de ma petite, de mon mari, de mon ménage, à faire des conserves, boire le café chez ma belle – mère, me promener, lire et préparer la venue de mon second enfant.
Célinou, elle, va à l’école de « Le Chêne des Groupis ». Elle a quatre ans, a déjà fait deux années de maternelle et de ce fait avec l’accord de sa nouvelle maîtresse Madame Budy, elle est accueillie en grande section.
Quand elle prend le lendemain de la rentrée le car pour aller à l’école, c’est un déchirement pour elle qui n’a plus quitté sa mère depuis deux ans et un véritable crève – cœur pour moi. Je rentre à la maison pour pleurer sans être vue.
On s’habitue à ce nouveau rythme, sans trop de difficultés. Chaque midi, je vais attendre Céline au bus. Elle arrive en sautillant. Elle est trop jolie avec ses petites robes mi –longues et ses collants assortis. Elle est ma fille unique et je ne lésine pas sur la dépense : elle est toujours super bien habillée. Pour le mariage, sa robe coûtait plus chère que la mienne, mais elle était vraiment trop « chouette » la – dedans, alors j’ai craqué. Le problème est qu’avec Céline, on craque souvent pour ne pas dire tout le temps et la demoiselle n’est pas toujours facile. Normal, puisque ça marche ! Elle est de plus en plus belle et moi de plus en plus grosse. Nous attendons avec impatience tous les trois le bébé .Céline rêve d’un petit frère, Jean – Michel d’un fils, je crois , et moi, je n’ose pas trop le dire, mais ce qui m’arrangerait plutôt, cela serait une deuxième fille.
L’anniversaire du 4 mars ne se passe pas mieux que d’habitude. Je suis enceinte « jusqu’aux dents », les Manards acceptent toujours très difficilement Jean – Michel et il leur arrive encore de le laisser nous attendre Céline et moi dans la voiture, au milieu de leur cour. Tout en comprenant ce qu’ils doivent ressentir, je vis mal cette situation qui est très blessante pour mon second époux. Lors de mon mariage avec Jean –Michel, seul mon beau – frère Michel s’est manifesté en nous envoyant un télégramme pour nous présenter ses vœux de bonheur. J’appréhende donc le moment où je vais devoir leur annoncer la naissance de mon second bébé. Bien sûr, ils vont penser à la naissance de Céline, à Denis qui m’accompagnait à la maternité ce jour là, mais ce qu’ils ne savent pas est que moi aussi j’y pense et que ce n’est pas si facile qu’il peut y paraître.
Le 5 avril, Jean – Michel part travailler de nuit. Nous sommes en période de vacances de Pâques et Chantal est à Chaumontel. Ma belle- mère me propose de coucher chez elle pour le cas où l’accouchement se déclencherait dans la nuit. Comme je dépasse déjà le terme depuis plusieurs jours et que je ne suis pas plus rassurée qu’il ne faut et comme je n’ai pas de raison de refuser, je pars dormir à Tasmaniens avec Célinou.
Nous dormons au sous – sol dans la chambre de Jean – Michel. L’horreur ! Céline est sur un lit de camp, avec une couverture qui semble plus que sale et moi dans des draps déchirés qui sentent mauvais, donc qui a coup sûr ont déjà servi à d’autres. Je suis dégoûtée et même pas moyen de me rendre aux toilettes ; ils empestent tant que si je rentre dedans, je suis prise de vomissements immédiats. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas besoin de ça pour que j’aie des nausées. Depuis le tout premier jour de ma grossesse jusqu’à ce jour, je vomis quotidiennement, sans exception, au moins une fois si ce n’est plus. Aussi cette nuit là pour moi est un cauchemar et je me promets bien que ce soit la première et aussi la dernière. De plus, pas la moindre contraction, rien. Je rentre donc chez moi au matin. Premier travail, nous décaper toutes les deux et organiser les nuits suivantes. J’appelle ma mère pour lui annoncer que j’arrive dormir avec ma fille. Avant de partir au travail, Jean – Michel nous conduit, Céline et moi, à Chaumontel. La valise est là, elle aussi, on ne sait jamais.
