l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

jeudi, novembre 09, 2006

La maison : 1984

Depuis trois mois, je m'acharne à faire les plans de notre future maison. Maquette à l'appui, j'essaie, corrige, recommence, trace, mesure, efface. Un vrai casse - tête chinois. Je ne connais pas du tout ce domaine là et cela n'est pas simple. Il s'agit de respecter des longueurs de portée, des pentes de toit, et l'emplacement de murs porteurs. Ne m'étant jamais confrontée à cela, je fais de grossières erreurs que rectifie partiellement Jean - Michel. Bon an mal an, je parviens enfin à concevoir une maison qui tient debout, dans laquelle nos meubles trouvent leur place et c'est ainsi que nous nous présentons à l'entreprise Gaucher à Maussin. Il faut dire que monsieur Gaucher est un de mes parents d'élèves de Bornes, ce qui justifie partiellement notre choix. Après estimation de la maison, il s'avère qu'elle vaut à peu près le double de ce que nous pouvons espérer des prêts bancaires mais on ne se décourage pas pour autant. Nous allons faire plein de choses nous - mêmes et ça va aller.
On va commencer par fournir le chêne pour faire l'escalier et les poutres de la salle à manger.
C'est pourquoi, ce dimanche, nous nous embarquons à Chap - Blolant, Jean - Michel, mon père et moi. Cela se révèle un véritable plaisir, un instant de plénitude, une grande joie. Armand Bacheley se promène sur ses terres en compagnie de sa fille préférée, en compagnie de son garçon manqué. C'est ça le bonheur !
Mon mari suit, mais le pauvre n'est pas trop à sa place, car c'est à moi seule que mon père montre les bornes, les limites, les chênes à abattre. C'est aussi à moi qu'il raconte l'histoire de tel ou tel arbre, les uns étant plus petits que d'autres parce que non plantés par les mêmes personnes. On choisit ensemble les arbres à couper.On cube approximativement et on se prononce uniquement pour quatre car je sens bien que c'est un crève - cœur pour mon père de s'en séparer . Juste l'indispensable ! Le minimum ! Je vois mon père, on ne peut plus épanoui car il sait que je l'ai compris, et qu'il est en symbiose avec sa progéniture. C'est un vrai bonheur.
L'odeur de la forêt, la joie de retrouver l'héritage de ma famille, le sentiment d'appartenance à une " lignée ", celui aussi d'être propriétaire de quelque chose d'important pour les générations passées, présentes et à venir m'apportent une énorme bouffée de plaisir, de joie intense et profonde.
J'ai une pensée très chaleureuse, remplie de reconnaissance pour cet arrière grand - père qui en plantant ces arbres a sans doute pensé à moi, ou plutôt au petit garçon que j'aurais dû être, se disant qu'un jour j'aurais cette joie là. Il avait raison. C'est sans aucun doute dans ces circonstances là qu'on prend conscience des liens du sang qui peuvent exister entre individus d'une même famille.
Mon époux est exclu de cette sensation de bonheur qu'il ne peut partager avec nous et qu'il n'aura d'ailleurs pas la chance de connaître auprès des siens, car malheureusement pour eux tous , son père est de l'assistance publique et son grand - père maternel de même. Le sentiment de non appartenance à une lignée lui pèse et il l'exprime dans son désir de retrouver sa grand – mère paternelle, droit que son propre père lui refuse, lui -même ne pouvant pas assumer cette douleur et ce manque
Jean - Michel ressent sans aucun doute la complicité qui nous lie mon père et moi et il ne peut qu' en être jaloux. Je ne sais pas ce qu'il ressent exactement à ce moment là et j'ignore alors qu'un jour, il me fera payer cher ces instants précis et précieux. Je n'imagine pas la douleur que nous ressentirons, Nous les Bacheley, quand nous devrons nous séparer de notre chênaie. Je ne me déciderai d'ailleurs que contrainte et forcée à prendre cette décision, avec toutefois l'approbation de mon père après discussion et gardera à vie une rancune à vie contre celui qui a jugé bon de provoquer cette souffrance là, vu le profit insignifiant qu'il en a fait.
Pour l'instant, ce bois suit sa destinée, à savoir améliorer la vie d'une Bacheley.
C'est le menuisier de Tasmaniens qui est chargé de l'abattage, du séchage et de la réalisation de l'escalier, pièce maîtresse de la future maison. Quant aux poutres, elles vont être travaillées à la ferme dans la grange et dans l'étable par Jean - Michel et moi-même. Jean - Michel passe de longues heures à faire les encoches pendant que je m'évertue à leur donner un aspect vieilli.
Tout doit être prêt avant la pose de la charpente.
Les travaux commencent enfin au tout début du printemps.
En une matinée, le sous - sol est creusé à coup d'énormes bulldozers. Une immense grue trône dans le champ et est visible depuis chez mes parents, pour la plus grande joie de mon père. Je le surprends plusieurs fois à regarder du côté de la rue des Vanneaux, l'œil luisant.
Il est heureux le père Bacheley, très flatté aussi.
Sa fille, celle avec laquelle il a le plus d'affinités, non seulement revient au pays mais se prépare aussi " à y faire la pieu balle maison de par chi no ".
Alors depuis chez lui, il guette la grue, jusqu'à enfin céder à son envie de voir, de savoir où ils en sont là -bas. Et c'est ainsi que plusieurs fois par jour, malgré les remontrances de ma mère, qui juge à bon escient qu'il ne devrait pas sortir par ce froid là à cause de son cour, mon père enfourche son vélo et file vers ma future habitation. Celle - ci devient vite son seul centre d'intérêt et il excelle dans le rôle de maître d'œuvre.
Chaque soir, je passe chez lui et ai un rapport détaillé de ce qui s'est fait dans la journée.
Ma grand - mère vient de mourir et cette construction nouvelle le distrait de sa peine, d'autant plus que nous sommes obligés de travailler chez lui. Ainsi je peins les volets dans l'étable.
Il me donne un petit coup de main pour les ferrures et j'ai surtout droit à une avalanche de conseils et de réprimandes. Mon dieu qu'il est drôle ! Lui si mauvais bricoleur ne fait que prodiguer des conseils. A l'entendre il sait faire tout mieux que quiconque. Il n'a pas fait lui-même ce genre de travaux, jamais, mais il a vu faire d'autres, a tout enregistré et il sait. Ça énerve tout le monde sauf moi que ça attendrit Il est si sûr d'avoir raison !
Une telle conviction d'être dans le vrai !
Une telle certitude !
Enfin, c'est dans cette ambiance d'optimisme que la maison sort tranquillement de terre.
Ce lundi je pars à l'hôpital faire un curetage : vilaine fausse couche ! La première dalle est juste posée à raz le sol ; Lorsque je reviens deux jours plus tard, les murs du rez de chaussée sont terminés.
Les entreprises se succèdent alors à vive allure et nous devons souvent nous activer pour ne pas casser le rythme. Nous travaillons donc d'arrache -pied. Ainsi, après le plafond de la salle à manger, nous nous occupons de l'isolation : il s'agit de coller de grandes plaques de polystyrène contre les murs, avec une colle toute noire, horrible C'est mon époux qui se charge des joints car il exige la perfection.
Puis c'est l'application du vernis sur toutes les boiseries ; Ce travail là m'est réservé. J'en arrive à être totalement intoxiquée et m'écroule deux fois, prise de malaises dus à la toxicité des produits.
Enfin, Jean - Michel participe encore à la pose du carrelage avec le carreleur de Tasmaniens avant que nous n'aménagions.
