Le divorce
Au fil du temps, je me suis habituée à vivre en cohabitation avec Jean – Michel. Je ne rentre jamais à la maison de gaieté de cœur mais m’accommode de cette situation. Mon époux et moi essayons de nous rencontrer le moins possible et y parvenons pas trop mal.
Lorsque nous sommes obligés de manger ensemble, nous n’échangeons pas un seul mot et nous adressons uniquement aux enfants. Personnellement, je ne parviens plus à trouver quelque chose à lui dire. Il m’arrive fréquemment de penser : « Allez ! Parle – lui, il faut absolument pour les enfants », mais rien ne me vient à l’esprit, pas même la moindre banalité. Je ne peux pas. L’esprit vide.
Il va de soi que depuis longtemps, sept années exactement, nous ne dormons plus ensemble. Le plus souvent, j’occupe le canapé. Couchée en long sur l’assise, je dors mal, accompagnée de calmants et somnifères. Jean – Michel garde le lit conjugal. Emilie est mise à contribution. Je lui prends son lit ; elle occupe alors un petit cliclac à côté de la cuisine. Pauvre Milie, elle trinque, elle, alors qu’elle n’y est pour rien. Mais on ne dort pas impunément sur un canapé non convertible. J’enchaîne les lumbagos..
Malgré tout cela, je ne vis pas encore trop mal. Je vois toujours Jean – Claude chaque jour. Il m’encourage à tenir bon chaque fois que je menace de tout envoyer promener et on s’éternise donc dans ce cinéma.
Jean – Michel, de son côté, ne vit pas mieux. Il se raccroche à ses copains et sa famille, reprend une vie extrêmement voisine de celle qu’il avait quand il était célibataire. Nous nous endettons doucement car il n’y a plus concertation non plus pour les dépenses, chacun faisant ce qu’il veut. Jean – Michel va jusqu’à acheter une voiture sans m’en parler faisant un emprunt, et signant à ma place. Moi, je m’offre des habits en pagaille. Je compense mes manques ainsi.
Enfin, ce n’est pas le Pérou le moins qu’on puisse dire.
Premier jour des vacances scolaires 1995 : Je rentre l’angoisse au ventre à l’idée de passer un mois en compagnie de mon époux. Bienheureusement, ses vacances ne commencent que dans un mois et je vais pouvoir souffler un peu avant. D’ailleurs, il travaille de nuit. Cela me convient bien, car je vais pouvoir dormir dans mon lit mais par contre devrai me lever tôt pour lui céder la place à son retour du travail.
Vingt deux heures : je m’apprête à me coucher quand j’aperçois sur le lit un courrier. Surprise, je vois qu’il s’agit sur l’enveloppe d’une lettre venant du tribunal. Je ne sais vraiment pas de quoi il peut s’agir. C’est simplement à la lecture que je comprends que je suis convoquée , suite à une demande de divorce déposée par mon mari. J’en reste estomaquée. Le courrier a été apporté par le facteur une quinzaine de jours avant et réceptionné par mon époux alors que c’est une lettre avec accusé de réception. Jean – Michel, craignant sans doute ma réaction, a préféré se la garder sous le coude en attendant de travailler de nuit, me laissant décolérer pendant quelques heures avant de m’affronter. En fait l’effet s’avère être amplifié. La colère monte immédiatement. Je suis furieuse. « Cette espèce de salaud » qui m’a refusé le droit de partir avant la majorité de nos enfants s’octroie celui de ne pas tenir son engagement. Je suis folle de rage. Dans le même temps, je suis terrorisée. Comment vais – je pouvoir me débrouiller avec mes trois gosses dans une telle situation ? J’ai mal au ventre et une grosse boule au creux de l’estomac. Je lis et relis cette lettre maintes et maintes fois : « Divorce pour faute ».
Je ne dors pas cette nuit là. Je passe par tous les états d’âme, de la rage à l’angoisse en passant par la tristesse et le désespoir. Je l’attends. Pas question de m’abaisser à le supplier comme il l’a fait six ans auparavant mais par contre pas l’intention de ne pas lui dire ce que j’en pense. Je l’attends la lettre sur la table du salon, guettant son arrivée.
