l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

vendredi, novembre 10, 2006

Les rencontres avec Jean – Claude

Me devant de ne pas laisser totalement dépérir mon époux et ne cherchant pas la bagarre chez moi, je mets en place un système de tricherie qui va me miner pendant des années. De nature, je crois que je suis foncièrement honnête, dans tous les sens du terme et le mensonge pour moi n’est pas le procédé que j’utilise avec adresse et bonne conscience. Je déteste mentir, et de ce fait manque même souvent au quotidien de diplomatie. Là, en l'occurrence, face à mon mari, je sens bien qu'il y va de notre intérêt à tous que je me taise, voir même que je mente, mais cela me pèse vraiment. Je n'ai pas particulièrement envie de lui faire du tort , mais je dois faire de sérieux efforts pour rester à ses côtés et en fait cette situation me tue à petit feu Je dors de plus en plus mal , sur le canapé , la plupart du temps , ne pouvant pas supporter la promiscuité de son corps .
Ainsi, petit à petit, à la maison, c'est devenu l'enfer : Sans cris, sans dispute, juste un silence de plomb.
Je rencontre donc Jean – Claude le plus discrètement possible, ou tout du moins je le crois, car je ne peux m’empêcher de passer chez lui pratiquement tous les matins et tous les soirs. Il y a déjà quelques mois que nous sommes ensemble et c’est l’amour fou, un besoin de se voir, de se parler, de se toucher, enfin comme tous les amoureux. En ce qui me concerne, on ne peut même plus appeler ça de l’amour, c’est nettement supérieur. Quand je ne suis pas avec lui, je ressens un manque tel que j’ai mal physiquement. Je passe mon temps à attendre le moment de le retrouver. J'ai même du mal à travailler, à me concentrer sur autre chose que lui.
Les mercredis, samedis et dimanches, tout comme les jours de vacances deviennent une galère, au point de tomber réellement malade Ainsi, dès le premier jour des vacances, quelles qu'elles soient, je m'offre un lumbago. Le médecin est convaincu que c'est le stress qui provoque ça et préconise plus les calmants que les anti-inflammatoires. Je vais mieux dès que j'ai la certitude de pouvoir rencontrer mon amoureux. Mais ces jours là, il faut ruser pour se retrouver. Alors nous nous fixons des rendez – vous un peu partout. Cela peut aussi bien être à Lole, Dons, Fletterans qu’à Pesteux, Laussin et nous partons de là pour faire des grandes balades ou des plus petites selon le temps dont nous disposons. Ainsi nous visitons Le zoo de Bâle, les Dombes, L’Alsace, Belfort etc. et toujours en mentant bien sûr. Nous nous offrons même le luxe de passer une nuit à l’hôtel à Ornans, notre première nuit à dormir ensemble. Je le retrouve deux fois par semaine chez Marie – Annick qui est devenue notre complice. Nous passons de superbes soirées chez elle à discuter tous les trois en buvant le café jusqu’à des heures impossibles. Elle pousse la gentillesse jusqu’à nous prêter une chambre dans laquelle nous nous isolons et sommes heureux.
Nous partons deux jours à Paris en train. Officiellement je suis avec ma copine en réunion. Elle, elle y va réellement, moi je passe mes journées et mes nuits avec Jean – Claude, courtes certes car nous visitons la capitale évidemment. Je ne suis pas trop à l'aise ; j'ai toujours peur qu'il arrive un problème pendant que je suis absente de la maison, mais ne peux m'empêcher de vivre ces moments là.
Certains parents d'élèves n'apprécient pas notre liaison qu'ils devinent et nous mettent des bâtons dans les roues, ou tout du moins essaient. En fait, il ne s'agit que d'une famille. Monsieur m'a draguée effrontément lors du souper dansant sans la moindre pudeur et comme cela n'a pas marché, il est furieux. De son côté, Madame s'est faite remercier par Jean – Claude. Elle non plus n'est pas satisfaite. Tous deux s'allient donc pour nous poser problème et le mari arrive le matin de la fête de l'école menacer Jean – Claude de faire boycotter la journée par la plupart des parents si j’y viens avec mes élèves. Jean – Claude ne cède pas à la menace et il ne se passe rien, le grossier personnage n'est pas suivi dans sa démarche par les autres familles.