Nous sommes début juillet. La maison n'est pas terminée, loin s'en faut, mais nous ne tenons pas à payer les traites et les loyers en même temps. Nous débarquons donc à Chaumontel dans une demeure qui n'est pas alimentée en électricité et dont les sanitaires ne fonctionnent pas encore. Par contre, un copain de Jean - Michel que je ne connais pas du tout vient poser les faïences de la salle de bain ; ce monsieur mange avec moi le midi, mon mari étant parti au travail et je suis bien gênée car je ne trouve rien à lui dire
Le déménagement a lieu dans des conditions telles qu'on ne les oublie jamais. Mon père avec son tracteur et son char à foin fait les voyages entre Fleur et Chaumontel. On peut y voir les meubles bien sûr empilés sur le plateau, mais aussi les cartons, les chaises et tout le reste. On croirait des " manouches " et je le suis en voiture, pas du toute complexée, hilare à le regarder l'air si sérieux au volant, très droit, très fier. Tous les deux, nous sommes heureux. Il me ramène au pays. Nous allons nous retrouver dans notre village, chez nous, après quelques années d'absence de ma part et nous ne cachons pas notre joie à cette idée là. Mon père est d'autant plus content que la maison se bâtit sur un terrain qu'il a cultivé depuis son plus jeune âge, ce terrain appartenant déjà auparavant à mon pépé et même au père de celui – ci.
Les premières semaines de vie à Chaumontel sont laborieuses ; toute la famille est mise à contribution d'une manière ou d'une autre. Chantal est là pour le déménagement par exemple ; elle range dans les placards au fur et à mesure pendant que Gilles suspend les lustres, les miroirs et les tableaux. Mon père s'attaque à l'extérieur. Il y a beaucoup de travail de partout et nous avons tout l'embarras du choix dans les activités à mener. Mon beau - père est mis à contribution pour planter les deux haies de thuyas de chaque côté de la propriété et les deux papis s'acharnent à coup de bêche et de pioche.
Enfin, nous pendons la crémaillère avec tous les gens qui nous ont aidés.
Une grande table est dressée le long du bois et c'est la fête pendant toute une journée à l'ombre des charmes et noisetiers, au bord de l'étang qui jouxte la propriété. Paysage remarquable ! La générosité de la Nature ! Un plaisir que peu de gens ont et que nous sommes nous Plus que tout autre, j'apprécie à sa juste valeur et sais me dire par la suite très souvent que j'ai une chance inouïe de vivre là.
Les voisins ont été invités eux aussi et semblent heureux de partager ce moment avec nous tous . Il faut dire que ces braves gens le méritent bien ; Ils nous prêtent leur courant électrique depuis des mois, gratuitement, une allonge traversant la rue. De plus ils ont supporté les parasites à leur télé durant tout le temps où la grue a fonctionné. Merci à eux ! Gentil ce couple de retraités qui est venu vivre là après avoir travaillé à Paris pendant plus de trente ans ! Le monsieur a été opéré d'un bec de lièvre et j'ai beaucoup de mal à le comprendre. Madame, elle, se dit bachelière et n'est pas particulièrement agréable, surtout à regarder. Mais ils sont drôles, car n'ayant pas d'enfant, ils ont une vie tout à fait particulière. Ils se consacrent l'un à l'autre en permanence, jouent à toute sorte de jeu chacun après - midi et vouent à leur chien nommé bichon un amour sans limite. Le monsieur, quelques années plus tard m'appelle chère amie, c'est vous dire l'évolution de nos relations, car dans sa bouche c'est le plus beau des qualificatifs.
Eux ont Bichon et nous Nanou. En effet nous aussi, nous avons un animal, il s'agit d'une petite chatte angora noire que j'ai eue à Givry chez un monsieur qui s'appelle Cat, nom prédestiné, n'est ce pas ? Comme elle est marrante, cette petite bête toute poilue ! Elle a appris depuis toute jeune à faire pipi au pot comme Emilie et à présent elle va sur les wc. Ca nous amuse bien de la voir poser ces quatre pattes au même endroit sur l'abattant des toilettes, et le derrière bien en arrière, elle se soulage comme les humains.
A Chaumontel, on instaure très rapidement des règles de vie familiale.
Mes parents viennent quand ils veulent et nous, nous allons chez eux aussi quand nous voulons. Je remarque fréquemment le passage de mon père durant mes absences au fait qu'il tire mes rideaux d'un même côté. En fait il amène ses copains voir la maison de sa fille tant il en est fier
Quant à ma mère, au départ elle abuse un peu de son droit et débarque de grand matin avec la brioche pour le petit déjeuner mais très rapidement chacun trouve ses repères et c'est ainsi que je vois arriver pratiquement quotidiennement, sans déplaisir aucun, bien au contraire, mon père, sur son vélo, qui vient faire le jardin.
Parfois il ne prend pas même le temps de me saluer, il fait ce qu'il se dit avoir à faire et repart. Mais pour moi, cela peut paraître surprenant, c'est une sécurité.
Je retrouve ma famille, pas entière bien sûr, mes grands – parents sont morts et mes sœurs parties vivre à la ville, mais les membres les plus importants quand même. Je me sens bien ici, je vais mieux. Je n'ai plus peur, comme toutes ces années où j'ai dû batailler seule En revenant bien sûr, je me suis aussi rapprochée de Commentaires et donc de Denis et du cimetière surtout. Mais cela n'accentue pas la souffrance blottie au fond de moi ; cela ne change rien à ce niveau là.
D'ailleurs, bien vite ma belle-mère Manard prend l'habitude de venir à la maison très fréquemment en mobylette et parfois aussi avec Marylène, m'apportant deux ou trois pommes de terre, quelques fruits et légumes ou un bouquet de lavande. Elle rend surtout visite à la petite de son fils et vient me parler de lui, qui lui manque tant. Ainsi au fil des années, elle prend dans ma vie une place d'amie plus que de belle - mère, une véritable amie car elle est la seule personne avec laquelle je peux parler sans tromperie, sans faux - semblant de Denis et de ce que j'éprouve. C'est aussi la seule qui peut comprendre ce que je ressens car nos sentiments pour celui qui n'est plus, se ressemblent étrangement. Cela s'appelle l'amour . Elle aussi doit se taire pour permettre aux autres membres de sa famille de continuer à vivre presque normalement et ce silence qu'on nous impose nous rapproche. Nous nous aidons à supporter et notre complicité nous permet aussi de partager de meilleurs moments. Nous pouvons parler de tout ou presque et très honnêtement j'aime la voir arriver chez moi, comme elle aime à m'y retrouver. Un jour, elle me dit : « tu sais, si un jour moi aussi je suis veuve, est ce que je pourrai venir habiter chez toi ? » Merveilleux cadeau de mamie Jeanne, quand on pense aux moments horribles que nous avons dû partager.
Elle n'est pas la seule à nous rendre visite dans notre nouvelle maison. En particulier, chaque vendredi soir, nous avons celle du cousin de Jean - Michel, le surnommé Minou. Il vient passer la soirée, accompagné de son épouse. Minou est tout jeune, il travaille sur les chantiers d'autoroute en Haute Savoie et vient chez nous parler de ses soucis de ses joies et de ses projets. Un peu tout fou, ce Minou, mais tellement gentil ! Jusqu'à son divorce, on va le voir arriver ainsi, au début juste avec sa petite épouse, puis avec un enfant, puis deux, puis trois.
Chaque jeudi aussi, lorsque je ne travaille pas, ce sont Robert, Gisèle et mes parents qui viennent boire le café en rentrant du marché. C'est toujours une joie de les entendre discuter entre eux. Ils respirent la joie de vivre tous les quatre malgré les graves problèmes de santé des deux hommes.
Que de moments de sympathie, d'échange et de plaisir ! Encore du Bonheur !