Dès qu’il a passé le seuil, j’attaque : « tu m’expliques ! » Il me rétorque « Rien à expliquer ! » Sur un ton aussi agressif que le mien. Je sens bien que de toute façon, il est tout à fait inutile de poursuivre. Je me contente donc de dire : « Tu es bien décidé, alors dans ce cas, allons au plus simple. Tu parles de divorce pour faute ; tu ne pourras jamais rien prouver aussi il faut essayer de nous entendre . » Pas de réponse Je reprends « Une chose est sûre : tu n’auras jamais la garde des filles, dû sais - je en crever. Je me battrai aussi longtemps qu’il le faudra mais elles resteront toutes les trois avec moi. Si l’idée d’en récupérer une au moins t’est venue, tu peux abandonner tout de suite. Deuxième chose : que fait-on pour la maison ? On en parle à ton réveil."
Là - dessus, je pars.
Dès qu’il se lève à treize heures , je ne lui laisse pas le temps de manger, on reprend la discussion. « Alors ? »
La réponse de Jean – Michel est embarrassée.
Je sens bien à ce moment – là que je suis en position de force et cela me rassure. Je n’ai nullement l’intention de lui faire du tort mais par contre bien celle de me défendre. « Pour les filles, dit-il, ok, je te les laisse. ( Comme s’il me faisait une fleur, alors que pour lui, cela serait un sacré problème ) Elles seront mieux avec toi. Pour la maison, je peux la payer tout seul ! » Je vois que Jean – Michel est comme d’habitude sur son petit nuage et lui réponds donc : « Ah oui ! Je ne vois pas comment tu pourrais faire, car pour la payer, non seulement il te faut ta paie entière mais aussi de l’argent en plus ; or, tu vas devoir payer une pension pour les filles, alors ? …… Je te propose donc, moi, de la garder pour les filles, si tu m’aides en donnant une pension raisonnable pour chacune des deux tiennes, sinon on vend. Comme nous n’avons pas encore payé de capital, la vente couvrira juste l’emprunt et toi tu me devras la moitié de ce que j’ai investi seule, à savoir la moitié de l’argent que mes parents m’ont prêté , la moitié du prix du terrain et de l’escalier . Tu partiras dans ce cas là avec des dettes. Tu y réfléchis et on en reparle. Je le relance sur ce sujet quelques jours plus tard mais il y a plus urgent : Les enfants .
Aujourd’hui, les enfants sont informés. L’important pour moi est qu’elles sachent que notre amour pour elles est toujours le même et que nous allons nous en sortir à l’avenir. Je ne suis pas sûre qu’elles comprennent le message. Elles pleurent et cela me crève le cœur. J’essaie pourtant de les rassurer autant que je peux. Emilie surtout va avoir besoin fréquemment de réconfort durant les jours , semaines et mois à venir. La séparation d’avec son père va être très douloureuse car elle y est profondément attachée.
Désolée, Mes filles ! Vraiment ! Et beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Le seul regret de toute ma vie : celui de vous avoir fait mal !( pas le seul : celui aussi de ne jamais avoir emmener papi à Paris )
Je me dois aussi d’informer mes parents. Pour eux, je sais que cela va être très dur et je prends donc la décision de m’y rendre accompagnée de mes enfants, afin qu’ils se rendent compte que les gosses ne sont pas effondrées .
Quand nous arrivons, mon père est seul. « La mamie est en courses » dit – il. Nous nous asseyons donc et discutons de tout et de rien comme si nous ne faisions que passer comme d’habitude.