Tout va bien. La soirée est normale. Je monte me coucher après le film et là, ouh ! , La cata ! Je ne suis pas sitôt au lit que la poche des eaux se perfore et me voilà inondée, le lit aussi, la descente de lit de même. Je fais aussi vite que possible pour descendre à la salle de bain mais inonde partout où je passe. Les escaliers se transforment en patinoire. Ma mère alertée par le bruit ne sait plus trop quoi faire, moi non plus et je m’installe debout dans la baignoire, toute nue dégoulinante. Pour moi, c’est l’horreur absolue. J’essaie de me doucher tant bien que mal et de m’habiller pour me rendre à la maternité.
Chantal est réveillée et je la vois passer avec Manu dans les bras. Elle le ramène de la caravane dormir à la maison sous la surveillance de mes parents pendant son absence.
Jean – Michel est informé à l’usine et nous voilà parties ma sœur et moi en direction de Pole. Une serviette de bain sous les fesses, une autre entre les jambes, je ne brille pas d’autant plus que je commence à sentir quelques contractions. Ma sœur essaie de me rassurer, me laissant entendre que pour un deuxième accouchement, c’est plus facile. Certes, elle doit bien le savoir, elle n’a accouché qu’une fois. Moi, je sais que cela ne peut être que plus difficile, vu comme ça s’est passé pour le premier et les réflexions de la sage – femme lors de ma dernière visite « un gros bébé » a –t’elle dit. Céline, elle, était petite et je reconnais que je ne suis pas des plus rassurées.
Quand nous arrivons sur le parking, Jean – Michel est là qui nous attend. Chantal propose de rester mais nous préférons qu’elle rentre et qu’elle nous laisse seuls. La pauvre doit être perturbée car elle se perd en repartant et va tourner à Poucherans et Lamparis au lieu de Padaux ou Percy. Rien de grave ! Juste une vingtaine de kilomètres en plus ! Pendant ce temps, pour nous, c’est direction salle de travail. Jolie dénomination pour cette salle là. J’appellerais plutôt cela : salle de torture.
Pendant cinq heures, je vais tourner dans cette pièce comme un lion en cage, me calant le dos contre les murs pour être saisie par le froid, tant j’ai mal. Jean – Michel me suit partout avec le balai brosse et la serpillière car j’inonde toujours autant. De temps en temps je fais une pause, juste le temps de vomir et c’est reparti. Je n’en peux plus, je me couche, me relève, me plains, ah ! Ça pour sûr je me plains et encore mille fois moins que j’en ai envie.
J’entends une femme qui pleure, une autre qui crie ; elles m’exaspèrent et ça n’en finit pas.
Enfin après cinq heures d’enfer, exténuée, toujours vomissant, je marche en direction de la salle d’accouchement ; en fait je suis traînée par la sage – femme et Jean – Michel, car marcher avec un bébé dont on voit la tête engagée entre les jambes, croyez bien que ce n’est pas facile. Plus tard, on dira : « Folie !» Encore une demie – heure de souffrance avec Jean – Michel, plus blanc que blanc qui tente de me réconforter.
Le pauvre ! Je suis sûre qu’il n’oubliera jamais cette nuit là.
Enfin la délivrance !
Une superbe « grosse mémère » que je trouve personnellement minuscule et magnifique, un tout petit bout de chou comme je les aime. Une grosse bouffée de bonheur m’envahit .Un bonheur identique à celui éprouvé à mon premier regard vers Célinou . Cela s’appelle peut être déjà l’ AMOUR.