Plus irrégulièrement, on rencontre aussi tous les autres membres de la famille Gérard, les frères et sœurs, les oncles et tantes mais aussi les copains des frères, à n'importe quelle heure de la journée et je crois que peu de jeunes de Tasmaniens ne m'ont pas vue en chemise de nuit, pas que je l'aie souhaité mais par la force des choses, eux arrivant au lever du jour ou tard le soir.
Enfin, notre maison ressemble à la maison du Bon Dieu et quoique je sois assez sauvage, je m'en accommode assez volontiers, d'autant plus que nous ne sortons plus beaucoup. Nous n'avons plus trop d'argent, une fois les emprunts payés, mais nous ne manquons de rien d'important et je crois que nous sommes tous les quatre presque heureux.
Seule ombre qui plane sur ce bonheur : La disparition de Denis ! Je ne parviens toujours pas à accepter cette injustice et donnerais tout ce que je possède pour qu'il soit vivant, même avec une autre que moi, mais vivant. Ce drame m'empêche de profiter de ce que j'ai et sept ans après son décès , je n'ai pas le sentiment d'avoir beaucoup parcouru de chemin vers la guérison , l'acceptation ou l'oubli .
Mon époux me voit encore souvent pleurer, ne cille pas, ne me reproche jamais rien
Je pense qu'il lui faut une sacrée dose d'amour pour supporter cela. J'essaie de le lui rendre, je fais aussi bien que je peux, mais...... Pauvre Jean – Michel!


Comment je vis avec Jean – Michel

Mon mariage avec Jean – Michel va durer quatorze ans, de septembre 1981 à septembre 1995, sept années en tant qu'épouse et sept en tant que colocataire.
Des 1983, je suis dans l'obligation de constater que je m'ennuie avec mon mari. Notre maison de Pleure est saturée, remplie de meubles, de bibelots et de tableaux. De ce fait nous ne courrons plus les magasins. Le projet de se meubler est terminé pour le moment et je ne sais plus à quoi penser. Je commence déjà à m’ennuyer. Emilie est toute petite, Céline pas bien grande et nous devons rester plus souvent à la maison. Je ne trouve plus rien d'attrayant à la vie que je mène avec mon époux et regrette plus que jamais Denis. Je me rapproche alors de ma belle – mère Jeanne, vais la voir souvent, vais aussi très souvent au cimetière de Commentaires. En fait je commence à paniquer, car je vois bien que ma copine Martine avait raison. Je vais avoir du mal à tenir le coup avec Jean – Michel, qui continue d’être un parfait époux et père, mais je n’ai malheureusement pas grand – chose à lui dire. Je ne veux pas pour autant m'avouer vaincue et je cherche donc une solution.
Il me faut un projet d'envergure pour avoir le sentiment de vivre et c'est ainsi que je m'acharne à créer autour de moi un univers tel que je pourrai supporter cet ennui ;
La course à l'ACTIVITE commence.
Pour commencer, nous allons faire une maison. Je conçois les plans, fabrique une maquette, m’évertue de concevoir l’endroit où je pourrai me trouver enfin bien. Je prends un grand plaisir à ce travail, rêve l’agencement et les décors.
Parallèlement je me mets à vouloir faire des économies pour financer le projet et je me lance dans les conserves de toute espèce ( champignons – légumes – fruits ) ; tout y passe. Je déborde d’énergie. C’est l’époque où je fais vingt litres de glace que je distribue un peu partout. Je congèle beaucoup, enfin je me remue comme un diable dans un bénitier
La maison commence un an après et là encore je bosse, encore et encore autant qu’il m’est possible de le faire en travaillant à temps plein à l’école. Bien sûr par rapport à Jean – Michel, j’y passe beaucoup moins de temps, mais contribue à l’avancement des travaux autant que je le peux. Je confie mes enfants très souvent à mes parents et ma sœur aînée vient même une fois me le reprocher à la maison, ce que je vis très mal. On se dispute et elle part fâchée.
Toute cette activité me convient ; je choisis avec joie tous les matériaux avec mon mari qui me laisse toujours le dernier mot. Je suis rassurée, cela va mieux. Je me sens plutôt bien et décide alors qu’il serait bien de refaire un petit. Jean – Michel est ravi et peu de temps après notre arrivée à Chaumontel, je suis à nouveau enceinte, en même temps que Joëlle et cela pour la seconde fois. Elle mettra au monde Alexis quelques mois avant moi qui donnerai la vie à Audrey. Nous sommes en 1985.
Apres mon congé maternité, je reprends mon travail et cette fois – ci à Sellage. Je suis très occupée durant les trois premières années, et me sens plutôt bien dans ma peau, car je ne prends surtout pas le temps de me poser trop de questions. Au bout de ces quelques années de répit, le ronron s’installant aussi bien à la maison qu’en classe, je recommence à m’ennuyer Mon mari n’est pas souvent présent, car il s’est mis dans la tête qu’il faut absolument que nous ayons plus d’argent. Il enchaîne réparation de voitures et motos, coupe de bois et moi je passe mon temps entre ma mère, ma grand – mère de Beaucerons et mes enfants. Je me fais suer, une horreur. Heureusement, ma copine Marie va entrer dans ma vie et nous allons passer de longs après – midi et soirées ensemble. Je lui fais bien vite part de mes problèmes de femme mariée. Elle est veuve, comprend bien ce que je ressens, le manque que j’ai toujours de Denis et l’ennui que j’éprouve avec Jean – Michel. Je me mets donc à la côtoyer de plus en plus. Au lieu de faire les courses avec mon mari le mardi soir, je les fais avec elle le mercredi Nous mangeons à la cafétéria ensemble. Nous sommes très, très souvent toutes les deux avec notre marmaille. Elle m’aide bien à tenir le coup, mais ne peut toutefois pas combler le manque d’amour que j’ai pour un homme. Car à présent je le sais avec certitude : Je ne parviens pas à aimer Jean – Michel comme je le devrais. Je l’estime très profondément mais ne suis pas amoureuse de lui. Evidemment, après un tel constat, aussi perturbant, je vis mal. C’est alors qu’à son tour Jean – Claude arrive dans ma vie. Audrey n’a que trois ans, Emilie six et Céline dix et je suis déjà prête à quitter mon époux. Je me refuse toutefois encore à l’admettre et bien vite tombe malade. En moins d’un an, mon cancer du col d’utérus s’est bien implanté et atteint presque la totalité de l’organe.
La vie monotone que je menais jusqu’alors avec Jean – Michel devient alors un cauchemar, qui ne cessera qu’après notre séparation.
Je vais jouer pendant sept ans une comédie épouvantable, essayant de sauver les apparences.
Bien sûr, il y a des ratés. Ainsi j’oublie notre anniversaire de mariage et le fête le jour de l’anniversaire de mon mariage avec Denis. Acte manqué, dira – t’on ! Mais surtout affront et peine horribles pour Jean – Michel, et pour moi la plus grande honte de ma vie que je ne me pardonnerai jamais.
Enfin je joue la comédie, contrainte et forcée, car en effet, le jour où je demande à Jean – Michel de divorcer, il est totalement anéanti, on le serait à moins, mais il ne perd pas les pédales pour autant. Il refuse catégoriquement, me menaçant de faire le nécessaire pour me faire retirer les enfants si j’insiste. Vu la position dans laquelle je me trouve, je n’ai pas trop le choix. J’ai un amant, domicilié dans le village de mes beaux – parents, suis enseignante dans le même regroupement pédagogique. Si Jean – Michel le veut, avec l’appui de la majorité de la population, il peut faire éclater un scandale à Tasmaniens, nous obligeant Jean – Claude et moi à quitter nos postes, voir même peut être récupérer la garde partielle des enfants. L’enjeu étant tel, je cède et me rallie donc à son souhait, à savoir me sacrifier jusqu’à la majorité de ma dernière fille. Ensuite enfin, il m’octroiera le droit de le quitter sans problème.
