l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

dimanche, novembre 12, 2006


Papi de Tasmaniens

Samedi après – midi. Il fait froid mais sec. Il est treize heures quand Jean – Jacques, mon beau – frère et ses parents arrivent à la maison. La table n’est pas encore débarrassée et je suis en train de boire le café. Les trois filles sont dans leur chambre à l’étage. Jean – Michel offre une bière à son père ; celui – ci la refuse et accepte un café de même que son épouse ; « mais vite fait sur le pouce », dit - il, car il y a du boulot.
Mon beau – père est un homme comme ça, toujours en train de travailler. Chez lui, on le voit toujours en activité; il jardine, désherbe, taille les haies et les arbres, tond, nettoie ; il ne s’arrête pas. En fait si, il s’arrête très peu de temps mais très souvent, juste le temps d’avaler un verre de vin avant de repartir. En effet, il est alcoolique. Rien de surprenant à ça, vu la vie qu’il a eue jusque là . Pupille de la nation, il s’est cru adopté par sa famille d’accueil tant il se trouvait bien en son sein et a du se rendre à l’évidence au décès du père de famille quand on lui a bien fait savoir où était sa place. Pour se tirer d'affaire et gagner son indépendance en même temps que sa vie, il s’est engagé dans l’armée. Il s’est battu en Indochine et en Algérie, au Niger et a vu tant d’horreurs que lorsqu’il est ivre, il raconte et pleure. Papi Michel est un brave homme, plein de sensibilité, et qui passe sa vie à être malheureux. Ayant été privé de ses parents, il fonde une famille bien trop nombreuse pour son épouse, que lui aime de tout son cœur, pudiquement, sans bruit. Je le vois pleurer en apprenant que sa fille Marie – Rose est hospitalisée avec une embolie pulmonaire ; il a peur pour sa gamine et il fond en larmes devant moi. Ne parvenant pas à oublier tous ses malheurs et sans doute aussi pour se donner du courage, il boit. Je ne le vois pas dès que j’entre dans la famille car il éprouve un tel respect à mon égard, respect dû à ma profession, qu’il bataille ferme contre lui – même pour se tenir , quand je suis là . Au fil du temps, il se relâche, l’effort à fournir étant trop important, et passe les dernières années de sa vie entre deux vins, très souvent ; ce qui ne m’empêche pas d’avoir une très profonde estime pour lui. Pas soutenu, mais au contraire blâmé par sa femme et ses enfants, il doit se sentir bien seul, bien souvent.
Ce samedi, il vient donc aider son fils aîné à couper son bois. Les deux hommes commencent seulement à se connaître, car jusqu’alors ils ne se parlaient pas et j’ai été si choquée quand je m'en suis rendue compte que j’ai eu avec mon époux une conversation des plus orageuses. J’en ai parlé aussi avec mon beau – père, entre quatre yeux comme on dit par chez nous, et il en a convenu : Cela n’est pas normal ; tous deux en souffrent et lui s’engage à faire un effort pour que cela change. De son côté, Jean – Michel a réfléchi, s’est remis en question et il côtoie à présent son père avec presque du plaisir.
Après le café avalé, les trois hommes partent au bois, juste à côté de la maison, dans le sentier de la « chintre » du borgeot, où mon père a laissé paître ses vaches, toutes les années précédant le remembrement. C’est dans ce bois, quand j’étais enfant que je suis venue jouer avec les petits enfants de la Léa Mochet ; celle – ci habitait juste à côté de la ligne de chemin de fer et mes sœurs et moi y venions retrouver les enfants de sa fille, qui arrivaient de Paris. La maison était une forge, et le pépé qui y travaillait s’appelait Marcel. Il y avait un de ces feux la – bas, et on entendait résonner le marteau sur l’enclume. Nous n’y allions pas beaucoup, mais nous échappions vers la forêt voisine traînant des drôles de carrioles, fabrication maison et nous faisant traîner aussi dans ces mêmes véhicules. Arrivés à destination, c’est à dire au bois où Jean – Michel, Jean – Jacques et papi Michel travaillent, nous entreprenions des parties de catapulte. Il s’agissait de faire grimper les plus petits jusqu’à la cime des jeunes arbres, l’arbre pliait un peu ; c’est alors qu’un grand intervenait pour le plier jusqu’au sol, le retenant jusqu’à ce que le petit ait les pieds par terre, puis lachait tout. Le petit se cramponnait très fort et était catapulté dans les airs brusquement. GENIAL! Jamais de casse !
Aujourd’hui, les petits arbres sont devenus gros. Il faut les abattre. De chez moi, j’entends les tronçonneuses qui peinent. Il semble que les hommes soient nombreux à présent . Il faut dire que c’est le lieu de la coupe cette année et nous venons d’avoir énormément de neige ; beaucoup d’arbres sont abîmés et peu resteront debout après le passage des bûcherons.
Soudain, je vois Jean – Jacques entrer en trombe dans la maison. Il est tout essoufflé d’avoir couru sur un kilomètre et a du mal à reprendre son souffle. Il parle vite et haut et je ne saisis pas ce qu’il essaie de me dire. C’est un enfant affolé, que je stoppe net dans son discours en lui disant d’un ton très autoritaire : « Stop ! Tais-toi ! Calme toi et explique maintenant doucement ! » Mon ancien élève ne se le fait pas dire deux fois et je comprends alors que mon beau –père vient de recevoir une branche sur la tête. Jean – Jacques est paniqué, mes enfants aussi. Je téléphone toutefois au SAMU, avant de calmer tout mon monde, appelle aussi le médecin du village. Pas moyen de l’avoir en ligne. Je charge donc mon père de cette démarche, lui expliquant ce qui se passe et moins de cinq minutes après l’arrivée de mon beau – frère, je file avec lui, en voiture vers le bois. Dès que je vois papi Michel, je comprends. Il est étendu par terre, la tête soutenue par Jean – Michel, et je vois s’écouler d’une plaie derrière le crâne, un grand flot de sang. Il est déjà inconscient, en fait n’a pas cessé de l’être depuis l’impact de la branche qui lui est tombée dessus. Je m’approche, lui prends le pouls. Rien ! Je me penche sur son thorax, mets ma main sur son cœur. Rien ! Jean – Michel me regarde, terrorisé. Je ne peux pas lui dire quoique ce soit ;
Mon père arrive à vélo, tout essoufflé et demande : « Alors ? » A lui, je peux lui dire : « C’est fini ! » Jean – Michel me lance alors un regard désespéré.
Je ne sais que lui dire si ce n’est que je vais m’occuper de sa maman et du retour du papi à Tasmaniens. Le médecin arrive pour constater le décès ; mon père et Jean – Michel s’occupe des démarches pour transporter le corps jusque chez lui, alors que moi je file vers leur domicile attendre ma belle – mère, prévenir ma belle – sœur qui habite sur place.

