l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

mardi, novembre 07, 2006

La rupture 1973 - 74 – 75

Durant ces trois années, mes amours avec Jean - Yves sont très tumultueuses .
Un jour avec, un jour sans ; ou plus exactement de nombreux jours avec et quelques-uns sans .
Mais ces quelques jours sans prennent de plus en plus de place. Je ne supporte pas les escapades de mon amoureux. Il a beau me dire que lorsque nous serons mariés, plus jamais il ne regardera d'autres filles la confiance que j'ai en lui diminue de jour en jour, descendant de plus en plus bas à chaque frasque. Je lui renvoie systématiquement l'ascenseur, flirte avec l'un avec l'autre quand besoin est, pour le rendre jaloux, ne couche toutefois jamais avec ces garçons là, rien n'y fait. Pourtant, dans mes conquêtes d'un jour, je rencontre des garçons bien aussi beaux que lui, voir même beaucoup mieux. Mais l'amour que j'ai pour lui ne passe pas.
Je me risque même à sortir avec ses copains. Le lendemain les garçons se font la tête, mais cela ne règle pas le problème. Quoique me faisant l'amour régulièrement, prenant le risque et le sachant de me faire un enfant, me jurant qu'il n'est amoureux que de moi, parlant mariage avec ma famille ( il dit par exemple à Gilles, quand nous serons beaux - frères, nous ferons ci ça etc ), venant regarder, durant de longues soirées la télé chez pépé et mémé en me tenant la main..., malgré tout cela Jean - Yves reste volage. Un jour, en ayant sans doute marre de tous les reproches dont je l'abreuve, il va même jusqu'à me dire : "tu sais pas, on va faire une pause tous les deux. " Cette situation me pèse tant que je ne me bats pas pour le retenir et nous reprenons notre vie chacun de notre côté pendant presque un an. Je me trouve plein d'amoureux, dont Michel et Denis Manard mais aussi Daniel Fertheli , qui ressemble à Daniel Guichard comme deux gouttes d'eau et qui meurt en 1976 dans un accident de moto en rentrant du bol d'or et une multitude d'autres, tous traités de la même manière : Je ne donne que le minimum !
Pendant que moi je papillonne , monsieur Meraux file le parfait amour avec Monique Favre. Je le vois passer devant la maison quand il va la rejoindre, un véritable crève cœur à chaque fois. Je pense toujours à lui, voir plus que ça, il obnubile mes pensées. Je ne vais plus au volley, de peur de le rencontrer, mais vais au bal, non plus le samedi soir comme les années précédentes mais le dimanche après – midi. Quand je le rencontre par hasard, bien sûr, il me salue mais sans plus. Jusqu'au jour, où, je craque pour de bon. Je n'en peux plus de la savoir avec cette fille, d'autant moins que mes beaux – frères et d'autres me charrient. Mon père s'en mêle : « il paraît que le grand rouquin s'en est trouvé une autre, me dit -il en se moquant un peu. » Jean – Yves n'a jamais été roux mais châtain. Pourquoi me dit – il ça ? A t’il compris que je me morfonds pour cet homme et cherche t - il simplement à me dégoûter de lui en le dénigrant ? Toujours est – il que je suis blessée profondément. Mon amour propre est mis à rude épreuve. Ce jour là, je le mets dans ma poche avec mon mouchoir dessus et prends mon courage à deux mains. J'écris à Jean – Yves. Juste une toute petite missive de rien du tout avec dedans :
« REVIENS, C'EST AUJOURD'HUI OU JAMAIS » CLAUDE
Et j'attends.
Le lendemain, rien ! je suis convaincue qu'il a eu mon courrier et qu'il a choisi
Le surlendemain, dix-huit heures : je suis avec Marie – France à la maison dans ma chambre. Elle m'a fait des couettes très hautes, on dirait un chien. Je ne suis pas en forme, trop déçue. Tout d'un coup, le bruit de la deux chevaux. « Il va la retrouver, sûrement » lui dis- je. Mais la voiture ralentit, je n'en crois pas mes oreilles. Je dévale quatre à quatre les escaliers et prends juste le temps de dire discrètement à mon amie : " va -t'en, à bientôt, j'te raconterai ." Sans se poser de question, elle enfourche son vélo et s'en va. Moi, je rejoins Jean – Yves. J'ai les jambes en coton, je tremble de partout et je peux à peine parler. J'ai peur de ce qu'il va me dire. Je crains le pire, une dernière explication. Je n'ose pas même le regarder et c'est donc sans un regard que je lui dis bonjour.
