J’arrive : 09 février 1957
Il fait encore nuit noire. Ma mère Paulette est prise de violentes contractions et doit appeler rapidement le voisin Maurice pour la conduire à la maternité de Lons Le Saunier. Elle sait combien ce n'est pas facile de mettre au monde un petit, elle en a déjà eu deux, deux filles qui ont maintenant 5 et 9 ans. Elle se souvient encore de la douleur, mais au moins pour celles - ci elle était restée chez elle. Aujourd’hui, plus de sage-femme dans le village, alors il faut partir. La valise à la main, elle sort de la cuisine dans le froid, courbée en deux à chaque nouvelle contraction.
Mon père l'accompagne, beaucoup moins fringant qu'à l’accoutumée. Je crois qu'il se sent un peu coupable, juste un peu. En effet, il lui faut bien un fils pour reprendre la ferme après lui. C'est lui qui a choisi le prénom, Claude. Cette fois cela ne sera pas comme en 1952, une fille qui a eu l'audace de prendre la place de son frère tant attendu Joël. Mais il l'a punie dès la naissance, elle porte ce prénom masculin et cela jusqu'à la fin de sa vie.
Il fait encore nuit noire. Ma mère Paulette est prise de violentes contractions et doit appeler rapidement le voisin Maurice pour la conduire à la maternité de Lons Le Saunier. Elle sait combien ce n'est pas facile de mettre au monde un petit, elle en a déjà eu deux, deux filles qui ont maintenant 5 et 9 ans. Elle se souvient encore de la douleur, mais au moins pour celles - ci elle était restée chez elle. Aujourd’hui, plus de sage-femme dans le village, alors il faut partir. La valise à la main, elle sort de la cuisine dans le froid, courbée en deux à chaque nouvelle contraction.
Mon père l'accompagne, beaucoup moins fringant qu'à l’accoutumée. Je crois qu'il se sent un peu coupable, juste un peu. En effet, il lui faut bien un fils pour reprendre la ferme après lui. C'est lui qui a choisi le prénom, Claude. Cette fois cela ne sera pas comme en 1952, une fille qui a eu l'audace de prendre la place de son frère tant attendu Joël. Mais il l'a punie dès la naissance, elle porte ce prénom masculin et cela jusqu'à la fin de sa vie.
Mais cette fois, non, cette fois, il est sûr, cela sera un fils.
A son arrivée à la maternité ma mère se dirige vers la salle d'accouchement plus douloureuse que jamais et lui vers le café le plus proche où il s'apprête à attendre quelques heures. Pendant ce temps, moi, j'attends aussi ; j'attends l'heure de naître. Pas tout de suite, non, il fait beaucoup trop sombre, je n’aime déjà pas la nuit. J'attends. J'attends neuf heures.
Mon père est dans le couloir à faire les cent pas et ma mère soulagée d'en avoir enfin terminé. J'arrive, tranquillement, sans heurt, facilement à la grande déception de mon père, car je suis une fille, vous rendez vous compte : Une petite fille normale, en bonne santé et qui de plus ne veut déjà pas passer inaperçue et qui crie très, très fort pour se faire remarquer. Au premier regard, il fond devant mes cheveux noirs, hirsutes et mon teint basané, mais il ne doit pas flancher, il faut que je porte, absolument, ce prénom masculin car je suis à partir de cet instant son garçon manqué. Il a pris sa décision, je suis son garçon, je suis le gamin dont il a rêvé jusqu'alors. Peu importe ce que tout le monde dit : « une fille, c'est une fille ». Grossière erreur : Ils se trompent tous, seul, lui sait.
Il informe la famille dans les heures qui suivent en annonçant fièrement : " ça y est : c'est Claude, tout va bien !" . Mais bien vite pourtant, partout, s'en suivent la déception et le même désarroi : encore une fille, quelle catastrophe ! Et la ferme ?
Seuls, lui et moi sommes sereins, car tous deux nous savons déjà........
A son arrivée à la maternité ma mère se dirige vers la salle d'accouchement plus douloureuse que jamais et lui vers le café le plus proche où il s'apprête à attendre quelques heures. Pendant ce temps, moi, j'attends aussi ; j'attends l'heure de naître. Pas tout de suite, non, il fait beaucoup trop sombre, je n’aime déjà pas la nuit. J'attends. J'attends neuf heures.
Mon père est dans le couloir à faire les cent pas et ma mère soulagée d'en avoir enfin terminé. J'arrive, tranquillement, sans heurt, facilement à la grande déception de mon père, car je suis une fille, vous rendez vous compte : Une petite fille normale, en bonne santé et qui de plus ne veut déjà pas passer inaperçue et qui crie très, très fort pour se faire remarquer. Au premier regard, il fond devant mes cheveux noirs, hirsutes et mon teint basané, mais il ne doit pas flancher, il faut que je porte, absolument, ce prénom masculin car je suis à partir de cet instant son garçon manqué. Il a pris sa décision, je suis son garçon, je suis le gamin dont il a rêvé jusqu'alors. Peu importe ce que tout le monde dit : « une fille, c'est une fille ». Grossière erreur : Ils se trompent tous, seul, lui sait.
Il informe la famille dans les heures qui suivent en annonçant fièrement : " ça y est : c'est Claude, tout va bien !" . Mais bien vite pourtant, partout, s'en suivent la déception et le même désarroi : encore une fille, quelle catastrophe ! Et la ferme ?
Seuls, lui et moi sommes sereins, car tous deux nous savons déjà........

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