Papa est très énervé ; il vient d’apprendre le divorce de Dédé Morêt et est scandalisé. Il faut dire que ce garçon fait partie des intimes de mon père. Dernier cultivateur du village, il fait appel à lui quand les vaches vêlent et est surtout le fils aîné de son meilleur copain. Il ne peut donc pas être responsable de ce qui lui arrive ; c’est sûr sa femme qui est une garce … Je me tais et je le regarde s’agiter sur son fauteuil. Cette nouvelle l’attriste très profondément et je m’apprête à lui asséner une autre encore pire puisqu’elle concerne sa gosse. Ma mère arrive enfin. Sitôt là, je lui demande de s’asseoir car j’ai à leur parler. Mon père est inquiet ; je le vois dans ces yeux. Je suis sûre qu’il a déjà compris que c’est grave. Je prends donc la parole, leur demandant de m’écouter jusqu’au bout sans rien dire. « Voilà : Dédé Morêt divorce mais il n’est pas le seul. Jean – Michel et moi, nous allons divorcer aussi. Nous ne nous aimons plus, nous sommes malheureux ensemble, et nous avons décidé d’en finir. Je ne suis plus son épouse depuis de nombreuses années et ça ne peut plus du tout durer. Je garde les enfants et la maison et mon mari s’en va. Les filles sont au courant bien sûr et sont très raisonnables. Il ne faut pas vous en faire : ça va aller ! On va se débrouiller ! »
Ma mère est anéantie, ne dit pas un mot, ne bronche pas. Mon père lui, se lève, marche de long en large, s’agite et dit seulement que l’important est que les enfants n’en souffrent pas trop.
Je le connais suffisamment pour savoir qu’à la première occasion, quand nous serons seuls, il va me dire ce qu’il en pense vraiment. Cela sera quelques semaines plus tard, alors que je l’emmène à un contrôle de dialyse. Nous ne sommes pas arrivés à Foulage, qu’il attaque déjà. J’en retiens une discussion houleuse où il se permet de me dire que je ne suis pas comme tout le monde, que je suis en fait une mauvaise épouse, que je ne sais pas aimer et je vous en passe . Enfin pour résumer : une nulle avec les hommes, donc à l’avenir, il me demande de m’abstenir d’en reprendre un autre
Bienheureux qu’il ne sache pas que j’ai un amant, sinon qu’est ce que cela serait ? Je ne me laisse pas faire ; j’explique et lui fais même savoir que pour un donneur de leçons, il n’est pas un modèle, lui -même n’étant pas toujours tendre avec ma mère, loin s’en faut. Je ne lui accorde pas le droit de me juger, car il ne sait rien du tout de ce qui se passe chez moi. Cela barde dans la voiture, pendant tout le voyage jusqu’à Lole, mais l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre est le plus fort bien sûr et il termine en me proposant son aide si besoin est. Je lui certifie que je vais très bien m’en sortir toute seule , lui demande juste de me faire confiance et on en reste là.
Quelques jours après ma visite chez mes parents, le facteur, un homme de Tasmaniens qui croit bien faire en apportant le courrier de Jean – Michel à la maison alors que l’adresse est celle du domicile de sa mère, vient de passer ; Emilie rapporte lettres et prospectus et pose le tout sur le meuble à la cuisine . Sa curiosité la pousse à regarder ce qu’il y a dans ce tas de papier. Je suis en train de préparer le repas quand je vois ma gamine fondre en larmes, toute blanche. Sur le coup, je ne comprends pas. Elle tient une carte postale à la main. Je l’interroge donc : « Qu’est – ce qui se passe ? Qu’est ce qui t’arrive ? » Je n’obtiens pas de réponse et m’empare donc de cette carte. Je comprends très vite. Il s’agit d’une lettre d’amour adressée à son père, où la dame est très explicite sur le manque que lui procure l’absence de son amant.
Ma réaction est idiote. Je dispute Emilie, lui disant que cette lettre n’avait pas lieu d’être ouverte, vu son destinataire. En fait, je suis furieuse. Ce monsieur qui se permet de me faire la leçon est bien mal placé. Je l’attends de pied ferme ; il travaille de matin et rentre à treize heures. Pour le moment, j’ai à faire. Après avoir expliqué à ma gosse que cela ne change rien puisque nous avions déjà décidé de nous séparer, je file à l’école faire une photocopie de la carte afin d’en avoir un double pour le divorce si cela se passe mal.
Arrivée à l’école, surprise ! La voisine du haut a tout inondé et le plafond de la classe gît au sol dans une mélasse peu commune : dix centimètres d’eau dans lesquels détrempe une bouillie cartonnée. « Beurk »
Sympa tout ça ! Ça remet les idées au beau fixe. Je fais quand même ma photocopie, et préviens le maire et l’atsem pour m’aider à nettoyer. Ceci étant fait, je rentre chez mes parents et leur laisse la photocopie en question, car je n’ai pas envie que Jean – Michel la récupère. Puis retour à la maison où je mange avec mes filles et attends mon cher époux.