La décision prise, je ne reviendrai jamais dessus, mais en souffrirai au quotidien durant les sept années qui suivront.
Je ne parle plus de divorce, oublie mes rêves d’avoir un enfant de Jean – Claude, une petite fille bien sûr dont nous avons même choisi le prénom. Pourtant, c’était si chouette ! ……
A la place, je reste chez moi, avec mes enfants et mon conjoint avec lequel je ne coucherai plus jamais, car maintenant je le hais. Je ne supporte pas le chantage auquel il me soumet. Il me fait horreur ; j’éprouve de la répulsion à son égard. Sa présence me torture, me fait carrément malade et je fonctionne sous anti - dépresseurs, mais je reste, envers et contre tout, à ses côtés.
Ma femme de service dans le même temps tombe malade et décède un an plus tard d'un cancer du sein. Je vais suivre sa maladie au jour le jour, en suis profondément peinée, et lorsque j’apprends sa mort et l’annonce à Jean – Michel, la réponse de celui – ci est : “ la pauvre, elle n’a pas mérité ça «. Cela me hérisse le poil au plus haut point. Je le trouve bête, horriblement bête et je cesse de la haïr pour le mépriser.
Malgré de tels sentiments à son égard, tant bien que mal, je parvienne, je crois, à faire illusion auprès de la famille et des amis ; il faut dire que je suis devenue une experte dans l’art du mensonge, de la dissimulation et de la comédie.
Ainsi, je reçois lors d’une kermesse de Chaumontel mes amis de Tasmaniens, Sellage et Villars – Bobet. Il s’agit des Gomes, de Marie – Annick et Jean – Claude. Une joie pour Jean – Claude et moi de nous retrouver ce dimanche là ! Pour tous, Jean – Claude accompagne Marie et mon père va même jusqu’à me dire « : elle a trouvé le bon numéro, la marie, c’est un bon parti ton collègue !”

Pauvre papa ! Si tu savais que c’est avec ta fille qu’il couche, tu le trouverais nettement moins bien, le beau parti ! Tu ne sauras jamais rien, papa, car je sens combien je baisserais dans ton estime et quoique prête à perdre beaucoup de choses pour l’homme que j’aime, j’aurais beaucoup de peine à te voir me rejeter une seconde fois. Je sais aussi que tu ne l’aimerais pas pas plus que tu n’as aimé Jean – Yves et Denis, pas moins non plus sans doute. Mieux vaut donc que tu ne saches rien et même séparée de mon mari jamais je ne te laisse entendre que j’ai un autre homme dans ma vie. Je m’évertue par contre à te prouver que même seule, je suis capable d’élever mes enfants et de payer ma maison.
Tu meurs tranquille, quelques jours après que mon divorce soit prononcé, mais en sachant que ça roule chez moi. Je te fais savoir que j’ai pu mettre suffisamment d’argent de côté cette année pour tenir le coup et garder la maison. J’ai fait mes preuves, tu es rassuré.
Un point très important pour moi !

Mémé s’en va, Roger est là

Ma nomination pour Imola arrive quelques jours avant la rentrée de septembre 1983. Pour moi, c'est la première fois que je vais commencer l'année scolaire en maternelle et je ne peux pas emmener Céline avec moi
Célinou va donc être scolarisée en CE1 chez madame Chapes à Sellage et être récupérée chaque midi par ma belle – mère à Tasmaniens à son retour en bus
Milie, elle, continue d’aller chez une nounou, Madame Caudry, à Fleur.
Je n'ai jamais reçu de formation spéciale pour enseigner chez les petits et j'avoue que je n'y connais pas grand – chose. Nommée au dernier moment, je n'ai pas matériellement la possibilité de me préparer à cette rentrée. Et pendant vingt quatre heures, c'est la panique à bord.
Heureusement pour moi, l’assistante maternelle appelée à me seconder est une personne de haute compétence. Elle va m'informer très rapidement du fonctionnement de l'école et des possibilités qui nous sont offertes. De plus, elle connaît tous les parents d'élèves, ce qui est un sérieux avantage par rapport à moi qui n'en connais aucun, et elle n'est pas avare de commentaires. Je repère donc très vite les gens faciles sur lesquels on peut compter et les autres qu'il faut éviter à tout prix.
En une quinzaine de jours, je suis au point. Je sais quels sont les programmes de chacun de mes cours, le matériel dont je dispose et l'organisation possible pour réaliser mes objectifs.
Pleine d'enthousiasme, je mets en place dès le premier trimestre un petit spectacle qui inaugure la première fête de Noël de l'école. Les enfants sont censés chanter et danser devant les élèves de primaire et devant leurs parents. Nous confectionnons même quelques costumes, pour le plus grand plaisir de tous. J'organise parallèlement une sortie au musée de l'arquebuse à Dijon en train. Nous attendons donc tous avec impatience le mois de décembre.
Malheureusement pour moi, ce qui doit être une fête, se transforme en cauchemar. En effet le deuxième dimanche de décembre, ma grand – mère me fait savoir qu'elle souhaite se rendre à l'hôpital alors que je discute tranquillement avec elle dans sa cuisine. J'avoue que sur le coup, je me demande si elle a bien toute sa tête car elle ne me semble pas malade du tout. Je préviens mes parents qui appellent le médecin. Celui – ci ne décelant rien de spécial, essaie de convaincre la grand – mère qui ne veut pas démordre. Alors, afin de la rassurer, le médecin ordonne un séjour en observation à l'hôpital. Elle se retrouve donc hospitalisée ce dimanche soir. Nous n'appelons pas l'ambulance. C'est Chantal et Gilles qui la conduisent et l'installent.
Je me pose vraiment des questions. Jamais elle n'a fait ce genre de caprice, je suis inquiète.

Le lundi, ma mère va voir la mémé. Elle va bien.
Le mardi, j'y vais à mon tour. Je la trouve fatiguée, pas comme d'habitude.
Le mercredi matin, j'y retourne. Là, c'est une toute autre affaire. Par la porte entrebâillée, je vois les docteurs et infirmières qui sont en train de réanimer ma mémé à coup d'électrochocs sur le thorax. Je la vois qui sursaute de manière impressionnante. Je recule dans le couloir sans poser la moindre question et rentre en grande vitesse chez mes parents où j'annonce à mon père : « il faut que tu ailles voir la mémé tout de suite, elle va mal. » Immédiatement, mes parents partent accompagner par Chantal à l'hôpital. Je m'attends d'une minute à l'autre à être informée du décès, mais les heures passent et rien.
A leur retour, j'apprends que la grand – mère va bien, qu'elle a bien discuté avec eux. Aucun médecin n'étant présent, ils ne savent rien de nouveau.
Le lendemain, changement de décors. Quand j'arrive du travail, je file à l'hôpital avec mon père retrouver ma mère. A notre arrivée, la grand – mère va bien, semble juste très fatiguée, mais les médecins sont formels : elle ne va pas passer la nuit et il faut impérativement apporter les vêtements mortuaires.
