Mémé Marthe
Mémé Marthe est la grand – mère de Denis. Elle habite Commentaires, est veuve depuis longtemps. Son mari Eugène s’est fait écraser devant sa maison, juste à l’endroit où Denis a eu son accident ;
Ce pépé était comptable à la tuilerie du village, là où ma belle – mère Jeanne a travaillé avant d’épouser mon beau – père. Je ne l’ai pas connu.
La mémé Marthe, elle, à cette époque, travaillait à la ferme.
Ce qui est surprenant chez cette femme, c’est son allure.
Papi Armand vous dirait qu’elle est d’une famille fière. C’est sans doute vrai, mais en tout cas, elle se conduit, non pas comme une paysanne mais comme une bourgeoise.
Elle n’est pas grande, cette mémé – là, mais elle a fière allure. Bien droite relevant la tête, toujours bien coiffée et habillée, elle porte le chapeau avec élégance. Elle fait bon chic, bon genre et elle est « bon chic, bon genre », y compris dans sa tête. Pas question de ne pas suivre un chemin bien tracé, et c’est celui que tracent les curés qu’il faut prendre. D’ailleurs son rêve à elle est de faire de son fils René un prêtre ; elle l’envoie donc au séminaire très jeune, mais manque de chance, le tonton René lui, il aime les femmes, et même beaucoup, pas uniquement la sienne….. « Pas étonnant ! » Vous explique la mémé « ma bru est une mauvaise ! » La mémé ne l’aime pas, cette belle – fille. Pour elle, c’est une personne vulgaire, cette Simone .
Mémé Marthe est la grand – mère de Denis. Elle habite Commentaires, est veuve depuis longtemps. Son mari Eugène s’est fait écraser devant sa maison, juste à l’endroit où Denis a eu son accident ;
Ce pépé était comptable à la tuilerie du village, là où ma belle – mère Jeanne a travaillé avant d’épouser mon beau – père. Je ne l’ai pas connu.
La mémé Marthe, elle, à cette époque, travaillait à la ferme.
Ce qui est surprenant chez cette femme, c’est son allure.
Papi Armand vous dirait qu’elle est d’une famille fière. C’est sans doute vrai, mais en tout cas, elle se conduit, non pas comme une paysanne mais comme une bourgeoise.
Elle n’est pas grande, cette mémé – là, mais elle a fière allure. Bien droite relevant la tête, toujours bien coiffée et habillée, elle porte le chapeau avec élégance. Elle fait bon chic, bon genre et elle est « bon chic, bon genre », y compris dans sa tête. Pas question de ne pas suivre un chemin bien tracé, et c’est celui que tracent les curés qu’il faut prendre. D’ailleurs son rêve à elle est de faire de son fils René un prêtre ; elle l’envoie donc au séminaire très jeune, mais manque de chance, le tonton René lui, il aime les femmes, et même beaucoup, pas uniquement la sienne….. « Pas étonnant ! » Vous explique la mémé « ma bru est une mauvaise ! » La mémé ne l’aime pas, cette belle – fille. Pour elle, c’est une personne vulgaire, cette Simone .
Elle rit fort, prend du plaisir à manger trop bien et en plus elle apprécie le bon vin. La totale quoi ! ( Je crois même qu’elle sait que la Simone en question, elle aime aussi les hommes, mais chut ! ! ! !) De ça on ne parle pas chez la mémé Marthe. Le sexe est un sujet tabou Le divorce aussi en est un et cela va même très loin. Elle me raconte que son frère a été enterré de nuit, à la sauvette, sans prêtre bien sûr parce qu’il a divorcé quelques années avant sa mort. « Comme un chien ! » Dit – elle.
Cela ne plaisante pas dans la famille Boudas.
