8 octobre 1976
Ce soir, je descends chez les Manards à l'école de Chaumontel, pour les derniers préparatifs du mariage, car c'est demain le grand jour. Tout est prêt et les deux familles y ont mis tout leur cœur à l'ouvrage, même si au départ, ni l'une, ni l'autre n'y étaient favorables. Les derniers préparatifs consistent à donner les heures et lieux de rendez – vous de tout un chacun, ainsi l'heure à laquelle les uns et les autres vont chez le coiffeur, ou avec le photographe. Il est 23 heures quand je reprends le chemin de chez mes parents, soulagée d'en avoir terminé avec tous ces préparatifs. Je remonte donc la rue sans me presser. Il fait bon ; il faut dire que nous avons une superbe arrière – saison. Soudainement, mon regard est attiré par une voiture garée en face de garage Proust qui fait des appels de phare. Cela me fait froid dans le dos car je pense immédiatement que de ces heures, cela ne peut pas être des gens biens qui attendent là dans le noir. Je ne sais plus trop quoi faire, si je dois continuer d'avancer comme si de rien était ou repartir en sens inverse en grande vitesse. Je ne me pose pas longtemps la question car presque instantanément je vois une personne qui descend de la voiture. Instinctivement, je sais qu'il s'agit de lui, et avant qu'il n'émette le moindre son, je l'ai reconnu. Je suis paniquée. Que fait – il là ? Que me veut – il ? Je l'entends alors qui m'appelle : « allez, viens, il faut qu'on parle tous les deux, tu ne crois pas ? » Personnellement, je n'y tiens pas mais je ne suis pas du style à me sauver devant les problèmes, aussi je m'approche de la deux chevaux. Jean – Yves reprend alors : « Je t'attends depuis une heure, j'ai cru que tu n'allais jamais quitter chez Manard ; allez monte, je ne vais pas te manger mais il faut que je te parle. » Je n'ai pas particulièrement envie de cette discussion mais ne veux pas non plus passer pour une poltronne alors je m'assieds à ses côtés et là je l'entends, ou plutôt je l'écoute me dire que je ne peux pas épouser Denis, que je ne l'aime pas, que c'est lui que j'aime, que je dois pardonner et lui revenir, que je dois tout annuler pour le lendemain, que je n'ai pas le droit de le sacrifier. Je crois rêver. Non mais, cela me semble incroyable. Pas le droit ! Pas le droit ! Il ne fallait pas me dire ça, surtout pas. J'ai tous les droits à présent avec lui, j'ai tout supporté pendant tant d'années, mais c'est terminé et bien terminé. Alors me retournant vers lui, je lui dis : « Tu te trompes Jean – Yves ,j'aime Denis et je vais l'épouser demain comme nous l'avons décidé. Il est trop tard. » Et je m'en vais sans me retourner. Je suis quand même bouleversée et pendant le reste du trajet, j'avoue que je doute. Et s'il avait raison ? Je réfléchis, et conclus que vu que je ne peux m'imaginer vivre sans Denis, mais par contre facilement sans lui, Jean – Yves, il ne peut qu'avoir tort et c'est avec cette certitude que je m'endors en pensant au lendemain.
Mon mariage avec Denis : 9 octobre
Enfin, tous prêts, même Michel qui n'a rien trouvé de mieux que nettoyer sa voiture juste avant la cérémonie. Le parrain de Denis est arrivé au dernier moment lui aussi. Ma belle- mère accueille tous ses invités dans son beau manteau d'été blanc et toute la famille s'est mise sur son « trente et un ». Le marié, n'en parlons pas, est sans doute le plus beau de tous. Il respire le bonheur. Il regarde sa future épouse avec tout l'amour dont il est capable et ce n'est pas peu dire car Denis est un tendre, un hypersensible sous son air indifférent et inaccessible. Bien sûr en costard, il a fière allure.