Ma tante est chargée de la corvée, pendant que nous trois tenons compagnie à la grand – mère comme si de rien n'était. Quand il arrive vingt deux heures, mon père annonce qu'il va devoir rentrer. Il doit absolument prendre ses médicaments. C'est alors qu'au moment où il dit au revoir à sa mère et qu'il lui promet de revenir le lendemain , ma grand – mère très simplement remet les choses en place en lui répondant : « non, pas à demain, mais tu sais, ça ne fait rien, c'est déjà assez long comme ça pour mourir. » Ce seront les derniers mots qu'elle dira à son fils. Elle ferme les yeux et semble dormir. Mon père quitte alors la chambre et je le ramène chez lui attendre la fin. Nous ne parlons que de ça pendant tout le voyage ; il a bien compris qu'elle lui a dit au revoir et a bien du mal à supporter son chagrin. Je le laisse chez lui tout seul et reviens à l'hôpital veiller ma grand- mère jusqu'au bout.
Je suis dans un état second pendant ce second voyage. Un véritable cauchemar. Je parcours mes trente kilomètres, tourmentée par mon père presque autant que par ma grand-mère. Arrivée à Lons, je suis prise en chasse par une voiture remplie de jeunes hommes qui me font des gestes obscènes. Il faut dire qu'il est vingt trois heures, et peut être pas l'heure idéale pour être seule en ville pour une jeune femme de moins de trente ans. Je traverse toute la ville en leur charmante compagnie, et enfin devant l'hôpital ils lâchent prise. Heureusement, car c'est à pied que je me rends vers le veilleur de nuit qui me fait parcourir l'hôpital par les souterrains. De retour dans la chambre de la grand – mère, je la trouve encore plus affaiblie qu'à mon départ une heure plus tôt et elle se plaint d'avoir mal au ventre. L'infirmière de nuit tente d'appeler le médecin qui va venir l'examiner une heure plus tard et encore lui faire mal avec un examen rectal. Elle fait une occlusion intestinale, très mauvais pronostic pour les heures suivantes. A son départ, l'infirmière me propose d'aller boire un café vers elle et là nous parlons. Elle m'explique que nous pouvons faire en sorte que ma grand – mère ne souffre pas trop et trop longtemps à condition d'augmenter les calmants. Je l'y encourage vivement et retourne dans la chambre. Ma grand – mère suffoque ; elle entre dans une agonie qui bienheureusement va durer que très peu de temps. Tenant sa main, je lui explique alors que l'infirmière va lui faire une piqûre pour la détendre afin qu'elle ne s'angoisse pas autant, que c'est cette angoisse qui l'étouffe et qu'elle n'a pas lieu de s'en faire autant. Immédiatement la mémé semble reprendre confiance, et elle se détend ; ses mains cessent de se cramponner à moi et elle semble presque détendue ; sa respiration est plus calme ; je ne cesse de lui parler quand l'infirmière lui injecte le calmant, lui expliquant comme cette femme l'a fait auparavant pour moi, ce qu'elle va ressentir, la rassurant autant que je le peux. Cela semble marcher car je ne verrai pas à quel moment elle va cesser de vivre, n'ayant pas pu déceler le moindre sursaut alors que je n'ai pas lâché sa main. Par contre, lorsque je réalise, je prends un petit malaise sans doute dû à la contrariété, mais rien de très sérieux, surtout pas suffisamment important pour m'empêcher de reprendre le volant.
Il est trois heures du matin. Nous rentrons donc sur Chaumontel, ma mère et moi informer mon père. Il ne bouge pas de son lit et ne fait pas le moindre commentaire. Pourtant c’est sans aucun doute la plus grosse douleur de toute sa vie. Il adore sa mère et va le prouver durant tout le reste de sa vie en entretenant sa maison, comme si sa mère allait revenir. Même la pendule marque le temps comme du temps où elle était là.
Ce jour là, mon père perd de la prestance à mes yeux ; il n'est pas resté auprès de sa mère jusqu'au bout et pour moi c'est un signe de lâcheté, un manque de courage évident. Pourtant, je lui pardonne dans la mesure où c'est aussi une preuve d'amour qui rend impossible l'acceptation de la disparition de l'autre. Ce que j'ignore à ce moment là est qu'une douzaine d'années plus tard, je ne ferai pas mieux que lui et pour les mêmes raisons.
Enfin, j'arrive chez moi à Fleur, juste pour prendre une douche, emmener mes enfants à droite et gauche, Jean – Michel travaillant de matin, et je repars au travail à Imola. Cela tombe très bien, c'est jour de voyage à Dijon. En plus de la responsabilité accrue lors de ce genre d'activité, je fais face à une grande fatigue. La journée me semble très longue et enfin quand arrive l'heure du retour, ce n'est pas davantage un soulagement car je dois me rendre à Chaumontel. Je retrouve là – bas ma grand – mère sur son lit et aussi une partie de la famille qui la veille. Ce soir là, je rentre dormir à Fleur. Par contre le lendemain, je passe ma nuit chez les grands-parents. Je somnole sur un fauteuil jusqu'au matin. Le surlendemain a lieu l'enterrement. Le jour suivant nous sommes mardi, et c'est la fête de Noël de l'école Je n'ai pas envie de chanter et danser mais j'ai depuis mon plus jeune âge le sens du devoir et de ce fait ma peine ne paraît pas, à aucun moment. La fête se déroule dans la joie et la bonne humeur. Seul, un de mes parents d'élèves sait ce que je ressens, car nous sommes très proches l'un de l'autre. En effet, ce papa prénommé Roger récupère son fils dans ma classe chaque jour à midi et à dix – sept heures. Il travaille de nuit à l'hôpital psychiatrique régional en tant qu'infirmier et son épouse y travaille de jour. Il a donc en charge ses deux enfants pendant la journée. Le plus petit étant dans ma classe, nous discutons quotidiennement une demi-heure à chaque sortie et bien sûr à force, nous en venons aux confidences. Roger est alcoolique donc malheureux en ménage ou malheureux en ménage donc alcoolique. Je ne sais pas où est la cause et où est la résultante, ce que je ne peux par contre pas ignorer est que Roger cherche l'amitié, la compréhension, le soutien. Comme c'est un monsieur fort sympathique, toujours souriant et agréable, nous devenons vite des amis ou tout du moins nous faisons semblant de croire que nous en sommes. En effet, dès le printemps venu, je mange au bord du Doubs, celui – ci traversant le village, en compagnie de Roger et de son plus jeune fils. Nous nous faisons bronzer. Cela ne me semble même pas anormal. Nous sommes tous les deux mariés, mais aussi tous les deux biens seuls.
Roger me fait très vite comprendre qu'il n'est pas insensible à mon charme et va même jusqu'à me dire qu'il est éperdument amoureux de moi. Je ne m'en formalise pas plus que ça. Les jours suivants, il me rejoint seul au Doubs, son gamin joue chez le voisin et il cherche à flirter. Là non plus je ne le freine pas, loin de là. Il me plaît bien et...... Par contre le jour où il m'annonce qu'il est prêt à divorcer, alors là je réagis enfin. C'est la panique. Je ne réapparais plus au Doubs dans les jours et semaines qui suivent. Roger ne comprend pas, me harcèle pour réobtenir un rendez – vous, au moins pour qu'on s'explique mais je ne veux rien savoir. La toute dernière semaine de l'école, je lui annonce que je suis enceinte. C'est bien vrai mais ce bébé là ne voit pas le jour ; je fais une fausse couche deux mois plus tard, à mon retour d'une visite chez l'oncle de Jean – Michel. Il faut dire que ce n'est pas une partie de plaisir que d'aller voir cet homme. Il est en phase terminale d'un cancer de la gorge et empeste malheureusement pour le lui mort. De plus il a une trachéotomie qui l'empêche de parler et qui est fort impressionnante. En quittant la chambre, je suis prise de vomissements. Je rentre chez moi tant bien que mal et prenne dès mon arrivée très mal au ventre. Le fœtus est expulsé. Je le conserve précieusement pour le montrer au médecin qui va m'envoyer directement à l'hôpital. Le lendemain matin on me fait un curetage et je quitte ce service, bien désemparée.