Aussi, je n’ose vous dire que lorsque je rencontre cette grand – mère pour la première fois, c’est pour l’inviter à mon mariage avec son petit – fils et Denis n’est pas plus à l’aise que moi, car en même temps, nous devons lui annoncer que je suis enceinte de Célinou. Elle vient d’être opérée d’un pied et est en maison de repos à Montmort. Nous nous y rendons donc, tous les deux ( et demi ), un samedi après – midi.
Denis me présente bien sûr et se lance dans des banalités. J’ai vite fait de comprendre qu’il ne lui dira rien et prenant mon courage à deux mains, j’annonce bravement : « Grand – mère ! Je me permets de vous appeler comme ça, car vous allez le devenir très prochainement. Denis et moi avons décidé de nous marier ; cela sera le 09 octobre. » Elle est tout émue, la mémé et fait signe à Denis de s’approcher pour l’embrasser. Je reçois le même traitement dans la foulée. Encouragée par un tel accueil, je poursuis : « Je ne vous connais pas, mais on m’a laissé entendre que vous n’alliez pas être satisfaite quand j’allais vous parler de la suite. Ceci étant, j’ai pour principe de dire les choses comme elles sont. Donc, je vous annonce que vous allez aussi être à nouveau arrière grand – mère .J’attends un bébé et votre petit-fils et moi-même sommes les plus heureux du monde. » La réponse de la mémé n’est pas celle que nous attendions. Avec un sourire, elle dit juste : « Eh bien, alors, tant mieux ! ». Puis elle revient sur le projet du mariage. S’adressant à Denis, elle lui dit : « Tu ne vas quand même pas inviter ton oncle Jacques ! » Le pauvre ne répond rien. Il est tourné vers la fenêtre et se tait. Je viens à son secours. « Non, Denis n’invite pas son oncle, alors qu’il l’aime beaucoup mais il ne veut pas vous faire de la peine. Mais moi, oui, je l’invite, en tant qu’ami de ma famille. Je sais que vous avez très mal vécu ce qui s’est passé entre votre fille et lui et cela se comprend. Je sais aussi que le décès de Colette est l’horreur pour vous mais notre mariage n’a rien à voir avec tout ça. Nous regrettons très fort que votre fille ne soit plus là, mais pour ses enfants, il est important que nous, leurs cousins nous ne jugions pas leur père. Jacques est donc invité, sachez – le. » Elle reprend alors : « Dans ce cas je ne viendrai pas ! »
La réponse est immédiate : « Comme vous voudrez ! A vous de voir ! Mais peut être pourriez – vous réfléchir à un compromis. Vous avez encore le temps. »
Et nous la quittons quelques minutes plus tard.
Elle finit par venir au mariage civil et religieux, s’abstenant de participer au repas. Son gendre vient lui, au repas et ils ne se croisent pas. Bonne chose !
En février, la mémé Marthe est très contente d’ accueillir Céline. Elle nous prête même la robe de baptême familiale. En fait, la mémé m’aime bien, chacun se demandant bien le pourquoi, vu combien nous sommes différentes. Elle bigote, moi athée. Elle bon chic, bon genre ; moi hollé hollé. Mais il est tout à fait vrai que le courant passe bien entre les deux. Je l’affronte sans problème quand je ne suis pas d’accord avec elle et elle accepte de discuter, tout en campant fermement sur ses positions.
Je l’invite bien vite à venir passer quelques jours chez nous, rue du midi. Elle est plus qu’enchantée. Jamais ses autres petits enfants ne le font mais il faut bien reconnaître qu’avec eux, elle est beaucoup moins tolérante.
Ce que j’ignore est que la mémé ne dort pas beaucoup et qu’elle consomme énormément de calmants qui la mettent dans tous ses états la nuit. Le frigo en général en fait les frais. Dès le premier soir, nous en faisons l’expérience ; elle avale une demi – douzaine d’oeufs durs et n’est pas même malade le lendemain ; Juste très gênée. Moi, cela me fait beaucoup rire et je ne m’en cache pas, ce qui a pour effet de la détendre complètement. J’en cuis moins les jours qui suivent..