Toutefois, Jean – Claude et moi n'avons pas trouvé cet intermède très sympathique. Nous essayons d'être plus prudents et d'espacer mes visites à l'école de Tasmaniens, mais au bout de quelques semaines, contre l'avis de Jean - Claude, je reviens à mon rythme premier. J'ai beaucoup trop besoin de lui pour pouvoir m'en passer. Je vais tellement mal. Je suis angoissée, une boule à l'estomac qui me tale en permanence Opprimée, j’étouffe. J’ai mal à l’estomac. Je me sens exténuée. J’ai des sueurs froides. Je vais réellement mal. J’éprouve à présent le besoin permanent de me caler dans les coins, de ne plus voir personne . Plus envie de rien ! Crises de tétanie ! Cela va mal. Je consulte alors le médecin qui me donne des antidépresseurs. Six mois de traitement inefficace ! Le docteur s'interroge et me propose, tout en continuant le traitement, de faire mon frottis annuel avec quelques mois d'avance, sait - on jamais.
Pourquoi pas ? Je m'en fiche totalement, cela m'indiffère.
Mais le lundi qui suit, changement de programme ! Il est dix neuf heures quand le téléphone sonne. Toute la famille est à table et nous en sommes au milieu du repas. C'est moi, comme d'habitude qui vais répondre dans le hall.
C'est mon docteur. Je suis étonnée, il ne m'appelle jamais, mais pas plus que ça. Pourtant ! Il m'annonce alors qu'il a reçu mes résultats d'analyse, que celles – ci sont moins satisfaisantes qu'il le souhaitait et que de ce fait je dois aller voir un spécialiste. Il a d’ailleurs pris le rendez – vous pour dans deux jours. Sur le coup, je ne réalise pas trop ce qu'il est en train de me laisser entendre, raccroche mais rappelle aussitôt car je viens de comprendre : Cela ne peut être que grave si le rendez – vous est pris par lui et pour tout de suite.
Je ne me suis pas trompée : A ma question : « docteur ai – je le cancer ? » , Il me répond « oui, mais...... » tout un baratin que je n'entends même pas. Je raccroche à nouveau et retourne vers les miens. Personne ne pose de questions, je ne dis rien. Par contre, je ne peux pas avaler une bouchée. A la fin du repas, je m'empresse de débarrasser, d'envoyer les enfants au lit et d'annoncer la nouvelle à mon mari. Aucune réaction ! Une fois couchée, ma première réaction est de pleurer. Je trouve ça « dégueulasse » d'avoir à nouveau un gros problème. Déjà Denis, cette fois cette saleté ! Ça fait beaucoup, alors je pleure de rage, de désespoir aussi. J'ai la trouille, la trouille d'avoir mal, mais aussi la trouille de mourir. Je ne ferme pas l'œil de la nuit. Je réfléchis. Que va devenir Céline, si ça tourne mal ? Les deux autres ont leur père mais elle. Il me faut une solution et immédiatement. Ne pas savoir est trop angoissant. Après avoir peser le pour et le contre, j'opte pour la suivante : Je vais demander à ma sœur aînée si elle accepte de la prendre chez elle si je viens à décéder et faire les démarches nécessaires au plus vite.
Mercredi matin, à Lole, vers le docteur Foch, une femme extraordinaire : dessins à l'appui, elle m'explique. Je subis une biopsie Un centimètre cube, me précise t'elle, à sectionner sans endormissement. Je pense qu'elle plaisante, car je ne sens rien, enfin presque, juste un grand tiraillement à un endroit mais celui – ci très douloureux.
Nous attendons à nouveau les résultats une dizaine de jours. Ils sont catastrophiques. J’ai le col de l'utérus atteint aux trois quarts et cette saleté a tendance à progresser en profondeur, côté vessie. C'est la panique à bord. Il s'agit de faire très vite. Je ne ressens pas autant que le médecin l'urgence de l'intervention, dans la mesure où j'ai une bien trop grande peur au ventre pour pouvoir encore prendre conscience de la gravité et l'ampleur de la maladie et j'essaie donc de parlementer pour ne pas me faire opérer avant les vacances de Toussaint, sous prétexte que j'ai commencé mon programme de lecture et qu'il faut que je sois là encore quelques jours. Le docteur est dans l'obligation de me mettre les points sur les i « il y va de votre vie, me dit – elle, c'est une histoire de micron ; si la vessie est atteinte, il va falloir de la chimio à haute dose et tout de suite. Pas le temps d'attendre. L'intervention chirurgicale est programmée la semaine suivante à la clinique La Ferté de Dons, sous péridurale.
Je me retrouve au bloc, consciente de ce qui se passe autour de moi. Je refuse le casque de musique classique sur les oreilles et suis donc la conversation des médecins, très décontractés d'ailleurs. Ils passent leur commande de matériel tout en opérant. Je vois aussi ce qui se passe, quoique ayant un grand drap tendu entre eux et moi ; En effet, le socle d'une énorme lampe fixée au plafond fait miroir. Bien sûr, je ne suis pas privée de l'odeur, et là, je vous assure : on se croirait à un barbecue. Réellement ! Le seul petit problème est que c'est moi qu'on grille. Mais je ne sens rien. C'est pour le moment le principal.