La perte de cet enfant là me perturbe très profondément, m'afflige en vérité terriblement. J'ignore le pourquoi ; j'ai pourtant déjà vécu pareil événement quelques années plutôt et je n'avais pas du tout ressenti la même douleur morale. Alors ?
C'est Anne – Marie ma belle sœur qui s'occupe de ma sortie. Nous ne nous dirigeons pas directement chez moi car entre temps ma mère a dû s’aliter avec une sciatique. Je vais donc chez elle en priorité. Toujours le sens du devoir ! Bien déplacé, là, en l'occurrence. En effet, ce n'est pas vers elle que je vais trouver un quelconque réconfort. Non, elle m'accueille avec un chapelet de remontrances, comme quoi personne ne s'occupe d'elle, que son sol est dégoûtant, qu'elle en a honte, que je ne suis vraiment pas à la hauteur. Enfin, quoiqu'il en soit, avant de rentrer voir mes enfants dans ma maison, je passe la serpillière là- bas avec les récriminations de ma mère en prime. Ce jour – là, j'ai un tout petit aperçu de ce que ma mère va être quand elle sera malade...




A Borne : Septembre 1982

Emilie est encore toute petite, elle n’a que 5 mois ; Céline joue les grandes sœurs du haut de ses cinq ans. Elle m’accompagne à l’école de Borne en CP2, c’est ainsi que l’on nomme son cours. En effet, je suis nommée sur ce poste qui fait partie d’un regroupement pédagogique avec Asnam et Beauloisin. C’est une petite bâtisse tout en haut d’une colline ; j’y enseigne à trois cours le CP1 qui correspond habituellement à la grande section des maternelles et classes enfantines, le CP2 qui est ni plus ni moins que le CP ordinaire et le CE1. J’ai une vingtaine d’enfants dans une classe assez propre quoique vétuste. J’ai très peu de matériel, mais cela ne me fait pas peur. Je suis nouvelle institutrice, et ai encore beaucoup d’illusions, de courage et de bonne volonté. Je m’attelle d’arrache pied à ma nouvelle fonction et bien vite la classe tourne comme un bon moteur bien huilé. Mon seul vrai problème de ce début d’année est ma séparation d’avec ma deuxième petite que j’ai placée chez une nourrice, madame Caudry, tout près de chez moi. Je trouve une compensation à ce manque puisque j’ai retrouvé mon aînée, pas bien grande encore elle non plus mais qui va quand même devoir apprendre à lire cette année là. Céline est la plus petite de son cours mais a déjà compris qu’elle a un sérieux avantage sur les autres.
Elle sait qu’être la fille de la maîtresse est un privilège, ou tout du moins elle le croit, et de ce fait je suis très souvent obligée d’intervenir car elle exerce une sérieuse pression, voir même certaines fois un chantage sur mes autres élèves.
Borne est un tout petit hameau d’Asnam et chose extraordinaire, je dépends en tant qu’enseignante de deux maires : Celui de Bornes, catalogué d’ancien et celui d’Asnam, mal reconnu par la population. Assise entre deux chaises en permanence, j’opte rapidement pour celui qui me déplait le moins, à savoir le plus proche, ce qui va me valoir en fin d’année scolaire quelques déboires avec le second, celui – ci refusant de me payer les heures supplémentaires que j’ai accumulées en cours d’année en assumant le rôle de surveillante des enfants en attente du car de ramassage. Je finis par avoir mon salaire mais avec juste six mois de retard, donc bien longtemps après que j’ai quitté le village.
Cette année là est pour moi, contre toute attente et promesse de ce début d’année une période des plus difficiles dans ma vie professionnelle.
En effet, parmi mes CP1 est inscrit un enfant prénommé Raphaël. Ce petit garçon , tout rond, pas encore « dépouponné » est très mal scolarisé et a la particularité de sentir le suppositoire en permanence. Il est nonchalant, semble en état de mi- veille la plupart du temps. Je m’en étonne très vite auprès de la maman qui me dit que son enfant est chétif, maladif. Cette mère est une femme qui doit être près de la ménopause et qui me fait beaucoup plus penser à une mamie qu’à une maman et lors de notre discussion, concernant les absences répétées de son fils, je lui fais savoir que je doute fort que celles – ci soient toutes justifiées et qu’un petit rhume de rien du tout ne doit pas l’empêcher de mettre son enfant à l’école. Je me permets même d’ajouter, alors que cela ne me regarde en rien, que les antibiotiques à longueur d’année comme elle les distribue peuvent faire plus de mal à son enfant que de bien. Enfin je m’improvise médecin, allant même jusqu’à lui dire qu’à force d’abus, il est bien à souhaiter que son petit n’en ait pas réellement besoin un jour, car il se pourrait bien que ce jour là, ils soient parfaitement inefficaces. Je vais regretter pendant très longtemps mon discours car, au printemps suivant, un lundi matin, Raphaël est encore absent.
Je ne peux pas dire que je sois surprise et intérieurement je peste, me disant que décidément sa mère est complètement bornée. Seulement ce lundi n’est pas comme les autres lundis et à midi, un parent d’élève d’Asnam vient m’annoncer la triste nouvelle : Raphaël est décédé ce matin à l’heure du passage du bus. Ne s’étant pas suffisamment dépêché pour déjeuner, le car est parti sans lui et il a fait un malaise un quart d’heure plus tard. Malgré la réanimation pratiquée par les pompiers et son retour très bref à la vie, il a succombé à un rhumatisme qui s’est porté au cœur.
A l’annonce de ce drame, je suis anéantie. Immédiatement, je pense à sa maman, à cette femme que j’ai inondée de reproches il y a quelques mois. Je saisis aussi dans quelle tragédie pire encore que celle- ci, j’aurais pu être plongée si le petit avait eu le temps de prendre le bus et quitte ma classe totalement désemparée. Je rentre sur Fleur dans un état lamentable, conduisant au radar, choquée, et horriblement peinée. Ma belle – sœur, me voyant descendre de la voiture, comprend immédiatement que je ne suis pas dans mon état normal ; je ne peux pas dire un mot et ne sais que sangloter. Le médecin appelé dans l’urgence me prescrit immédiatement un arrêt maladie de quinze jours. Le lendemain, je me rends chez les parents de Raphaël. Ceux – ci me reçoivent dans la cuisine où il y a d’autres gens que je ne connais pas. Ils me présentent comme la maîtresse du petit et me conduisent dans la chambre où il repose. Quelle horreur ! Ce petit cadavre dans cet immense lit ! Raphaël est méconnaissable. Le visage tout gonflé, cet enfant ne ressemble en rien à l’élève que je voyais dans ma classe. Je quitte la maison bouleversée et ne pourrai plus jamais repasser devant celle – ci sans penser à ce môme que je n’ai pas reconnu. Je ne vous parle pas de l’enterrement, je ne reste pas jusqu’à la fin de la cérémonie. C’est trop insoutenable. Je me refuse le droit de me donner en spectacle et pars pleurer ailleurs, toute seule dans mon coin. La mort d’un môme, en plus de tragique en soi est traumatisante à vie, pour ses parents, ses proches mais aussi, les moins proches comme moi pour Raphaël. Cet enfant prend dans ma vie une place qu’il n’aurait jamais dû avoir et je sais de ce jour quel est l’attachement que nous portons à nos élèves sans en avoir très souvent conscience. D’ailleurs jamais quand je pense à eux tous , je me dis que se sont mes élèves mais toujours mes gosses .Ceci est bien révélateur, je crois.