Pendant son séjour, la grand – mère trébuche alors qu’elle est en train de porter Céline qui n’a que quelques mois. Elle chute jusqu’au sol et j’ai une peur bleue. Inutile ! Me dit la mémé ; la petite n’a rien, je ne l’ai pas lâchée . Effectivement, Céline n’a pas même effleuré par terre mais les genoux de la mémé, eux, si. Ils sont égratignés, et passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce petit séjour d’une huitaine de jours nous lie très profondément ; nous nous adoptons l’une, l’autre.
Après le décès de Denis , la mémé Marthe me renvoie l’ascenseur ; je passe de longues journées chez elle. Entre autre je lui remets à neuf sa salle de bain ; cela lui procure une immense joie et suscite chez les autres membres de la famille interrogations et jalousies. Mais toutes deux nous en moquons éperdument et je continue de la côtoyer pendant des années.
Après le décès de sa deuxième fille, la pauvre mémé perd le moral, toute sa joie de vivre. Rien de surprenant ! La seule solution que trouve son dernier enfant, avec la complicité d’un médecin, qui n’a de médecin que le titre, est de la faire interner. Pauvre mémé ! Elle n’est pas folle, seulement désespérée. Elle m’appelle au secours par téléphone, en fraude. J’y file avec Jean – Michel et je n’en crois pas mes yeux. Un infirmier ferme toutes les portes a clé derrière notre passage. Quand enfin nous la rejoignons, c’est pire. Elle se trouve dans une salle commune qu’ils appellent le salon. Immédiatement, on se sent mal. Des gens déambulent dans tous les sens . Certains se tiennent par la main alors qu’ils sont visiblement des étrangers les uns pour les autres. Un autre monde !
J’aperçois la mémé, assise sur une chaise dans un coin. Elle chante. Un homme d’une trentaine d’années lui tient la main. J’avoue que j’en suis toute retournée et à cet instant précis, je me demande si elle n’est pas effectivement complètement folle.
Mais je suis vite rassurée ; en effet dès que je suis près d’elle, elle m’explique que c’est la seule solution pour que cet homme lui fiche la paix. Effectivement, il part immédiatement dès qu’elle a fini de chanter et ne reviendra qu’une heure plus tard pour lui demander de recommencer.
Dés que celui – ci s’éloigne, elle retrouve son sourire pour me dire que maintenant je dois mieux comprendre pourquoi elle m’a appelée au secours « tiens, me dit – elle, regarde cette femme – là, tu vas voir elle va te demander toutes les deux minutes environ, comment il faut qu’elle s’y prenne pour rentrer chez elle »
Effectivement, la pauvre femme va nous bassiner tout l’après – midi à renouveler toujours la même question : « dites, madame, s’il vous plaît, il faut bien que je prenne à gauche puis à droite pour aller chez moi ! » Quelle que soit la réponse que vous lui faites, elle reprend le même parcours, à savoir celui de faire le tour de la pièce, s’arrêtant vers tout un chacun pour lui poser la même question et cela sans interruption. J’en suis exténuée pour elle.
Il y a aussi, là, parmi tous les autres, une jeune fille d’une vingtaine d’années, d’une beauté rare, voire exceptionnelle. Son visage est très doux, et elle a des cheveux noirs si longs qu’ils retombent en cascade sur ses fesses. Sa silhouette est, elle aussi, parfaite. C’est un véritable plaisir de la regarder immobile devant la fenêtre mais quand elle se déplace de long en large dans la salle, ce n’est plus la même chose. On dirait un automate ; elle avance par petits pas saccadés et le plus frappant encore est son regard totalement éteint, vide. Elle incarne à elle toute seule le désespoir et la tristesse de toute la terre. La mémé nous précise qu’elle ne peut plus parler et que c’est pour ça qu’elle est hospitalisée depuis déjà de nombreux mois.. Quelle horreur que cet endroit ! J’en ressors très perturbée, après avoir promis à la grand – mère de faire tout ce que je peux pour elle. Je ne peux malheureusement pas grand chose, si ce n’est informer mon beau – père. Il va, je crois entreprendre quelques démarches auprès du médecin. Quoiqu’il en soit, la grand – mère va revenir chez elle une quinzaine de jours plus tard.