A la fin de l'opération, le chirurgien me montre ce qu'il m'a retiré : un minuscule entonnoir tout rose, qui ressemble à ceux dont on se sert pour transvaser les parfums. Comment croire qu'une si petite chose peut nous entraîner dans la tombe ?
Ramenée en salle de travail, je suis abandonnée. J'entends pendant un moment du va et vient autour de la pièce où je me trouve, puis plus rien. J'en profite pour m'examiner : J'ai les cuisses et le ventre complètement gelés quoique couverte, totalement froids. Cela me fait penser à un cadavre. Un goutte à goutte s 'écoule à priori normalement dans mon bras. Rien à signaler. Je somnole jusqu'au moment où je prends mal au ventre ; Il est d'ailleurs tout gonflé. Je cherche la sonnette. Il n'y en a pas. J'appelle : « hé, s'il vous plaît ! » Personne ! et le mal de ventre s'amplifie. Je panique un peu, car je ne peux pas bouger ; je suis comme paralysée et de ce fait contrainte à rester couchée. J'attends, encore et encore. Le mal de ventre est maintenant intense. Enfin, j'entends raisonner des talons dans les escaliers. J’appelle évidemment aussi fort que je peux : « s'il vous plaît ! » La voix qui me répond, n'est pas celle que j'attendais. Elle m'est très connue : « attends, j'arrive ! » Il s'agit de ma mère. Ma belle - sœur la suit par derrière. Je ne les salue pas. J'ai trop mal. « Appelez vite une infirmière, vite ! » Elles ne se posent pas de questions et filent vers l'étage. Quelques secondes plus tard, elles reviennent au rythme accéléré avec une infirmière qui n'en croit pas ses yeux quand elle découvre que personne ne m'a mis de sonde bien que j'ai un pansement vaginal et un goutte à goutte. J'ai la vessie prête à exploser. Elle s'occupe de moi et tout va bien . Merci Maman !
Je suis remontée dans ma chambre. Mes deux visites ne s'attardent pas et sont relevées par Jean – Michel qui m'explique que les filles campent chez Marie, contrairement à ce qui était prévu. Normalement il devait les récupérer, mais il a décidé de changer la chaudière pendant mon absence. Bien choisi, le moment ! mais enfin !
Jean – Claude arrive peu de temps après, m'embrasse. Ma voisine de lit, une vieille bigote, qui passe son temps à marmonner des prières semble effarée. La pauvre n'y comprend rien : en moins d'une heure, j'ai eu deux visites : Mon mari et mon amant. La pauvre semble perturbée et elle me regarde d'un drôle d'air. Je m'en fiche
Le surlendemain, mes trois petites viennent me voir. Je suis super contente de les retrouver et beaucoup moins au moment de nous séparer car elles pleurent toutes les trois.
Après un séjour de dix jours, on m'annonce que je dois rentrer chez moi . Je m'y refuse. Je ne veux pas. A l'hôpital, je suis tranquille et me sens en sécurité. Pas chez moi. Le médecin me rassure et je fais ma valise. Pas le choix !
Jean – Michel étant toujours occupé après son chauffage, c'est Marie – Annick qui me récupère et me loge chez elle quelques jours. A elle, ce n'est plus merci que je dois dire. Il me faudrait un mot spécial.
Quelques jours après mon retour, je reçois les derniers résultats de biopsie. Tout bon ; pas de souci sur la vessie, ni sur l'utérus. Pas de traitement. Rien !
Quand je retourne chez mes parents, mon père me fait savoir combien il est content que je sois de retour. Il me dit : « Tu te rends compte ; si ça avait été le cancer, on aurait été dans un sacré cauchemar, hein ! » Je souris et lui avoue : « Mais, papa, c'était le cancer ; mais là je ne l'ai plus. C’est fini ! Ils ont tout enlevé ! » Le pauvre se met à marcher de long en large sans un mot. Mon pauvre père ! Bien fragilisé, lui-même. J'ai bien fait de l'épargner jusqu'alors ! ....
Enfin nous reprenons notre vie normale tout doucement. J'ai bien du mal à me refaire une santé et subis des contrôles réguliers et fréquents ; au départ tous les mois, puis tous les trois mois et plus tard tous les six . On n'en finit pas avec cette histoire de cancer. Pendant cinq ans, je vais craindre une rechute, puis tout doucement je finirai par oublier jusqu'en 1996, où je subis à nouveau une opération......