Le jour où je reprends le travail, un conseiller pédagogique m’attend. Il m’aide à réaménager la classe de sorte que la place de Raphaël ne reste pas vide et en fin de semaine, à la demande de tous ses copains et copines et suivant les conseils de mes supérieurs, j’accompagne tout mon petit monde au cimetière d’Asnam. Les délégués de parents nous entourent et devant la tombe de Raphaël nous parlons décès mais aussi souvenirs et espoir. Quelques mois après, c’est le papa d’une autre élève de la classe qui décède à son tour . La petite Céline Chevrier est séparée de son père qui a subi le calvaire d’un cancer des glandes durant de nombreux mois. La population est à nouveau en émoi et personnellement je quitte le village avec soulagement en juin pour Imola, où je m’installe pour la première fois dans une maternelle.

Emilie arrive 1981- 1982

Il y a quelques jours que je suis remariée. Jean – Michel est toujours aussi empressé auprès de son épouse. Je ne m’en plains pas. On s’installe dans notre petite vie bien confortable, ma foi.
Je suis nommée remplaçante sur Lamparis. Je me refuse à aller sur ce poste ; en effet je peux tout aussi bien être appelée à remplacer sur St Vot qu’à Atrepingni et autres villages du même secteur, c’est à dire à trentre ou quarante kilomètres de chez moi. J’informe donc mon médecin, le docteur Frelot, lui explique la situation et il décide de ne pas me laisser travailler dans ces conditions là. Je peux exercer à condition de ne pas rouler plus de vingt kilomètres par jour. J’en informe mon syndicat et mon inspecteur. Les premiers ne me soutiennent pas dans ma démarche, le second m’assigne à rejoindre mon poste au plus vite. La réponse de ma part est immédiate : je quitte le syndicat et envoie à mon supérieur un congé maladie qui couvrira toute la période précédent mon congé maternité. Je passe donc les mois suivants à la maison, à m’occuper de ma petite, de mon mari, de mon ménage, à faire des conserves, boire le café chez ma belle – mère, me promener, lire et préparer la venue de mon second enfant.
Célinou, elle, va à l’école de « Le Chêne des Groupis ». Elle a quatre ans, a déjà fait deux années de maternelle et de ce fait avec l’accord de sa nouvelle maîtresse Madame Budy, elle est accueillie en grande section.
Quand elle prend le lendemain de la rentrée le car pour aller à l’école, c’est un déchirement pour elle qui n’a plus quitté sa mère depuis deux ans et un véritable crève – cœur pour moi. Je rentre à la maison pour pleurer sans être vue.
On s’habitue à ce nouveau rythme, sans trop de difficultés. Chaque midi, je vais attendre Céline au bus. Elle arrive en sautillant. Elle est trop jolie avec ses petites robes mi –longues et ses collants assortis. Elle est ma fille unique et je ne lésine pas sur la dépense : elle est toujours super bien habillée. Pour le mariage, sa robe coûtait plus chère que la mienne, mais elle était vraiment trop « chouette » la – dedans, alors j’ai craqué. Le problème est qu’avec Céline, on craque souvent pour ne pas dire tout le temps et la demoiselle n’est pas toujours facile. Normal, puisque ça marche ! Elle est de plus en plus belle et moi de plus en plus grosse. Nous attendons avec impatience tous les trois le bébé .Céline rêve d’un petit frère, Jean – Michel d’un fils, je crois , et moi, je n’ose pas trop le dire, mais ce qui m’arrangerait plutôt, cela serait une deuxième fille.
L’anniversaire du 4 mars ne se passe pas mieux que d’habitude. Je suis enceinte « jusqu’aux dents », les Manards acceptent toujours très difficilement Jean – Michel et il leur arrive encore de le laisser nous attendre Céline et moi dans la voiture, au milieu de leur cour. Tout en comprenant ce qu’ils doivent ressentir, je vis mal cette situation qui est très blessante pour mon second époux. Lors de mon mariage avec Jean –Michel, seul mon beau – frère Michel s’est manifesté en nous envoyant un télégramme pour nous présenter ses vœux de bonheur. J’appréhende donc le moment où je vais devoir leur annoncer la naissance de mon second bébé. Bien sûr, ils vont penser à la naissance de Céline, à Denis qui m’accompagnait à la maternité ce jour là, mais ce qu’ils ne savent pas est que moi aussi j’y pense et que ce n’est pas si facile qu’il peut y paraître.
Le 5 avril, Jean – Michel part travailler de nuit. Nous sommes en période de vacances de Pâques et Chantal est à Chaumontel. Ma belle- mère me propose de coucher chez elle pour le cas où l’accouchement se déclencherait dans la nuit. Comme je dépasse déjà le terme depuis plusieurs jours et que je ne suis pas plus rassurée qu’il ne faut et comme je n’ai pas de raison de refuser, je pars dormir à Tasmaniens avec Célinou.
Nous dormons au sous – sol dans la chambre de Jean – Michel. L’horreur ! Céline est sur un lit de camp, avec une couverture qui semble plus que sale et moi dans des draps déchirés qui sentent mauvais, donc qui a coup sûr ont déjà servi à d’autres. Je suis dégoûtée et même pas moyen de me rendre aux toilettes ; ils empestent tant que si je rentre dedans, je suis prise de vomissements immédiats. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas besoin de ça pour que j’aie des nausées. Depuis le tout premier jour de ma grossesse jusqu’à ce jour, je vomis quotidiennement, sans exception, au moins une fois si ce n’est plus. Aussi cette nuit là pour moi est un cauchemar et je me promets bien que ce soit la première et aussi la dernière. De plus, pas la moindre contraction, rien. Je rentre donc chez moi au matin. Premier travail, nous décaper toutes les deux et organiser les nuits suivantes. J’appelle ma mère pour lui annoncer que j’arrive dormir avec ma fille. Avant de partir au travail, Jean – Michel nous conduit, Céline et moi, à Chaumontel. La valise est là, elle aussi, on ne sait jamais.
Tout va bien. La soirée est normale. Je monte me coucher après le film et là, ouh ! , La cata ! Je ne suis pas sitôt au lit que la poche des eaux se perfore et me voilà inondée, le lit aussi, la descente de lit de même. Je fais aussi vite que possible pour descendre à la salle de bain mais inonde partout où je passe. Les escaliers se transforment en patinoire. Ma mère alertée par le bruit ne sait plus trop quoi faire, moi non plus et je m’installe debout dans la baignoire, toute nue dégoulinante. Pour moi, c’est l’horreur absolue. J’essaie de me doucher tant bien que mal et de m’habiller pour me rendre à la maternité.
Chantal est réveillée et je la vois passer avec Manu dans les bras. Elle le ramène de la caravane dormir à la maison sous la surveillance de mes parents pendant son absence.
Jean – Michel est informé à l’usine et nous voilà parties ma sœur et moi en direction de Pole. Une serviette de bain sous les fesses, une autre entre les jambes, je ne brille pas d’autant plus que je commence à sentir quelques contractions. Ma sœur essaie de me rassurer, me laissant entendre que pour un deuxième accouchement, c’est plus facile. Certes, elle doit bien le savoir, elle n’a accouché qu’une fois. Moi, je sais que cela ne peut être que plus difficile, vu comme ça s’est passé pour le premier et les réflexions de la sage – femme lors de ma dernière visite « un gros bébé » a –t’elle dit. Céline, elle, était petite et je reconnais que je ne suis pas des plus rassurées.