Elle ne va pas pouvoir y rester très longtemps seule, et son dernier enfant l’emmène vivre chez lui, avec beaucoup de réticences et de lamentations. La grand – mère fugue alors régulièrement ; elle n’a plus la visite de ses petits enfants Manard, car les deux familles sont brouillées ( histoire de sous ). J’y vais régulièrement, mais très vite elle n’est plus visible. Les Boudas censurent, acceptant ou refusant telle ou telle visite. La mémé finira ses jours enfermée à clé dans une chambre à four, rénovée, en dehors de l’habitation principale de son fils, volets fermés et condamnés par des planches clouées en croix. Triste ! Très triste ! Même plus que ça ! Honte à eux tous !
La succession se fait très difficilement avec des procès entre les familles Simarre , Manard et Boudas . En tant que tutrice de Céline, je dois prendre parti contre les uns et les autres. M’y refusant, je me les mets tous à dos en même temps. Mais ceci est sans importance. Ce qui compte c’est : « Le respect que la mémé a de la pièce rapportée que je suis et le Mépris que j'offre volontiers à ceux qui font partie des siens et qui ne savent que se déchirer . Je suis contente d’être différente d'eux et de ne pas faire partie des leurs à part entière.
La mémé s’est trompée : elle leur a donné beaucoup , beaucoup , beaucoup trop : et surtout beaucoup trop d’amour et d’affection. Ils ne les méritaient pas......
Cela ne plaisante pas dans la famille Boudas.
Aussi, je n’ose vous dire que lorsque je rencontre cette grand – mère pour la première fois, c’est pour l’inviter à mon mariage avec son petit – fils et Denis n’est pas plus à l’aise que moi, car en même temps, nous devons lui annoncer que je suis enceinte de Célinou. Elle vient d’être opérée d’un pied et est en maison de repos à Montmort. Nous nous y rendons donc, tous les deux ( et demi ), un samedi après – midi.
Denis me présente bien sûr et se lance dans des banalités. J’ai vite fait de comprendre qu’il ne lui dira rien et prenant mon courage à deux mains, j’annonce bravement : « Grand – mère ! Je me permets de vous appeler comme ça, car vous allez le devenir très prochainement. Denis et moi avons décidé de nous marier ; cela sera le 09 octobre. » Elle est tout émue, la mémé et fait signe à Denis de s’approcher pour l’embrasser. Je reçois le même traitement dans la foulée. Encouragée par un tel accueil, je poursuis : « Je ne vous connais pas, mais on m’a laissé entendre que vous n’alliez pas être satisfaite quand j’allais vous parler de la suite. Ceci étant, j’ai pour principe de dire les choses comme elles sont. Donc, je vous annonce que vous allez aussi être à nouveau arrière grand – mère .J’attends un bébé et votre petit-fils et moi-même sommes les plus heureux du monde. » La réponse de la mémé n’est pas celle que nous attendions. Avec un sourire, elle dit juste : « Eh bien, alors, tant mieux ! ». Puis elle revient sur le projet du mariage. S’adressant à Denis, elle lui dit : « Tu ne vas quand même pas inviter ton oncle Jacques ! » Le pauvre ne répond rien. Il est tourné vers la fenêtre et se tait. Je viens à son secours. « Non, Denis n’invite pas son oncle, alors qu’il l’aime beaucoup mais il ne veut pas vous faire de la peine. Mais moi, oui, je l’invite, en tant qu’ami de ma famille. Je sais que vous avez très mal vécu ce qui s’est passé entre votre fille et lui et cela se comprend. Je sais aussi que le décès de Colette est l’horreur pour vous mais notre mariage n’a rien à voir avec tout ça. Nous regrettons très fort que votre fille ne soit plus là, mais pour ses enfants, il est important que nous, leurs cousins nous ne jugions pas leur père. Jacques est donc invité, sachez – le. » Elle reprend alors : « Dans ce cas je ne viendrai pas ! »
La réponse est immédiate : « Comme vous voudrez ! A vous de voir ! Mais peut être pourriez – vous réfléchir à un compromis. Vous avez encore le temps. »
Et nous la quittons quelques minutes plus tard.