Quand il arrive, il n’a pas sommeil. Ca ronfle à la maison. Cette fois – ci, c’est moi qui décide : divorce à l’amiable et à mes conditions ou divorce pour faute avec preuve à l’appui contre lui. Il accepte évidemment le divorce à l’amiable. Lui paiera les frais d’avocat et moi ceux du notaire. On fixe même le montant des pensions alimentaires ensemble et quelques jours plus tard on s’embarque chez l’avocat. Un vrai bel avocat, bien prétentieux, bien instruit mais au combien con. Je le déteste immédiatement. Ce monsieur sait tout ce qui est bon pour nous ; en fait il est du côté de Jean – Michel vu que c’est lui qui le paie et essaie de baisser les pensions alimentaires, de faire suer le monde quoi. Il est quand même décidé que mon mari s’en ira de la maison au premier septembre et qu’il prendra les gamines tous les quinze jours.
Quelques temps plus tard, nous sommes convoqués chez le juge. Cela m’inquiète fort. Je me vois déjà au tribunal, comme dans les films. En fait, j’attends dans les couloirs du tribunal, assise sur un mauvais banc. Je suis appelée en premier à entrer voir le juge. Il s’agit d’une femme, pas sympathique , quelconque , glaciale , qui assise derrière son bureau me demande juste si je veux vraiment divorcer. Répondant affirmativement, elle appelle Jean – Michel et me demande de sortir et attendre. Même chose pour mon époux . Trois minutes dans la pièce seul et je dois déjà les rejoindre pour entendre la juge dire ce que je sais déjà et qui a été mis en place avec l’avocat. En tout et pour tout, l’entretien a duré moins de dix minutes.
Pas un seul instant , lors de cette entrevue avec la juge , il n’est question de l’avenir de nos enfants . Je suis choquée ! J’ai l’impression que tout le monde s’en fiche ; ce sentiment se confirmera lors de notre deuxième entrevue avec le juge le deux mai de l’année suivante , jour où notre divorce est prononcé . Le même scénario que la fois précédente !
Nous rentrons chez nous et commençons à attendre chacun de notre côté le premier septembre
Au fil du temps, je me suis habituée à vivre en cohabitation avec Jean – Michel. Je ne rentre jamais à la maison de gaieté de cœur mais m’accommode de cette situation. Mon époux et moi essayons de nous rencontrer le moins possible et y parvenons pas trop mal.
Lorsque nous sommes obligés de manger ensemble, nous n’échangeons pas un seul mot et nous adressons uniquement aux enfants. Personnellement, je ne parviens plus à trouver quelque chose à lui dire. Il m’arrive fréquemment de penser : « Allez ! Parle – lui, il faut absolument pour les enfants », mais rien ne me vient à l’esprit, pas même la moindre banalité. Je ne peux pas. L’esprit vide.
Il va de soi que depuis longtemps, sept années exactement, nous ne dormons plus ensemble. Le plus souvent, j’occupe le canapé. Couchée en long sur l’assise, je dors mal, accompagnée de calmants et somnifères. Jean – Michel garde le lit conjugal. Emilie est mise à contribution. Je lui prends son lit ; elle occupe alors un petit cliclac à côté de la cuisine. Pauvre Milie, elle trinque, elle, alors qu’elle n’y est pour rien. Mais on ne dort pas impunément sur un canapé non convertible. J’enchaîne les lumbagos..
Malgré tout cela, je ne vis pas encore trop mal. Je vois toujours Jean – Claude chaque jour. Il m’encourage à tenir bon chaque fois que je menace de tout envoyer promener et on s’éternise donc dans ce cinéma.
Jean – Michel, de son côté, ne vit pas mieux. Il se raccroche à ses copains et sa famille, reprend une vie extrêmement voisine de celle qu’il avait quand il était célibataire. Nous nous endettons doucement car il n’y a plus concertation non plus pour les dépenses, chacun faisant ce qu’il veut. Jean – Michel va jusqu’à acheter une voiture sans m’en parler faisant un emprunt, et signant à ma place. Moi, je m’offre des habits en pagaille. Je compense mes manques ainsi.
Enfin, ce n’est pas le Pérou le moins qu’on puisse dire.