Quand nous arrivons sur le parking, Jean – Michel est là qui nous attend. Chantal propose de rester mais nous préférons qu’elle rentre et qu’elle nous laisse seuls. La pauvre doit être perturbée car elle se perd en repartant et va tourner à Poucherans et Lamparis au lieu de Padaux ou Percy. Rien de grave ! Juste une vingtaine de kilomètres en plus ! Pendant ce temps, pour nous, c’est direction salle de travail. Jolie dénomination pour cette salle là. J’appellerais plutôt cela : salle de torture.
Pendant cinq heures, je vais tourner dans cette pièce comme un lion en cage, me calant le dos contre les murs pour être saisie par le froid, tant j’ai mal. Jean – Michel me suit partout avec le balai brosse et la serpillière car j’inonde toujours autant. De temps en temps je fais une pause, juste le temps de vomir et c’est reparti. Je n’en peux plus, je me couche, me relève, me plains, ah ! Ça pour sûr je me plains et encore mille fois moins que j’en ai envie.
J’entends une femme qui pleure, une autre qui crie ; elles m’exaspèrent et ça n’en finit pas.
Enfin après cinq heures d’enfer, exténuée, toujours vomissant, je marche en direction de la salle d’accouchement ; en fait je suis traînée par la sage – femme et Jean – Michel, car marcher avec un bébé dont on voit la tête engagée entre les jambes, croyez bien que ce n’est pas facile. Plus tard, on dira : « Folie !» Encore une demie – heure de souffrance avec Jean – Michel, plus blanc que blanc qui tente de me réconforter.
Le pauvre ! Je suis sûre qu’il n’oubliera jamais cette nuit là.
Enfin la délivrance !
Une superbe « grosse mémère » que je trouve personnellement minuscule et magnifique, un tout petit bout de chou comme je les aime. Une grosse bouffée de bonheur m’envahit .Un bonheur identique à celui éprouvé à mon premier regard vers Célinou . Cela s’appelle peut être déjà l’ AMOUR.
Et elle, contrairement à sa sœur , elle ne miaule pas, elle crie fort, mais fort, affreusement fort pour un si petit bébé. Jean – Michel rentre annoncer la bonne nouvelle à toute la famille, Emilie, notre petite nouvelle est emportée en couveuse et moi la mère patiente deux bonnes heures sur ma table d’accouchement, attendant que quelqu’un veuille bien venir me recoudre, car j’ai eu droit à une épisiotomie. Je suis complètement épuisée et pas moyen de dormir sur cette fichue table, car j’ai peur de tomber vu son étroitesse. Personne ne s’intéresse à moi et quand enfin arrive madame Hoche, le médecin , je suis frigorifiée. Je l’entends qui incendie le personnel, leur disant que c’est intolérable, mais pour moi cela ne change rien, j’ai froid et mal partout. C’est tout ce que je sais.
La seule chose que je souhaite est qu’on en finisse au plus vite.
Qu’on me recouse et qu’ensuite on m’oublie surtout ?
Je ne qualifie pas cette séance couture de récréative et sympathique, non, loin de là, mais comme je m’attends à tout, je supporte pas trop mal, en serrant très fort les dents et les poings.
Enfin, je suis ramenée dans ma chambre. Il est environ neuf heures du matin. Je vais pouvoir me reposer une petite heure peut être. Aussitôt arrivée, je somnole jusqu’au retour de Jean – Michel. Il entre dans la chambre vers onze heures en même temps que notre Emilie qui dort paisiblement dans son berceau. Mais aussitôt là, il doit s’en aller car je le renvoie déclarer la naissance de notre petite à la mairie. Cela doit se faire immédiatement, paraît –il. Un quart d’heure plus tard, il me téléphone de là bas, il ne se souvient plus du prénom de notre enfant. Pas perturbé à moitié le nouveau papa !
A son retour de la mairie, Jean- Michel joue les infirmières ; il s’occupe de moi. Il me lave comme il peut car je n’ai pas reçu le moindre soin depuis le départ du médecin. Enfin, nous mangeons ensemble auprès de notre petite nouvelle.
Après le repas, commence le défilé. Ma sœur, ma mère, mon père et bien sûr ma Célinou viennent voir le bébé. Ils ont tous l’air de la trouver bien à leur goût .Jean – Michel, lui, ne la quitte pas du regard. Admiration béate !
Célinou, elle, a les yeux tout écarquillés ; Je ne sais pas ce qui se passe dans sa tête à ce moment là, mais elle a l’air bien heureux, ma foi.
Moi, je suis certes contente de les voir là mais me sens extrêmement lasse.
Ils ne restent pas longtemps mais sont vite remplacés par ma belle –mère accompagnée d’Anne – Marie et Marie – Rose, puis c’est le tour de la tante Suzanne qui travaille à l’hôpital. Je suis morte de fatigue et m’apprête enfin à dormir après le départ de tout ce gentil monde quand : oh ! Surprise !
Toute la bande de Haute Savoie débarque : Marie – Christine et Jean – Louis Marie – Blanche et Joël, et Jean – François. Jean – Michel est terriblement ému de les voir arriver de si loin aussi si vite pour voir sa progéniture mais moi, quoique reconnaissant leur gentillesse, je n’espère qu’une chose : qu’ils s’en aillent !
Je dois patienter jusqu’à l’heure de la fermeture de la maternité pour enfin avoir le droit au repos. Emilie est partie en pouponnière, je l’entends crier ; je reconnais déjà sa voix, mais je m’endors quand même comme une masse
Au réveil, la sage – femme me fait me peser. En un peu plus de 24 heures, j’ai perdu dix sept kilos. Rien de surprenant au fait que je me sente un peu lasse.
Je retrouve mon bébé, toujours aussi bruyant, mais aussi toujours aussi beau.
Affamée la pauvre ! Ils me la laissent mourir de faim .
Rien de temps après avoir bu le biberon, elle se remet à crier. Nous en arrivons à quitter la chambre son père et moi assourdis par ses cris , car rien ne la calme . Elle a juste faim et j’ai beau réclamer, ils ne cèdent pas.
Vivement qu’on rentre à la maison, que je puisse m’occuper d’elle correctement !
Le jour avant mon départ de la maternité arrivent mon beau – père Manard et la mamie Jeanne cachée derrière une énorme plante. Elle a des larmes plein les yeux, la pauvre et a bien du mal à les retenir, alors je la noie dans un torrent de détails sur l’accouchement, le fonctionnement de la clinique, lui parle de Céline avec sa petite sœur.
Ils ne s’attardent pas, et c’est bienheureux. Je comprends leur détresse et partage avec eux l’effort qu’ils font tout en l’appréciant à sa juste valeur, beaucoup plus qu’ils ne peuvent même le supposer.
Je suis partagée entre le bonheur d’avoir mon deuxième bébé et le malheur qu’il ne soit pas de Denis.
Pauvre Jean – Michel ! Lui qui n’y est pour rien dans tout cela et qui a tant d’espoir. Heureusement, il ne se doute pas et n’a pas la moindre idée de ce qui se passe dans ma tête. Lui, il est tout simplement ivre de bonheur.
Je rentre chez moi, à Fleur, aussi vite que possible. C’est là que je me sens le mieux.
Quelques semaines de sursis avant de reprendre le travail, très brièvement, juste une quinzaine de jours en juin à Chasson après un détour de deux jours à Lamparis où l’accueil est glacial.
C’est la mamie de Chaumontel qui garde le bébé pendant ce temps là. Céline est récupérée le midi par la mamie de Tasmaniens.
Enfin, nous profitons des grandes vacances chez nous avec nos deux filles et attendons la rentrée suivante pour organiser notre nouvelle vie à quatre. Je sais déjà que je suis nommée à Bornes, à côté d’Asnam. C’est à une dizaine de kilomètres de chez moi.
Parfait !