Et elle, contrairement à sa sœur , elle ne miaule pas, elle crie fort, mais fort, affreusement fort pour un si petit bébé. Jean – Michel rentre annoncer la bonne nouvelle à toute la famille, Emilie, notre petite nouvelle est emportée en couveuse et moi la mère patiente deux bonnes heures sur ma table d’accouchement, attendant que quelqu’un veuille bien venir me recoudre, car j’ai eu droit à une épisiotomie. Je suis complètement épuisée et pas moyen de dormir sur cette fichue table, car j’ai peur de tomber vu son étroitesse. Personne ne s’intéresse à moi et quand enfin arrive madame Hoche, le médecin , je suis frigorifiée. Je l’entends qui incendie le personnel, leur disant que c’est intolérable, mais pour moi cela ne change rien, j’ai froid et mal partout. C’est tout ce que je sais.
La seule chose que je souhaite est qu’on en finisse au plus vite.
Qu’on me recouse et qu’ensuite on m’oublie surtout ?
Je ne qualifie pas cette séance couture de récréative et sympathique, non, loin de là, mais comme je m’attends à tout, je supporte pas trop mal, en serrant très fort les dents et les poings.
Enfin, je suis ramenée dans ma chambre. Il est environ neuf heures du matin. Je vais pouvoir me reposer une petite heure peut être. Aussitôt arrivée, je somnole jusqu’au retour de Jean – Michel. Il entre dans la chambre vers onze heures en même temps que notre Emilie qui dort paisiblement dans son berceau. Mais aussitôt là, il doit s’en aller car je le renvoie déclarer la naissance de notre petite à la mairie. Cela doit se faire immédiatement, paraît –il. Un quart d’heure plus tard, il me téléphone de là bas, il ne se souvient plus du prénom de notre enfant. Pas perturbé à moitié le nouveau papa !
A son retour de la mairie, Jean- Michel joue les infirmières ; il s’occupe de moi. Il me lave comme il peut car je n’ai pas reçu le moindre soin depuis le départ du médecin. Enfin, nous mangeons ensemble auprès de notre petite nouvelle.
Après le repas, commence le défilé. Ma sœur, ma mère, mon père et bien sûr ma Célinou viennent voir le bébé. Ils ont tous l’air de la trouver bien à leur goût .Jean – Michel, lui, ne la quitte pas du regard. Admiration béate !
Célinou, elle, a les yeux tout écarquillés ; Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête à ce moment là, mais elle a l’air bien heureux, ma foi.
Moi, je suis certes contente de les voir là mais me sens extrêmement lasse.
Ils ne restent pas longtemps mais sont vite remplacés par ma belle –mère accompagnée d’Anne – Marie et Marie – Rose, puis c’est le tour de la tante Suzanne qui travaille à l’hôpital. Je suis morte de fatigue et m’apprête enfin à dormir après le départ de tout ce gentil monde quand : oh ! Surprise !
Toute la bande de Haute Savoie débarque : Marie – Christine et Jean – Louis Marie – Blanche et Joël, et Jean – François. Jean – Michel est terriblement ému de les voir arriver de si loin aussi si vite pour voir sa progéniture mais moi, quoique reconnaissant leur gentillesse, je n’espère qu’une chose : qu’ils s’en aillent !
Je dois patienter jusqu’à l’heure de la fermeture de la maternité pour enfin avoir le droit au repos. Emilie est partie en pouponnière, je l’entends crier ; je reconnais déjà sa voix, mais je m’endors quand même comme une masse
Au réveil, la sage – femme me fait me peser. En un peu plus de 24 heures, j’ai perdu dix sept kilos. Rien de surprenant au fait que je me sente un peu lasse.
Je retrouve mon bébé, toujours aussi bruyant, mais aussi toujours aussi beau.
Affamée la pauvre ! Ils me la laissent mourir de faim .
Rien de temps après avoir bu le biberon, elle se remet à crier. Nous en arrivons à quitter la chambre son père et moi assourdis par ses cris , car rien ne la calme . Elle a juste faim et j’ai beau réclamer, ils ne cèdent pas.
Vivement qu’on rentre à la maison, que je puisse m’occuper d’elle correctement !
Le jour avant mon départ de la maternité arrivent mon beau – père Manard et la mamie Jeanne cachée derrière une énorme plante. Elle a des larmes plein les yeux, la pauvre et a bien du mal à les retenir, alors je la noie dans un torrent de détails sur l’accouchement, le fonctionnement de la clinique, lui parle de Céline avec sa petite sœur.