C’est l’époux de celle – ci que je parviens à joindre. Soulagement ! Je n’aurai pas à annoncer à Marie – Blanche la mort de son papa ; son époux va s’en charger. J’entreprends en les attendant de préparer la chambre pour accueillir le défunt. Je suis seule dans cette maison, crains le retour de ma belle – mère d’une minute à l’autre. Je n’en mène pas large. J’appelle alors le docteur du village lui expliquant ce qui vient d’arriver. Il me promet de venir au plus vite et effectivement sera là peu de temps après, arrivant en même temps que Marie – Blanche et Jean – Michel, suivi du camion des pompiers. Entre temps, j’ai repassé des vêtements propres pour habiller le papi car je ne veux pas que ma belle-mère le retrouve ainsi.
Là commence le cauchemar. Marie – Blanche et Jean – Michel attendent leur mère à l’extérieur, pendant que le médecin et moi-même tentons d’habiller mon beau – père qui ne cesse de saigner. Je ne parviens plus à fournir suffisamment de serviettes pour éponger et dois mettre une cuvette à disposition du docteur pendant un moment pour arriver à enrayer cette hémorragie. Merci docteur ! Sans vous, j’étais mal lotie. Quand ma belle – mère arrive, papi Michel repose sur son lit, comme si tout allait bien.
Quel choc pour son épouse ! Je ne peux rien pour elle et pourtant je sais si bien ce qu’elle ressent. Je ne peux que lui dire qu’elle a ses enfants, que tout le monde va l’aider, mais tout ça est si peu de chose … Les jours qui suivent, je prends en charge seule, le fonctionnement de la maison. Mes belles- sœurs sont bien trop concernées pour me donner un coup de main. Puis, afin de soulager la famille je me charge intégralement des démarches administratives. Ma belle – mère n’oubliera jamais, car même après mon divorce d’avec son fils, elle me gardera une certaine estime.
Ainsi s’achève la vie de papi Michel, dans le milieu qu’il aimait et connaissait si bien, vu son travail aux eaux et forêts, après une vie bien difficile. Celle – ci est parfois bien injuste ! ……….