Elle finit par venir au mariage civil et religieux, s’abstenant de participer au repas. Son gendre vient lui, au repas et ils ne se croisent pas. Bonne chose !
En février, la mémé Marthe est très contente d’ accueillir Céline. Elle nous prête même la robe de baptême familiale. En fait, la mémé m’aime bien, chacun se demandant bien le pourquoi, vu combien nous sommes différentes. Elle bigote, moi athée. Elle bon chic, bon genre ; moi hollé hollé. Mais il est tout à fait vrai que le courant passe bien entre les deux. Je l’affronte sans problème quand je ne suis pas d’accord avec elle et elle accepte de discuter, tout en campant fermement sur ses positions.
Je l’invite bien vite à venir passer quelques jours chez nous, rue du midi. Elle est plus qu’enchantée. Jamais ses autres petits enfants ne le font mais il faut bien reconnaître qu’avec eux, elle est beaucoup moins tolérante.
Ce que j’ignore est que la mémé ne dort pas beaucoup et qu’elle consomme énormément de calmants qui la mettent dans tous ses états la nuit. Le frigo en général en fait les frais. Dès le premier soir, nous en faisons l’expérience ; elle avale une demi – douzaine d’oeufs durs et n’est pas même malade le lendemain ; Juste très gênée. Moi, cela me fait beaucoup rire et je ne m’en cache pas, ce qui a pour effet de la détendre complètement. J’en cuis moins les jours qui suivent..
Pendant son séjour, la grand – mère trébuche alors qu’elle est en train de porter Céline qui n’a que quelques mois. Elle chute jusqu’au sol et j’ai une peur bleue. Inutile ! Me dit la mémé ; la petite n’a rien, je ne l’ai pas lâchée . Effectivement, Céline n’a pas même effleuré par terre mais les genoux de la mémé, eux, si. Ils sont égratignés, et passent par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ce petit séjour d’une huitaine de jours nous lie très profondément ; nous nous adoptons l’une, l’autre.
Après le décès de Denis , la mémé Marthe me renvoie l’ascenseur ; je passe de longues journées chez elle. Entre autre je lui remets à neuf sa salle de bain ; cela lui procure une immense joie et suscite chez les autres membres de la famille interrogations et jalousies. Mais toutes deux nous en moquons éperdument et je continue de la côtoyer pendant des années.
Après le décès de sa deuxième fille, la pauvre mémé perd le moral, toute sa joie de vivre. Rien de surprenant ! La seule solution que trouve son dernier enfant, avec la complicité d’un médecin, qui n’a de médecin que le titre, est de la faire interner. Pauvre mémé ! Elle n’est pas folle, seulement désespérée. Elle m’appelle au secours par téléphone, en fraude. J’y file avec Jean – Michel et je n’en crois pas mes yeux. Un infirmier ferme toutes les portes a clé derrière notre passage. Quand enfin nous la rejoignons, c’est pire. Elle se trouve dans une salle commune qu’ils appellent le salon. Immédiatement, on se sent mal. Des gens déambulent dans tous les sens . Certains se tiennent par la main alors qu’ils sont visiblement des étrangers les uns pour les autres. Un autre monde !