Ils ne s’attardent pas, et c’est bienheureux. Je comprends leur détresse et partage avec eux l’effort qu’ils font tout en l’appréciant à sa juste valeur, beaucoup plus qu’ils ne peuvent même le supposer.
Je suis partagée entre le bonheur d’avoir mon deuxième bébé et le malheur qu’il ne soit pas de Denis.
Pauvre Jean – Michel ! Lui qui n’y est pour rien dans tout cela et qui a tant d’espoir. Heureusement, il ne se doute pas et n’a pas la moindre idée de ce qui se passe dans ma tête. Lui, il est tout simplement ivre de bonheur.
Je rentre chez moi, à Fleur, aussi vite que possible. C’est là que je me sens le mieux.
Quelques semaines de sursis avant de reprendre le travail, très brièvement, juste une quinzaine de jours en juin à Chasson après un détour de deux jours à Lamparis où l’accueil est glacial.
C’est la mamie de Chaumontel qui garde le bébé pendant ce temps là. Céline est récupérée le midi par la mamie de Tasmaniens.
Enfin, nous profitons des grandes vacances chez nous avec nos deux filles et attendons la rentrée suivante pour organiser notre nouvelle vie à quatre. Je sais déjà que je suis nommée à Bornes, à côté d’Asnam. C’est à une dizaine de kilomètres de chez moi.
Parfait !
Il y a quelques jours que je suis remariée. Jean – Michel est toujours aussi empressé auprès de son épouse. Je ne m’en plains pas. On s’installe dans notre petite vie bien confortable, ma foi.
Je suis nommée remplaçante sur Lamparis. Je me refuse à aller sur ce poste ; en effet je peux tout aussi bien être appelée à remplacer sur St Vot qu’à Atrepingni et autres villages du même secteur, c’est à dire à trentre ou quarante kilomètres de chez moi. J’informe donc mon médecin, le docteur Frelot, lui explique la situation et il décide de ne pas me laisser travailler dans ces conditions là. Je peux exercer à condition de ne pas rouler plus de vingt kilomètres par jour. J’en informe mon syndicat et mon inspecteur. Les premiers ne me soutiennent pas dans ma démarche, le second m’assigne à rejoindre mon poste au plus vite. La réponse de ma part est immédiate : je quitte le syndicat et envoie à mon supérieur un congé maladie qui couvrira toute la période précédent mon congé maternité. Je passe donc les mois suivants à la maison, à m’occuper de ma petite, de mon mari, de mon ménage, à faire des conserves, boire le café chez ma belle – mère, me promener, lire et préparer la venue de mon second enfant.
Célinou, elle, va à l’école de « Le Chêne des Groupis ». Elle a quatre ans, a déjà fait deux années de maternelle et de ce fait avec l’accord de sa nouvelle maîtresse Madame Budy, elle est accueillie en grande section.
Quand elle prend le lendemain de la rentrée le car pour aller à l’école, c’est un déchirement pour elle qui n’a plus quitté sa mère depuis deux ans et un véritable crève – cœur pour moi. Je rentre à la maison pour pleurer sans être vue.
On s’habitue à ce nouveau rythme, sans trop de difficultés. Chaque midi, je vais attendre Céline au bus. Elle arrive en sautillant. Elle est trop jolie avec ses petites robes mi –longues et ses collants assortis. Elle est ma fille unique et je ne lésine pas sur la dépense : elle est toujours super bien habillée. Pour le mariage, sa robe coûtait plus chère que la mienne, mais elle était vraiment trop « chouette » la – dedans, alors j’ai craqué. Le problème est qu’avec Céline, on craque souvent pour ne pas dire tout le temps et la demoiselle n’est pas toujours facile. Normal, puisque ça marche ! Elle est de plus en plus belle et moi de plus en plus grosse. Nous attendons avec impatience tous les trois le bébé .Céline rêve d’un petit frère, Jean – Michel d’un fils, je crois , et moi, je n’ose pas trop le dire, mais ce qui m’arrangerait plutôt, cela serait une deuxième fille.