Madame Yacquot a fait des malheurs en ce qui concerne ma robe. Évidemment elle n'est pas blanche, puisque j'attends un bébé, mais blanc cassé en broderie anglaise, longue jusqu'en bas des pieds. J'ai emprunté les boucles d'oreilles de Babeth et ma coiffure me plaît bien. Denis a dit : « Tu es superbe ! » Je suis ravie.
C'est dans la mercedes de mon oncle Gaby que je vais jusqu'à la mairie. Cela agace bien un peu mon père que cela soit cette voiture qui m'emmène, il n'aime pas du tout son beau – frère, mais ce n'est pas le jour de faire des histoires, alors il se tait. C'est Michel Coillier qui va nous marier, juste à côté de la chambre où j'ai si souvent rejoint Denis en fraude. Même mémé Germaine est présente à la mairie, elle a fait l'effort de monter l'étage et les autres mémés aussi, enfin non, pas toutes. Il en manque une, la mémé Marthe, elle n'a pas voulu prendre le risque de rencontrer Jacques, son gendre. Enfin, corvée de messe. J'ai bien essayé d'y échapper, en annonçant que je ne voulais pas me marier à l'église mais ma belle – mère a failli nous en faire une syncope, enfin elle a fait un tel cirque, un vrai caprice ou plutôt une crise d'hystérie, que j'ai cédé pour avoir la paix
Le cortège, que l’on a mille maux à mettre en place s'ébranle enfin. Je marche en tête au bras de mon père, qui fait semblant d'être content. Tous les autres sont peut être dupes, mais pas moi, ce qui ne m'empêche pas d'être ivre de bonheur. Je m'appelle madame Manard et pour moi ce n'est pas peu dire. La cérémonie se déroule sans anicroche mais je la trouve très longue. Vraiment pas mon truc, ça. Le repas se fait au restaurant de Bellemère, de même que ce qu'on appelle la poule. Et dès le lendemain, retour chez nous à Lons Le Saunier, dans notre chambre. Ma mère nous a donné un sommier et un matelas, mais je n'aime pas ce couvre lit qu'elle a mis avec. J'emmène ma cocotte minute offerte par Michel, mon frigo payé par ma marraine Monique et la mémé de Beaucerons. Pépé Julien m'a acheté une armoire en tissus et j'ai récupéré une table de camping de la mémé Armandine. Dans ce décor de bric à brac, je vis les meilleurs moments de ma vie, mais l'ignore. Bien sûr il y aura un moment bien pénible, qui restera gravé dans ma mémoire au même titre que les superbes souvenirs. Ce jour là, rechute de Denis, après des semaines d'accalmie. Il s'est à nouveau laissé entraîné par ses copains et a trop bu. Quand il rentre chez nous, c'est avec l'intention de repartir mais cette fois – ci en voiture. M'en étant doutée, j'ai caché les clés ; il ne risque pas de les trouver, elles sont dans la cocotte minute. Il est furieux. Je le comprends, mais rien à faire, je ne lui laisserai pas prendre le risque d'avoir un accident. La main en l'air, il me menace, m'injurie. J'ai peur, mais ne le montre pas. Je sais que dans cet état là, il peut être dangereux, ma belle- mère m'a prévenue. Une fois, de rage, il est même allé jusqu'à prendre le fusil de chasse de son frère et tirer dans les volets. J'ai de bonnes raisons d'avoir peur mais encore davantage de ne pas le montrer, alors mon ventre arrondi en avant, je le toise et lui dis : « essaie et je te fais fiche en prison pour un sacré bout de temps. » Il part furieux mais plus jamais il ne s'avise à recommencer. Au matin, il rentre, ivre bien sûr. J'attends son réveil hors de l'appartement, je ne pourrais pas l'entendre ronfler alors que j'ai envie de l'étriper. A mon retour, j'ai droit aux excuses et aux larmes. et bien sûr je pardonne...........