Premier jour des vacances scolaires 1995 : Je rentre l’angoisse au ventre à l’idée de passer un mois en compagnie de mon époux. Bienheureusement, ses vacances ne commencent que dans un mois et je vais pouvoir souffler un peu avant. D’ailleurs, il travaille de nuit. Cela me convient bien, car je vais pouvoir dormir dans mon lit mais par contre devrai me lever tôt pour lui céder la place à son retour du travail.
Vingt deux heures : je m’apprête à me coucher quand j’aperçois sur le lit un courrier. Surprise, je vois qu’il s’agit sur l’enveloppe d’une lettre venant du tribunal. Je ne sais vraiment pas de quoi il peut s’agir. C’est simplement à la lecture que je comprends que je suis convoquée , suite à une demande de divorce déposée par mon mari. J’en reste estomaquée. Le courrier a été apporté par le facteur une quinzaine de jours avant et réceptionné par mon époux alors que c’est une lettre avec accusé de réception. Jean – Michel, craignant sans doute ma réaction, a préféré se la garder sous le coude en attendant de travailler de nuit, me laissant décolérer pendant quelques heures avant de m’affronter. En fait l’effet s’avère être amplifié. La colère monte immédiatement. Je suis furieuse. « Cette espèce de salaud » qui m’a refusé le droit de partir avant la majorité de nos enfants s’octroie celui de ne pas tenir son engagement. Je suis folle de rage. Dans le même temps, je suis terrorisée. Comment vais – je pouvoir me débrouiller avec mes trois gosses dans une telle situation ? J’ai mal au ventre et une grosse boule au creux de l’estomac. Je lis et relis cette lettre maintes et maintes fois : « Divorce pour faute ».
Je ne dors pas cette nuit là. Je passe par tous les états d’âme, de la rage à l’angoisse en passant par la tristesse et le désespoir. Je l’attends. Pas question de m’abaisser à le supplier comme il l’a fait six ans auparavant mais par contre pas l’intention de ne pas lui dire ce que j’en pense. Je l’attends la lettre sur la table du salon, guettant son arrivée.
Dès qu’il a passé le seuil, j’attaque : « tu m’expliques ! » Il me rétorque « Rien à expliquer ! » Sur un ton aussi agressif que le mien. Je sens bien que de toute façon, il est tout à fait inutile de poursuivre. Je me contente donc de dire : « Tu es bien décidé, alors dans ce cas, allons au plus simple. Tu parles de divorce pour faute ; tu ne pourras jamais rien prouver aussi il faut essayer de nous entendre . » Pas de réponse Je reprends « Une chose est sûre : tu n’auras jamais la garde des filles, dû sais - je en crever. Je me battrai aussi longtemps qu’il le faudra mais elles resteront toutes les trois avec moi. Si l’idée d’en récupérer une au moins t’est venue, tu peux abandonner tout de suite. Deuxième chose : que fait-on pour la maison ? On en parle à ton réveil."
Là - dessus, je pars.
Dès qu’il se lève à treize heures , je ne lui laisse pas le temps de manger, on reprend la discussion. « Alors ? »
La réponse de Jean – Michel est embarrassée.
Je sens bien à ce moment – là que je suis en position de force et cela me rassure. Je n’ai nullement l’intention de lui faire du tort mais par contre bien celle de me défendre. « Pour les filles, dit-il, ok, je te les laisse. ( Comme s’il me faisait une fleur, alors que pour lui, cela serait un sacré problème ) Elles seront mieux avec toi. Pour la maison, je peux la payer tout seul ! » Je vois que Jean – Michel est comme d’habitude sur son petit nuage et lui réponds donc : « Ah oui ! Je ne vois pas comment tu pourrais faire, car pour la payer, non seulement il te faut ta paie entière mais aussi de l’argent en plus ; or, tu vas devoir payer une pension pour les filles, alors ? …… Je te propose donc, moi, de la garder pour les filles, si tu m’aides en donnant une pension raisonnable pour chacune des deux tiennes, sinon on vend. Comme nous n’avons pas encore payé de capital, la vente couvrira juste l’emprunt et toi tu me devras la moitié de ce que j’ai investi seule, à savoir la moitié de l’argent que mes parents m’ont prêté , la moitié du prix du terrain et de l’escalier . Tu partiras dans ce cas là avec des dettes. Tu y réfléchis et on en reparle. Je le relance sur ce sujet quelques jours plus tard mais il y a plus urgent : Les enfants .