L’anniversaire du 4 mars ne se passe pas mieux que d’habitude. Je suis enceinte « jusqu’aux dents », les Manards acceptent toujours très difficilement Jean – Michel et il leur arrive encore de le laisser nous attendre Céline et moi dans la voiture, au milieu de leur cour. Tout en comprenant ce qu’ils doivent ressentir, je vis mal cette situation qui est très blessante pour mon second époux. Lors de mon mariage avec Jean –Michel, seul mon beau – frère Michel s’est manifesté en nous envoyant un télégramme pour nous présenter ses vœux de bonheur. J’appréhende donc le moment où je vais devoir leur annoncer la naissance de mon second bébé. Bien sûr, ils vont penser à la naissance de Céline, à Denis qui m’accompagnait à la maternité ce jour là, mais ce qu’ils ne savent pas est que moi aussi j’y pense et que ce n’est pas si facile qu’il peut y paraître.
Le 5 avril, Jean – Michel part travailler de nuit. Nous sommes en période de vacances de Pâques et Chantal est à Chaumontel. Ma belle- mère me propose de coucher chez elle pour le cas où l’accouchement se déclencherait dans la nuit. Comme je dépasse déjà le terme depuis plusieurs jours et que je ne suis pas plus rassurée qu’il ne faut et comme je n’ai pas de raison de refuser, je pars dormir à Tasmaniens avec Célinou.
Nous dormons au sous – sol dans la chambre de Jean – Michel. L’horreur ! Céline est sur un lit de camp, avec une couverture qui semble plus que sale et moi dans des draps déchirés qui sentent mauvais, donc qui a coup sûr ont déjà servi à d’autres. Je suis dégoûtée et même pas moyen de me rendre aux toilettes ; ils empestent tant que si je rentre dedans, je suis prise de vomissements immédiats. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas besoin de ça pour que j’aie des nausées. Depuis le tout premier jour de ma grossesse jusqu’à ce jour, je vomis quotidiennement, sans exception, au moins une fois si ce n’est plus. Aussi cette nuit là pour moi est un cauchemar et je me promets bien que ce soit la première et aussi la dernière. De plus, pas la moindre contraction, rien. Je rentre donc chez moi au matin. Premier travail, nous décaper toutes les deux et organiser les nuits suivantes. J’appelle ma mère pour lui annoncer que j’arrive dormir avec ma fille. Avant de partir au travail, Jean – Michel nous conduit, Céline et moi, à Chaumontel. La valise est là, elle aussi, on ne sait jamais.
Tout va bien. La soirée est normale. Je monte me coucher après le film et là, ouh ! , La cata ! Je ne suis pas sitôt au lit que la poche des eaux se perfore et me voilà inondée, le lit aussi, la descente de lit de même. Je fais aussi vite que possible pour descendre à la salle de bain mais inonde partout où je passe. Les escaliers se transforment en patinoire. Ma mère alertée par le bruit ne sait plus trop quoi faire, moi non plus et je m’installe debout dans la baignoire, toute nue dégoulinante. Pour moi, c’est l’horreur absolue. J’essaie de me doucher tant bien que mal et de m’habiller pour me rendre à la maternité.
Chantal est réveillée et je la vois passer avec Manu dans les bras. Elle le ramène de la caravane dormir à la maison sous la surveillance de mes parents pendant son absence.
Jean – Michel est informé à l’usine et nous voilà parties ma sœur et moi en direction de Pole. Une serviette de bain sous les fesses, une autre entre les jambes, je ne brille pas d’autant plus que je commence à sentir quelques contractions. Ma sœur essaie de me rassurer, me laissant entendre que pour un deuxième accouchement, c’est plus facile. Certes, elle doit bien le savoir, elle n’a accouché qu’une fois. Moi, je sais que cela ne peut être que plus difficile, vu comme ça s’est passé pour le premier et les réflexions de la sage – femme lors de ma dernière visite « un gros bébé » a –t’elle dit. Céline, elle, était petite et je reconnais que je ne suis pas des plus rassurées.