Ce soir, je descends chez les Manards à l'école de Chaumontel, pour les derniers préparatifs du mariage, car c'est demain le grand jour. Tout est prêt et les deux familles y ont mis tout leur cœur à l'ouvrage, même si au départ, ni l'une, ni l'autre n'y étaient favorables. Les derniers préparatifs consistent à donner les heures et lieux de rendez – vous de tout un chacun, ainsi l'heure à laquelle les uns et les autres vont chez le coiffeur, ou avec le photographe. Il est 23 heures quand je reprends le chemin de chez mes parents, soulagée d'en avoir terminé avec tous ces préparatifs. Je remonte donc la rue sans me presser. Il fait bon ; il faut dire que nous avons une superbe arrière – saison. Soudainement, mon regard est attiré par une voiture garée en face de garage Proust qui fait des appels de phare. Cela me fait froid dans le dos car je pense immédiatement que de ces heures, cela ne peut pas être des gens biens qui attendent là dans le noir. Je ne sais plus trop quoi faire, si je dois continuer d'avancer comme si de rien était ou repartir en sens inverse en grande vitesse. Je ne me pose pas longtemps la question car presque instantanément je vois une personne qui descend de la voiture. Instinctivement, je sais qu'il s'agit de lui, et avant qu'il n'émette le moindre son, je l'ai reconnu. Je suis paniquée. Que fait – il là ? Que me veut – il ? Je l'entends alors qui m'appelle : « allez, viens, il faut qu'on parle tous les deux, tu ne crois pas ? » Personnellement, je n'y tiens pas mais je ne suis pas du style à me sauver devant les problèmes, aussi je m'approche de la deux chevaux. Jean – Yves reprend alors : « Je t'attends depuis une heure, j'ai cru que tu n'allais jamais quitter chez Manard ; allez monte, je ne vais pas te manger mais il faut que je te parle. » Je n'ai pas particulièrement envie de cette discussion mais ne veux pas non plus passer pour une poltronne alors je m'assieds à ses côtés et là je l'entends, ou plutôt je l'écoute me dire que je ne peux pas épouser Denis, que je ne l'aime pas, que c'est lui que j'aime, que je dois pardonner et lui revenir, que je dois tout annuler pour le lendemain, que je n'ai pas le droit de le sacrifier. Je crois rêver. Non mais, cela me semble incroyable. Pas le droit ! Pas le droit ! Il ne fallait pas me dire ça, surtout pas. J'ai tous les droits à présent avec lui, j'ai tout supporté pendant tant d'années, mais c'est terminé et bien terminé. Alors me retournant vers lui, je lui dis : « Tu te trompes Jean – Yves ,j'aime Denis et je vais l'épouser demain comme nous l'avons décidé. Il est trop tard. » Et je m'en vais sans me retourner. Je suis quand même bouleversée et pendant le reste du trajet, j'avoue que je doute. Et s'il avait raison ? Je réfléchis, et conclus que vu que je ne peux m'imaginer vivre sans Denis, mais par contre facilement sans lui, Jean – Yves, il ne peut qu'avoir tort et c'est avec cette certitude que je m'endors en pensant au lendemain.
Mon mariage avec Denis : 9 octobre
Enfin, tous prêts, même Michel qui n'a rien trouvé de mieux que nettoyer sa voiture juste avant la cérémonie. Le parrain de Denis est arrivé au dernier moment lui aussi. Ma belle- mère accueille tous ses invités dans son beau manteau d'été blanc et toute la famille s'est mise sur son « trente et un ». Le marié, n'en parlons pas, est sans doute le plus beau de tous. Il respire le bonheur. Il regarde sa future épouse avec tout l'amour dont il est capable et ce n'est pas peu dire car Denis est un tendre, un hypersensible sous son air indifférent et inaccessible. Bien sûr en costard, il a fière allure.
