Voyage à Paris :Juin 1968
Dans 3 jours, c’est les vacances, mais pour moi, un peu d’avance. Madame Mortel, la directrice a dit à ma mère : « Je vous donne l’autorisation ; Claude ne vient pas en cours cette fin de semaine. Qu’elle aille à Paris, elle apprendra sûrement plus de choses là bas qu’ici en ce moment »
Madame Mortel est une drôle de personne, détestée par une multitude d’enfants et de parents d’élèves. Son autorité, sa froideur, son manque de diplomatie sont légendaires. Mais il est difficile à tout un chacun de ne pas lui reconnaître les qualités essentielles d’un chef d’établissement, à savoir la droiture, la justice, la disponibilité et le respect des lois comme des personnes qui gravitent autour d’elle. Quoiqu’il en soit, l’autorisation qu’elle vient de m’accorder m’était indispensable sous peine de renvoi de l’école.
Je me prépare donc à partir par le train avec toute la classe des plus grands de Chaumontel. L’instituteur, monsieur Manard a proposé à mes parents de m’accepter dans son groupe, sous prétexte que j’ai le même age que ses cours moyens. Il a dit : " On ne peut pas sanctionner les enfants qui ont de bons résultats scolaires ; ce voyage est offert par la commune aux enfants de 1957, et même, et surtout, si la vôtre a déjà fait sa sixième, elle mérite bien cette récompense." En fait, Monsieur Manard n’est pas dupe, il sait bien que vu les moyens financiers de mes parents, je n’aurai pas l’occasion de monter à la capitale d’ici très longtemps. Il ne s’est pas trompé, j’attendrai l’age de trente trois ans pour y retourner avec mon amie Marie et Jean – Claude, l'homme de ma vie de ce moment là
Je prépare donc ma valise avec beaucoup plus d’entrain qu’à l’accoutumée, il ne s’agit pas de retour à l’internat mais de mes premières vacances. Jusqu’alors je ne suis partie que quelques jours, une fois chez ma tante Yvonne à Lyon.
Cinq heures du matin, départ de Chaumontel en voitures particulières pour la gare de Dole. Ma mère m’accompagne avec Robert.
Robert, c'est mon parrain. Robert, c’est mon deuxième papa ( comme son épouse deviendra de longues années après ma seconde maman ). Robert amène souvent ma mère à Lons le jeudi pour me sortir de l'internat. Il attend de longues heures dans sa voiture que ma mère et moi ayons fait les courses et le marché. Jamais il ne se plaint, au contraire il rit tout le temps, un rire bruyant qui le secoue. Il est moqueur, Robert, d’une moquerie pleine de tendresse. Et je l’aime fort.
Aujourd’hui, Robert est donc encore de corvée, mais je suis sûre qu’il ne le considère pas comme tel. Pour lui, c’est normal, mes parents n’ont pas de voiture et lui en a une, alors. Robert est très serviable, il faut dire.
Nous partons donc dans sa R 16, bordeaux. Il fait nuit et déjà chaud. Je suis à peine réveillée et j’ai mal au ventre. Le trajet est rapidement parcouru et nous arrivons sur le quai de la gare de Dole. Je ne suis pas trop mal à l'aise ; je connais depuis neuf mois celle de Lons et les gares ont l'air de toutes se ressembler. Je retrouve mes anciens camarades de classe avec grand plaisir, mon ancienne maîtresse aussi, madame Murbois et vite en train. Celui qui nous emporte , alors que nous faisons tous de grands signes par les fenêtres à nos parents restés à terre , est laid , noir pas comme notre belle micheline , mais il va plus loin , jusqu'à Paris .
Nous sommes tous bien excités à l'idée de découvrir la capitale. J'entends monsieur Manard qui explique à son fils Jean – Yves que l'on va aller à Orly voir les avions qui volent ( je n'entends pas le mot avion, mais crois avoir entendu papillon ) Orly restera pour moi évocateur de papillons, à vie.