Quand nous arrivons sur le parking, Jean – Michel est là qui nous attend. Chantal propose de rester mais nous préférons qu’elle rentre et qu’elle nous laisse seuls. La pauvre doit être perturbée car elle se perd en repartant et va tourner à Poucherans et Lamparis au lieu de Padaux ou Percy. Rien de grave ! Juste une vingtaine de kilomètres en plus ! Pendant ce temps, pour nous, c’est direction salle de travail. Jolie dénomination pour cette salle là. J’appellerais plutôt cela : salle de torture.
Pendant cinq heures, je vais tourner dans cette pièce comme un lion en cage, me calant le dos contre les murs pour être saisie par le froid, tant j’ai mal. Jean – Michel me suit partout avec le balai brosse et la serpillière car j’inonde toujours autant. De temps en temps je fais une pause, juste le temps de vomir et c’est reparti. Je n’en peux plus, je me couche, me relève, me plains, ah ! Ça pour sûr je me plains et encore mille fois moins que j’en ai envie.
J’entends une femme qui pleure, une autre qui crie ; elles m’exaspèrent et ça n’en finit pas.
Enfin après cinq heures d’enfer, exténuée, toujours vomissant, je marche en direction de la salle d’accouchement ; en fait je suis traînée par la sage – femme et Jean – Michel, car marcher avec un bébé dont on voit la tête engagée entre les jambes, croyez bien que ce n’est pas facile. Plus tard, on dira : « Folie !» Encore une demie – heure de souffrance avec Jean – Michel, plus blanc que blanc qui tente de me réconforter.
Le pauvre ! Je suis sûre qu’il n’oubliera jamais cette nuit là.
Enfin la délivrance !
Une superbe « grosse mémère » que je trouve personnellement minuscule et magnifique, un tout petit bout de chou comme je les aime. Une grosse bouffée de bonheur m’envahit .Un bonheur identique à celui éprouvé à mon premier regard vers Célinou . Cela s’appelle peut être déjà l’ AMOUR.
Et elle, contrairement à sa sœur , elle ne miaule pas, elle crie fort, mais fort, affreusement fort pour un si petit bébé. Jean – Michel rentre annoncer la bonne nouvelle à toute la famille, Emilie, notre petite nouvelle est emportée en couveuse et moi la mère patiente deux bonnes heures sur ma table d’accouchement, attendant que quelqu’un veuille bien venir me recoudre, car j’ai eu droit à une épisiotomie. Je suis complètement épuisée et pas moyen de dormir sur cette fichue table, car j’ai peur de tomber vu son étroitesse. Personne ne s’intéresse à moi et quand enfin arrive madame Hoche, le médecin , je suis frigorifiée. Je l’entends qui incendie le personnel, leur disant que c’est intolérable, mais pour moi cela ne change rien, j’ai froid et mal partout. C’est tout ce que je sais.
La seule chose que je souhaite est qu’on en finisse au plus vite.
Qu’on me recouse et qu’ensuite on m’oublie surtout ?
Je ne qualifie pas cette séance couture de récréative et sympathique, non, loin de là, mais comme je m’attends à tout, je supporte pas trop mal, en serrant très fort les dents et les poings.
Enfin, je suis ramenée dans ma chambre. Il est environ neuf heures du matin. Je vais pouvoir me reposer une petite heure peut être. Aussitôt arrivée, je somnole jusqu’au retour de Jean – Michel. Il entre dans la chambre vers onze heures en même temps que notre Emilie qui dort paisiblement dans son berceau. Mais aussitôt là, il doit s’en aller car je le renvoie déclarer la naissance de notre petite à la mairie. Cela doit se faire immédiatement, paraît –il. Un quart d’heure plus tard, il me téléphone de là bas, il ne se souvient plus du prénom de notre enfant. Pas perturbé à moitié le nouveau papa !