Madame Yacquot a fait des malheurs en ce qui concerne ma robe. Évidemment elle n'est pas blanche, puisque j'attends un bébé, mais blanc cassé en broderie anglaise, longue jusqu'en bas des pieds. J'ai emprunté les boucles d'oreilles de Babeth et ma coiffure me plaît bien. Denis a dit : « Tu es superbe ! » Je suis ravie.
C'est dans la mercedes de mon oncle Gaby que je vais jusqu'à la mairie. Cela agace bien un peu mon père que cela soit cette voiture qui m'emmène, il n'aime pas du tout son beau – frère, mais ce n'est pas le jour de faire des histoires, alors il se tait. C'est Michel Coillier qui va nous marier, juste à côté de la chambre où j'ai si souvent rejoint Denis en fraude. Même mémé Germaine est présente à la mairie, elle a fait l'effort de monter l'étage et les autres mémés aussi, enfin non, pas toutes. Il en manque une, la mémé Marthe, elle n'a pas voulu prendre le risque de rencontrer Jacques, son gendre. Enfin, corvée de messe. J'ai bien essayé d'y échapper, en annonçant que je ne voulais pas me marier à l'église mais ma belle – mère a failli nous en faire une syncope, enfin elle a fait un tel cirque, un vrai caprice ou plutôt une crise d'hystérie, que j'ai cédé pour avoir la paix
Le cortège, que l’on a mille maux à mettre en place s'ébranle enfin. Je marche en tête au bras de mon père, qui fait semblant d'être content. Tous les autres sont peut être dupes, mais pas moi, ce qui ne m'empêche pas d'être ivre de bonheur. Je m'appelle madame Manard et pour moi ce n'est pas peu dire. La cérémonie se déroule sans anicroche mais je la trouve très longue. Vraiment pas mon truc, ça. Le repas se fait au restaurant de Bellemère, de même que ce qu'on appelle la poule. Et dès le lendemain, retour chez nous à Lons Le Saunier, dans notre chambre. Ma mère nous a donné un sommier et un matelas, mais je n'aime pas ce couvre lit qu'elle a mis avec. J'emmène ma cocotte minute offerte par Michel, mon frigo payé par ma marraine Monique et la mémé de Beaucerons. Pépé Julien m'a acheté une armoire en tissus et j'ai récupéré une table de camping de la mémé Armandine. Dans ce décor de bric à brac, je vis les meilleurs moments de ma vie, mais l'ignore. Bien sûr il y aura un moment bien pénible, qui restera gravé dans ma mémoire au même titre que les superbes souvenirs. Ce jour là, rechute de Denis, après des semaines d'accalmie. Il s'est à nouveau laissé entraîné par ses copains et a trop bu. Quand il rentre chez nous, c'est avec l'intention de repartir mais cette fois – ci en voiture. M'en étant doutée, j'ai caché les clés ; il ne risque pas de les trouver, elles sont dans la cocotte minute. Il est furieux. Je le comprends, mais rien à faire, je ne lui laisserai pas prendre le risque d'avoir un accident. La main en l'air, il me menace, m'injurie. J'ai peur, mais ne le montre pas. Je sais que dans cet état là, il peut être dangereux, ma belle- mère m'a prévenue. Une fois, de rage, il est même allé jusqu'à prendre le fusil de chasse de son frère et tirer dans les volets. J'ai de bonnes raisons d'avoir peur mais encore davantage de ne pas le montrer, alors mon ventre arrondi en avant, je le toise et lui dis : « essaie et je te fais fiche en prison pour un sacré bout de temps. » Il part furieux mais plus jamais il ne s'avise à recommencer. Au matin, il rentre, ivre bien sûr. J'attends son réveil hors de l'appartement, je ne pourrais pas l'entendre ronfler alors que j'ai envie de l'étriper. A mon retour, j'ai droit aux excuses et aux larmes. et bien sûr je pardonne...........