Arrivés à la gare de Lyon, nous sommes accueillis par une petite femme, toute ronde avec un ensemble kaki, et un petit béret vert sur la tête. Dès que je l'aperçois, je devine que cette personne va être source de problème
Elle gesticule dans tous les sens, en lançant ses petits bras de tout côté. Ce que je pressens, se révèle vite exact : elle déborde de vitalité et nous fait arpenter la capitale au pas de charge. Notre Dame, La Tour Eiffel. Et le tout par métro. Nous avons même le plaisir de nous rendre à Orly, et là, oh ! , surprise ( je pense découvrir un musée de papillons ) je ne vois que des grands magasins dans de grands halls avec des vitres partout, vitres desquelles on aperçoit les avions qui décollent et atterrissent
Le soir, les pieds en bouillie, les jambes en coton, le dos en marmelade, nous rentrons au lycée où nous sommes hébergés. Celui – ci est situé dans le quartier latin. Les rues sont si peu larges qu'on se croirait dans la rue de Ronde à Lons Le Saunier
Notre guide n'est pas très loquace sur ce qu'elle appelle les évènements. La seule chose que j'en vois sont des murs dégoûtants, avec des marques d'œufs, de fruits, de peinture qui ont dégouliné jusqu'au sol, où manquent des pavés. Drôles de Parisiens ! Ils sont sales, ces gens - là !
Les sanitaires de notre palace me confortent dans cette opinion. Il s'agit d'un long lavoir étroit, plaqué à soixante centimètres du sol contre un mur, tout dégradé ; le plâtre tombe par endroit et dans le meilleur des cas, la peinture qui reste est écaillée. Contre ces murs sont fixés de minuscules miroirs tout jactés de rouille. Les robinets fuient et les joints des faÏences murales blanches sont parfaitement moisies. Paris dans toute sa splendeur ! Mais le spectacle le plus réjouissant a lieu le soir
Je regarde par la fenêtre ( il n'y a pas de volets ) et là, incroyable mais vrai, je vois un homme d'une trentaine d'années je pense, tout nu qui caresse son sexe avec énergie. Je n'en reviens pas ; je n'ai jamais vu un sexe d'homme et dans ma tête de petite fille, je l'imaginais beaucoup moins important, plus petit quoi et surtout pas debout. Grande découverte, ces choses là sont donc grandes, grosses et en l'air. Madame Murbois intervient et nous pousse vers nos lits avec perte et fracas, nous menaçant d'en informer monsieur Manard . Ce soir là, on entend longtemps après que les lumières soient éteintes le gloussement des petites filles que sont mes copines sans oublier le mien bien sûr.
Dans 3 jours, c’est les vacances, mais pour moi, un peu d’avance. Madame Mortel, la directrice a dit à ma mère : « Je vous donne l’autorisation ; Claude ne vient pas en cours cette fin de semaine. Qu’elle aille à Paris, elle apprendra sûrement plus de choses là bas qu’ici en ce moment »
Madame Mortel est une drôle de personne, détestée par une multitude d’enfants et de parents d’élèves. Son autorité, sa froideur, son manque de diplomatie sont légendaires. Mais il est difficile à tout un chacun de ne pas lui reconnaître les qualités essentielles d’un chef d’établissement, à savoir la droiture, la justice, la disponibilité et le respect des lois comme des personnes qui gravitent autour d’elle. Quoiqu’il en soit, l’autorisation qu’elle vient de m’accorder m’était indispensable sous peine de renvoi de l’école.
Je me prépare donc à partir par le train avec toute la classe des plus grands de Chaumontel. L’instituteur, monsieur Manard a proposé à mes parents de m’accepter dans son groupe, sous prétexte que j’ai le même age que ses cours moyens. Il a dit : " On ne peut pas sanctionner les enfants qui ont de bons résultats scolaires ; ce voyage est offert par la commune aux enfants de 1957, et même, et surtout, si la vôtre a déjà fait sa sixième, elle mérite bien cette récompense." En fait, Monsieur Manard n’est pas dupe, il sait bien que vu les moyens financiers de mes parents, je n’aurai pas l’occasion de monter à la capitale d’ici très longtemps. Il ne s’est pas trompé, j’attendrai l’age de trente trois ans pour y retourner avec mon amie Marie et Jean – Claude, l'homme de ma vie de ce moment là
Je prépare donc ma valise avec beaucoup plus d’entrain qu’à l’accoutumée, il ne s’agit pas de retour à l’internat mais de mes premières vacances. Jusqu’alors je ne suis partie que quelques jours, une fois chez ma tante Yvonne à Lyon.
Cinq heures du matin, départ de Chaumontel en voitures particulières pour la gare de Dole. Ma mère m’accompagne avec Robert.