J’aperçois la mémé, assise sur une chaise dans un coin. Elle chante. Un homme d’une trentaine d’années lui tient la main. J’avoue que j’en suis toute retournée et à cet instant précis, je me demande si elle n’est pas effectivement complètement folle.
Mais je suis vite rassurée ; en effet dès que je suis près d’elle, elle m’explique que c’est la seule solution pour que cet homme lui fiche la paix. Effectivement, il part immédiatement dès qu’elle a fini de chanter et ne reviendra qu’une heure plus tard pour lui demander de recommencer.
Dés que celui – ci s’éloigne, elle retrouve son sourire pour me dire que maintenant je dois mieux comprendre pourquoi elle m’a appelée au secours « tiens, me dit – elle, regarde cette femme – là, tu vas voir elle va te demander toutes les deux minutes environ, comment il faut qu’elle s’y prenne pour rentrer chez elle »
Effectivement, la pauvre femme va nous bassiner tout l’après – midi à renouveler toujours la même question : « dites, madame, s’il vous plaît, il faut bien que je prenne à gauche puis à droite pour aller chez moi ! » Quelle que soit la réponse que vous lui faites, elle reprend le même parcours, à savoir celui de faire le tour de la pièce, s’arrêtant vers tout un chacun pour lui poser la même question et cela sans interruption. J’en suis exténuée pour elle.
Il y a aussi, là, parmi tous les autres, une jeune fille d’une vingtaine d’années, d’une beauté rare, voire exceptionnelle. Son visage est très doux, et elle a des cheveux noirs si longs qu’ils retombent en cascade sur ses fesses. Sa silhouette est, elle aussi, parfaite. C’est un véritable plaisir de la regarder immobile devant la fenêtre mais quand elle se déplace de long en large dans la salle, ce n’est plus la même chose. On dirait un automate ; elle avance par petits pas saccadés et le plus frappant encore est son regard totalement éteint, vide. Elle incarne à elle toute seule le désespoir et la tristesse de toute la terre. La mémé nous précise qu’elle ne peut plus parler et que c’est pour ça qu’elle est hospitalisée depuis déjà de nombreux mois.. Quelle horreur que cet endroit ! J’en ressors très perturbée, après avoir promis à la grand – mère de faire tout ce que je peux pour elle. Je ne peux malheureusement pas grand chose, si ce n’est informer mon beau – père. Il va, je crois entreprendre quelques démarches auprès du médecin. Quoiqu’il en soit, la grand – mère va revenir chez elle une quinzaine de jours plus tard.
Elle ne va pas pouvoir y rester très longtemps seule, et son dernier enfant l’emmène vivre chez lui, avec beaucoup de réticences et de lamentations. La grand – mère fugue alors régulièrement ; elle n’a plus la visite de ses petits enfants Manard, car les deux familles sont brouillées ( histoire de sous ). J’y vais régulièrement, mais très vite elle n’est plus visible. Les Boudas censurent, acceptant ou refusant telle ou telle visite. La mémé finira ses jours enfermée à clé dans une chambre à four, rénovée, en dehors de l’habitation principale de son fils, volets fermés et condamnés par des planches clouées en croix. Triste ! Très triste ! Même plus que ça ! Honte à eux tous !
La succession se fait très difficilement avec des procès entre les familles Simarre , Manard et Boudas . En tant que tutrice de Céline, je dois prendre parti contre les uns et les autres. M’y refusant, je me les mets tous à dos en même temps. Mais ceci est sans importance. Ce qui compte c’est : « Le respect que la mémé a de la pièce rapportée que je suis et le Mépris que j'offre volontiers à ceux qui font partie des siens et qui ne savent que se déchirer . Je suis contente d’être différente d'eux et de ne pas faire partie des leurs à part entière.
La mémé s’est trompée : elle leur a donné beaucoup , beaucoup , beaucoup trop : et surtout beaucoup trop d’amour et d’affection. Ils ne les méritaient pas......