Le décès de Mamie Jeanne

Quinze heures : Mamie Jeanne n’arrive pas . Surprenant ! Je pensais qu’elle viendrait ce dimanche . Mais , c’est vrai qu’elle est déjà venue la semaine dernière . Donc , finalement c’est normal . Je ne l’attends donc plus et vaque à mes occupations .
Lundi matin , je pars à l’école comme d’habitude ; Je dépose Céline à Tasmaniens et poursuis mon chemin avec Emilie jusqu’à Sellage
A onze heures , je vois monsieur le maire qui m’appelle dans la cour.
J’envoie donc mes élèves dehors avec un peu d’avance sur l’heure de la sortie . Pas grave ! C’est le début de l’année ; les enfants ont encore bien besoin d’avoir des temps libres .
Nous sommes en train de discuter , le maire et moi , à bâtons rompus , quand j’aperçois mon époux à la grille . Surprenant ! Il ne vient que très rarement et jamais pendant la classe . Il a l’air soucieux , mais bon !…..
Dès qu’il est un peu plus près , je me rends compte qu’il est très mal à l’aise et vu sa timidité , je pense que c’est le maire qui le gêne . Je le présente donc et lui dis ; « qu’est – ce qui t’amène de ces heures ? »
Tout penaud , il me répond de but en blanc que la mamie Jeanne est décédée .
Impossible ! Il y a erreur sur la personne . Je le lui explique d’ailleurs immédiatement : il ne peut que se tromper d’une génération . Il vient de rentrer dans la famille et ne sait sûrement pas encore bien le prénom de tout un chacun: « Mais non, tu veux dire la mémé Marthe ! »
Plus gêné que jamais , il confirme sa première version . C’est Jean – Yves qui vient de le prévenir . Sa mère est morte subitement dans la nuit . Hier soir , elle allait très bien elle a même fait la course avec le papi pour avoir le fauteuil qu’elle préférait . Puis elle s’est couchée dans la chambre de Marylène car elle dort si mal qu’elle empêche le papi de se reposer , alors depuis quelque temps ils font chambre à part . Son chapelet dans les mains , après sans doute de nombreuses prières , elle s’est endormie pour ne plus jamais se réveiller . Le matin , Jean – Yves l’a appelée pour qu’elle lui donne ses vêtements comme d’habitude . Comme elle ne venait pas , il est allé voir et l’a trouvée ainsi . Sur le coup , il a pensé qu’elle dormait encore . Le lit était pas à peine défait . Mamie Jeanne est morte sans souffrance . Pour nous tous , elle a eu la meilleure des morts . Pour elle , c’était la pire celle dont elle ne voulait pas , souhaitant pouvoir se préparer dignement à retrouver son créateur .
Si Dieu , il y avait , elle serait à ses côtés pour sûr , elle a tant cru en lui .
Pour moi , athée , pas de consolation . Ma belle – mère décédée , cela veut dire : La perte d’une amie mais aussi la perte de celle qui était la plus proche de Denis .
Je pense aussi à Céline . Pour ma fille , c’était la mémoire vivante de son père , le lien qui les unissait encore physiquement et aussi plus simplement , sa mamie , une mamie qui l’adorait et elle est encore bien petite , ma fille pour avoir ce genre de peine Malheureusement , je ne peux pas la protéger contre ça et je l’attends donc à l’arrêt du bus pour lui annoncer le drame .
Céline reste paralysée sur le coup , puis fond en larmes dans mes bras . Un de ses premiers gros chagrin ! Un de ceux que l’on partage mal , si tant est que l’on puisse en partager d’autres …….