Robert, c'est mon parrain. Robert, c’est mon deuxième papa ( comme son épouse deviendra de longues années après ma seconde maman ). Robert amène souvent ma mère à Lons le jeudi pour me sortir de l'internat. Il attend de longues heures dans sa voiture que ma mère et moi ayons fait les courses et le marché. Jamais il ne se plaint, au contraire il rit tout le temps, un rire bruyant qui le secoue. Il est moqueur, Robert, d’une moquerie pleine de tendresse. Et je l’aime fort.
Aujourd’hui, Robert est donc encore de corvée, mais je suis sûre qu’il ne le considère pas comme tel. Pour lui, c’est normal, mes parents n’ont pas de voiture et lui en a une, alors. Robert est très serviable, il faut dire.
Nous partons donc dans sa R 16, bordeaux. Il fait nuit et déjà chaud. Je suis à peine réveillée et j’ai mal au ventre. Le trajet est rapidement parcouru et nous arrivons sur le quai de la gare de Dole. Je ne suis pas trop mal à l'aise ; je connais depuis neuf mois celle de Lons et les gares ont l'air de toutes se ressembler. Je retrouve mes anciens camarades de classe avec grand plaisir, mon ancienne maîtresse aussi, madame Murbois et vite en train. Celui qui nous emporte , alors que nous faisons tous de grands signes par les fenêtres à nos parents restés à terre , est laid , noir pas comme notre belle micheline , mais il va plus loin , jusqu'à Paris .
Nous sommes tous bien excités à l'idée de découvrir la capitale. J'entends monsieur Manard qui explique à son fils Jean – Yves que l'on va aller à Orly voir les avions qui volent ( je n'entends pas le mot avion, mais crois avoir entendu papillon ) Orly restera pour moi évocateur de papillons, à vie.
Arrivés à la gare de Lyon, nous sommes accueillis par une petite femme, toute ronde avec un ensemble kaki, et un petit béret vert sur la tête. Dès que je l'aperçois, je devine que cette personne va être source de problème
Elle gesticule dans tous les sens, en lançant ses petits bras de tout côté. Ce que je pressens, se révèle vite exact : elle déborde de vitalité et nous fait arpenter la capitale au pas de charge. Notre Dame, La Tour Eiffel. Et le tout par métro. Nous avons même le plaisir de nous rendre à Orly, et là, oh ! , surprise ( je pense découvrir un musée de papillons ) je ne vois que des grands magasins dans de grands halls avec des vitres partout, vitres desquelles on aperçoit les avions qui décollent et atterrissent
Le soir, les pieds en bouillie, les jambes en coton, le dos en marmelade, nous rentrons au lycée où nous sommes hébergés. Celui – ci est situé dans le quartier latin. Les rues sont si peu larges qu'on se croirait dans la rue de Ronde à Lons Le Saunier
Notre guide n'est pas très loquace sur ce qu'elle appelle les évènements. La seule chose que j'en vois sont des murs dégoûtants, avec des marques d'œufs, de fruits, de peinture qui ont dégouliné jusqu'au sol, où manquent des pavés. Drôles de Parisiens ! Ils sont sales, ces gens - là !
Les sanitaires de notre palace me confortent dans cette opinion. Il s'agit d'un long lavoir étroit, plaqué à soixante centimètres du sol contre un mur, tout dégradé ; le plâtre tombe par endroit et dans le meilleur des cas, la peinture qui reste est écaillée. Contre ces murs sont fixés de minuscules miroirs tout jactés de rouille. Les robinets fuient et les joints des faÏences murales blanches sont parfaitement moisies. Paris dans toute sa splendeur ! Mais le spectacle le plus réjouissant a lieu le soir
Je regarde par la fenêtre ( il n'y a pas de volets ) et là, incroyable mais vrai, je vois un homme d'une trentaine d'années je pense, tout nu qui caresse son sexe avec énergie. Je n'en reviens pas ; je n'ai jamais vu un sexe d'homme et dans ma tête de petite fille, je l'imaginais beaucoup moins important, plus petit quoi et surtout pas debout. Grande découverte, ces choses là sont donc grandes, grosses et en l'air. Madame Murbois intervient et nous pousse vers nos lits avec perte et fracas, nous menaçant d'en informer monsieur Manard . Ce soir là, on entend longtemps après que les lumières soient éteintes le gloussement des petites filles que sont mes copines sans oublier le mien bien sûr.

1 Comments:
At 6:50 PM,
Anonyme said…
super ton blog, ou a tu trouvé ce designe, l' élève dépasse le maitre
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