A son retour de la mairie, Jean- Michel joue les infirmières ; il s’occupe de moi. Il me lave comme il peut car je n’ai pas reçu le moindre soin depuis le départ du médecin. Enfin, nous mangeons ensemble auprès de notre petite nouvelle.
Après le repas, commence le défilé. Ma sœur, ma mère, mon père et bien sûr ma Célinou viennent voir le bébé. Ils ont tous l’air de la trouver bien à leur goût .Jean – Michel, lui, ne la quitte pas du regard. Admiration béate !
Célinou, elle, a les yeux tout écarquillés ; Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête à ce moment là, mais elle a l’air bien heureux, ma foi.
Moi, je suis certes contente de les voir là mais me sens extrêmement lasse.
Ils ne restent pas longtemps mais sont vite remplacés par ma belle –mère accompagnée d’Anne – Marie et Marie – Rose, puis c’est le tour de la tante Suzanne qui travaille à l’hôpital. Je suis morte de fatigue et m’apprête enfin à dormir après le départ de tout ce gentil monde quand : oh ! Surprise !
Toute la bande de Haute Savoie débarque : Marie – Christine et Jean – Louis Marie – Blanche et Joël, et Jean – François. Jean – Michel est terriblement ému de les voir arriver de si loin aussi si vite pour voir sa progéniture mais moi, quoique reconnaissant leur gentillesse, je n’espère qu’une chose : qu’ils s’en aillent !
Je dois patienter jusqu’à l’heure de la fermeture de la maternité pour enfin avoir le droit au repos. Emilie est partie en pouponnière, je l’entends crier ; je reconnais déjà sa voix, mais je m’endors quand même comme une masse
Au réveil, la sage – femme me fait me peser. En un peu plus de 24 heures, j’ai perdu dix sept kilos. Rien de surprenant au fait que je me sente un peu lasse.
Je retrouve mon bébé, toujours aussi bruyant, mais aussi toujours aussi beau.
Affamée la pauvre ! Ils me la laissent mourir de faim .
Rien de temps après avoir bu le biberon, elle se remet à crier. Nous en arrivons à quitter la chambre son père et moi assourdis par ses cris , car rien ne la calme . Elle a juste faim et j’ai beau réclamer, ils ne cèdent pas.
Vivement qu’on rentre à la maison, que je puisse m’occuper d’elle correctement !
Le jour avant mon départ de la maternité arrivent mon beau – père Manard et la mamie Jeanne cachée derrière une énorme plante. Elle a des larmes plein les yeux, la pauvre et a bien du mal à les retenir, alors je la noie dans un torrent de détails sur l’accouchement, le fonctionnement de la clinique, lui parle de Céline avec sa petite sœur.
Ils ne s’attardent pas, et c’est bienheureux. Je comprends leur détresse et partage avec eux l’effort qu’ils font tout en l’appréciant à sa juste valeur, beaucoup plus qu’ils ne peuvent même le supposer.
Je suis partagée entre le bonheur d’avoir mon deuxième bébé et le malheur qu’il ne soit pas de Denis.
Pauvre Jean – Michel ! Lui qui n’y est pour rien dans tout cela et qui a tant d’espoir. Heureusement, il ne se doute pas et n’a pas la moindre idée de ce qui se passe dans ma tête. Lui, il est tout simplement ivre de bonheur.
Je rentre chez moi, à Fleur, aussi vite que possible. C’est là que je me sens le mieux.
Quelques semaines de sursis avant de reprendre le travail, très brièvement, juste une quinzaine de jours en juin à Chasson après un détour de deux jours à Lamparis où l’accueil est glacial.
C’est la mamie de Chaumontel qui garde le bébé pendant ce temps là. Céline est récupérée le midi par la mamie de Tasmaniens.
Enfin, nous profitons des grandes vacances chez nous avec nos deux filles et attendons la rentrée suivante pour organiser notre nouvelle vie à quatre. Je sais déjà que je suis nommée à Bornes, à côté d’Asnam. C’est à une dizaine de kilomètres de chez moi.
Parfait !

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