Aujourd’hui, les enfants sont informés. L’important pour moi est qu’elles sachent que notre amour pour elles est toujours le même et que nous allons nous en sortir à l’avenir. Je ne suis pas sûre qu’elles comprennent le message. Elles pleurent et cela me crève le cœur. J’essaie pourtant de les rassurer autant que je peux. Emilie surtout va avoir besoin fréquemment de réconfort durant les jours , semaines et mois à venir. La séparation d’avec son père va être très douloureuse car elle y est profondément attachée.
Désolée, Mes filles ! Vraiment ! Et beaucoup plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Le seul regret de toute ma vie : celui de vous avoir fait mal !( pas le seul : celui aussi de ne jamais avoir emmener papi à Paris )
Je me dois aussi d’informer mes parents. Pour eux, je sais que cela va être très dur et je prends donc la décision de m’y rendre accompagnée de mes enfants, afin qu’ils se rendent compte que les gosses ne sont pas effondrées .
Quand nous arrivons, mon père est seul. « La mamie est en courses » dit – il. Nous nous asseyons donc et discutons de tout et de rien comme si nous ne faisions que passer comme d’habitude.
Papa est très énervé ; il vient d’apprendre le divorce de Dédé Morêt et est scandalisé. Il faut dire que ce garçon fait partie des intimes de mon père. Dernier cultivateur du village, il fait appel à lui quand les vaches vêlent et est surtout le fils aîné de son meilleur copain. Il ne peut donc pas être responsable de ce qui lui arrive ; c’est sûr sa femme qui est une garce … Je me tais et je le regarde s’agiter sur son fauteuil. Cette nouvelle l’attriste très profondément et je m’apprête à lui asséner une autre encore pire puisqu’elle concerne sa gosse. Ma mère arrive enfin. Sitôt là, je lui demande de s’asseoir car j’ai à leur parler. Mon père est inquiet ; je le vois dans ces yeux. Je suis sûre qu’il a déjà compris que c’est grave. Je prends donc la parole, leur demandant de m’écouter jusqu’au bout sans rien dire. « Voilà : Dédé Morêt divorce mais il n’est pas le seul. Jean – Michel et moi, nous allons divorcer aussi. Nous ne nous aimons plus, nous sommes malheureux ensemble, et nous avons décidé d’en finir. Je ne suis plus son épouse depuis de nombreuses années et ça ne peut plus du tout durer. Je garde les enfants et la maison et mon mari s’en va. Les filles sont au courant bien sûr et sont très raisonnables. Il ne faut pas vous en faire : ça va aller ! On va se débrouiller ! »
Ma mère est anéantie, ne dit pas un mot, ne bronche pas. Mon père lui, se lève, marche de long en large, s’agite et dit seulement que l’important est que les enfants n’en souffrent pas trop.
Je le connais suffisamment pour savoir qu’à la première occasion, quand nous serons seuls, il va me dire ce qu’il en pense vraiment. Cela sera quelques semaines plus tard, alors que je l’emmène à un contrôle de dialyse. Nous ne sommes pas arrivés à Foulage, qu’il attaque déjà. J’en retiens une discussion houleuse où il se permet de me dire que je ne suis pas comme tout le monde, que je suis en fait une mauvaise épouse, que je ne sais pas aimer et je vous en passe . Enfin pour résumer : une nulle avec les hommes, donc à l’avenir, il me demande de m’abstenir d’en reprendre un autre
Bienheureux qu’il ne sache pas que j’ai un amant, sinon qu’est ce que cela serait ? Je ne me laisse pas faire ; j’explique et lui fais même savoir que pour un donneur de leçons, il n’est pas un modèle, lui -même n’étant pas toujours tendre avec ma mère, loin s’en faut. Je ne lui accorde pas le droit de me juger, car il ne sait rien du tout de ce qui se passe chez moi. Cela barde dans la voiture, pendant tout le voyage jusqu’à Lole, mais l’amour que nous éprouvons l’un pour l’autre est le plus fort bien sûr et il termine en me proposant son aide si besoin est. Je lui certifie que je vais très bien m’en sortir toute seule , lui demande juste de me faire confiance et on en reste là.