« On ne s'embrasse plus ? » Me dit – il alors. Je lève les yeux sur lui .Surprise! Il sourit. Le plus beau sourire que je n'aie jamais vu. Un sourire qui me transforme en un quart de seconde. Je rêve, je plane, je ne sais plus où j'en suis, je suis sûre... Le bonheur ! Le bonheur absolu ! Dans toute une vie, on assez d'une main pour compter les moments d'une telle plénitude
Devant la maison de mes parents il m'embrasse passionnément et c'est reparti comme avant. Malheureusement, c'est reparti tout à fait comme avant. Jean – Yves reprend ses habitudes de me tromper et moi de pleurer
Avril 1975 : Je suis au bout du rouleau ; je n'arrive plus à travailler. Je passe mon bac dans les semaines à venir et je ne fais plus rien. Je ne dors plus, je ne mange plus et ce samedi, un samedi pas comme les autres, j'arrive chez mes parents, je balance mon sac sur mon père et m'enferme à clé dans leur chambre. Ma mère parlemente, ce n'est pas du tout mon style, ce comportement. Elle devine que c'est grave et me prend un rendez – vous chez un psychiatre. Le soir même, j'annonce à Jean – Yves que c'est définitivement terminé. Il n'en revient pas, il ne s'y attendait tellement pas, si convaincu que je suis à lui. Il essaie de discuter mais je reste ferme. Je ne veux plus, j'en crève... J'ai mal partout, cela m'étouffe et je le quitte ainsi sans un regard sur le passé.
Début juin, j'ai un zona, et je suis sous haute dose d'antidépresseurs. Je continue d'aller au lycée, mais suis somnolente toute la journée. Ce zona me fait mal. Je pense souvent à en finir, les antidépresseurs me tenteraient bien, mais je n'ai pas le courage.
Denis Manard, lui, est en chômage. Son état ressemble étrangement au mien. Lui aussi prend des médicaments pour tenir. Alors le samedi, nous prenons l'habitude pour moi de réviser au bord du Doubs, pour lui juste de m'y accompagner. Lui se raccroche à moi et moi complètement déstabilisée m'accroche à lui. Nous parlons, ou plutôt je parle des heures et des heures sur la plage de Petite – Poire. Denis écoute et me console. Je ne révise pas, je m'en fiche royalement.
Nous embrassons quelques fois aussi. En fait nous apprenons à nous aimer, mais je ne sais pas encore que je vais éprouver pour cet homme une véritable passion, qui m'anéantira pendant des décennies.
Je passe quand même le BAC et échoue. Il me manque un point. Il faut dire que ce dimanche avant l'oral d'allemand, Colette Simarre, la tante de Denis s'est noyée dans le Doubs. Colette est aussi et surtout une amie intime de la famille. Geneviève, sa fille, est ma copine. Quoiqu’un peu dans mon monde à moi, je suis perturbée très profondément par ce décès. Denis est effondré, il adore sa tante qui est aussi sa confidente. Moi aussi, je pense à mourir. Cela va mal
La sanction de mon échec au bac est immédiate. Mon père m'annonce : « A partir d'aujourd’hui, tu n'auras plus un sou de nous. » Jusqu'alors ils finançaient mes vêtements et mes voyages. Je vais devoir me débrouiller et c'est ainsi que je me retrouve pionne au pair à la rentrée scolaire de septembre 1975. J'ai 18 ans, et à partir de ce jour je deviens autonome, financièrement s'entend, car mes parents m'hébergent encore pendant tous les week-ends et toutes les vacances. De ce fait, ils gardent toute autorité sur moi ou presque.
Cela se passe si mal que je pars chez Joëlle à Lyon. Là je vais mieux. Je travaille à sa place pendant ses congés annuels chez un dentiste, qui prend la précaution de me ramener en alpine, s'il vous plaît, chaque soir chez ma sœur. Je crois bien que le fameux docteur Terré nourrisse quelques espoirs à mon égard, mais parfois il faut être un peu idiot et ne pas comprendre. En attendant, je me sens bien chez lui et reprends le moral. Les médicaments doivent commencer à être efficaces et le souvenir de Jean – Yves que je ne vois plus est moins cuisant
Ma sœur m'emmène chez un médecin qui me prescrit la pilule et c'est avec un peu d'argent en poche que je reprends le chemin du lycée pour refaire une autre terminale après bien des hésitations et un coup de gueule de mon père.