Quelques jours après ma visite chez mes parents, le facteur, un homme de Tasmaniens qui croit bien faire en apportant le courrier de Jean – Michel à la maison alors que l’adresse est celle du domicile de sa mère, vient de passer ; Emilie rapporte lettres et prospectus et pose le tout sur le meuble à la cuisine . Sa curiosité la pousse à regarder ce qu’il y a dans ce tas de papier. Je suis en train de préparer le repas quand je vois ma gamine fondre en larmes, toute blanche. Sur le coup, je ne comprends pas. Elle tient une carte postale à la main. Je l’interroge donc : « Qu’est – ce qui se passe ? Qu’est ce qui t’arrive ? » Je n’obtiens pas de réponse et m’empare donc de cette carte. Je comprends très vite. Il s’agit d’une lettre d’amour adressée à son père, où la dame est très explicite sur le manque que lui procure l’absence de son amant.
Ma réaction est idiote. Je dispute Emilie, lui disant que cette lettre n’avait pas lieu d’être ouverte, vu son destinataire. En fait, je suis furieuse. Ce monsieur qui se permet de me faire la leçon est bien mal placé. Je l’attends de pied ferme ; il travaille de matin et rentre à treize heures. Pour le moment, j’ai à faire. Après avoir expliqué à ma gosse que cela ne change rien puisque nous avions déjà décidé de nous séparer, je file à l’école faire une photocopie de la carte afin d’en avoir un double pour le divorce si cela se passe mal.
Arrivée à l’école, surprise ! La voisine du haut a tout inondé et le plafond de la classe gît au sol dans une mélasse peu commune : dix centimètres d’eau dans lesquels détrempe une bouillie cartonnée. « Beurk »
Sympa tout ça ! Ça remet les idées au beau fixe. Je fais quand même ma photocopie, et préviens le maire et l’atsem pour m’aider à nettoyer. Ceci étant fait, je rentre chez mes parents et leur laisse la photocopie en question, car je n’ai pas envie que Jean – Michel la récupère. Puis retour à la maison où je mange avec mes filles et attends mon cher époux.
Quand il arrive, il n’a pas sommeil. Ca ronfle à la maison. Cette fois – ci, c’est moi qui décide : divorce à l’amiable et à mes conditions ou divorce pour faute avec preuve à l’appui contre lui. Il accepte évidemment le divorce à l’amiable. Lui paiera les frais d’avocat et moi ceux du notaire. On fixe même le montant des pensions alimentaires ensemble et quelques jours plus tard on s’embarque chez l’avocat. Un vrai bel avocat, bien prétentieux, bien instruit mais au combien con. Je le déteste immédiatement. Ce monsieur sait tout ce qui est bon pour nous ; en fait il est du côté de Jean – Michel vu que c’est lui qui le paie et essaie de baisser les pensions alimentaires, de faire suer le monde quoi. Il est quand même décidé que mon mari s’en ira de la maison au premier septembre et qu’il prendra les gamines tous les quinze jours.
Quelques temps plus tard, nous sommes convoqués chez le juge. Cela m’inquiète fort. Je me vois déjà au tribunal, comme dans les films. En fait, j’attends dans les couloirs du tribunal, assise sur un mauvais banc. Je suis appelée en premier à entrer voir le juge. Il s’agit d’une femme, pas sympathique , quelconque , glaciale , qui assise derrière son bureau me demande juste si je veux vraiment divorcer. Répondant affirmativement, elle appelle Jean – Michel et me demande de sortir et attendre. Même chose pour mon époux . Trois minutes dans la pièce seul et je dois déjà les rejoindre pour entendre la juge dire ce que je sais déjà et qui a été mis en place avec l’avocat. En tout et pour tout, l’entretien a duré moins de dix minutes.
Pas un seul instant , lors de cette entrevue avec la juge , il n’est question de l’avenir de nos enfants . Je suis choquée ! J’ai l’impression que tout le monde s’en fiche ; ce sentiment se confirmera lors de notre deuxième entrevue avec le juge le deux mai de l’année suivante , jour où notre divorce est prononcé . Le même scénario que la fois précédente !
Nous rentrons chez nous et commençons à attendre chacun de notre côté le premier septembre
