Jean – Michel retourne chez sa mère
Jean-Michel quitte la maison le premier septembre comme prévu. Cela fait deux mois que je sais que nous allons nous séparer et chaque jour qui passe nous rapproche de cette échéance. L’atmosphère à la maison est si irrespirable que j’attends avec impatience le fin de cette période transitoire.
Vivement qu’il soit parti et qu’on n’en parle plus !
En attendant, je lui prépare quelques bricoles qui lui appartiennent en propre en fait tout ce qui vient de sa famille et qui nous a été offert lors du mariage. J’ajoute à cela ce qu’il a apporté avec lui et qu’il possédait quand il était célibataire et bien sûr tous ses vêtements.
Il refuse le partage de tout le reste, ne veut pas de vaisselle, literie, linge, bibelots, tableaux, appareils ou meubles. " Je ne veux rien, dit – il, pour ne pas davantage perturber les enfants. " Peut être y a – t’il de ça dans sa décision, mais le fait qu’il n’ait pas d’endroit où déposer ses affaires doit y jouer un certain rôle. Et enfin, cela lui permet de se poser en martyre dépouillé par sa femme.
Toute une journée, la dernière qu’il passe à la maison, il déménage le sous – sol. Je suis assise à la terrasse et regarde partir en même temps que son bazar, quatorze ans de ma vie.
Sans regret ! Sans état d’âme ! Soulagement pour les deux !
Cela serait à refaire, je recommencerais à l’identique. C’est sans doute le prix à payer pour avoir mes deux nenettes , mon Emilie et mon Audrey et c’est vraiment pas cher.
Le reste est sans importance.
Jean – Michel part en me laissant avec les prêts à payer, et 10000 F de découvert et 13000 F de paie en moins. Gros soucis d’argent !
Lui s’en va avec sa paie d’août et sans dette et ma chênaie ( crève – cœur pour mon père et moi )
Je me rends à la banque pour essayer de prolonger mes prêts afin que les traites soient moins lourdes. Refus ! Je suis en mauvaise posture …….
Tant bien que mal, je couvre le découvert dans les deux premiers mois. Plus de nourrice pour les filles le midi et pas de cantine non plus ; elles mangent avec moi à l’école. Nous vivons uniquement sur les réserves du congélateur et l’épicerie stockée. Je n’achète que du pain et du lait.
Les mois qui suivent sont tout aussi pénibles. Pas l’achat du moindre vêtement, de la moindre chose non indispensable. Je vais jusqu’à couper le pain en morceaux individuels que je congèle pour qu’il n’y ait pas la moindre perte. Plus de sèche – linge, plus de bains mais des douches . Le minimum vital !
Le soir , toujours le même menu : cacao et tartines. Très dur !
Je me remets à donner des cours particuliers. Je surveille aussi l’étude, ce qui fait que je rentre toujours tard du boulot. Mais je rapporte de l’argent ; je paie mes traites, élimine les uns après les autres les prêts ( cuisine – voiture – maison ) et en moins d’un an, je suis parvenue à me remettre à flot et même à avoir un peu d'argent de côté. Sécurité retrouvée !
J’ai la joie de l’annoncer à mon père quelques jours avant qu’il ne meure et il décédera rassuré. Très important pour moi !
Les problèmes d'argent ne sont pas les seuls pendant cette période. Je m'offre plein de petits soucis matériels autres .
La voiture fichue par exemple.
Bienheureusement, mon voisin Monsieur Chaumard m'a donné la sienne quelques mois auparavant en compensation de mon aide auprès de lui. En effet, cet homme est en train de devenir complètement aveugle et ne peut donc pas de ce fait s'assumer entièrement seul. Son épouse atteinte d'une tumeur au cerveau se retrouve hospitalisée pendant de longs mois et c'est à partir de cette période que je vais jouer le rôle de la fille de la famille. Il faut dire qu'ils n'ont pas d'enfant, juste des neveu et nièce qui se fichent royalement d'eux et qui habitent pour l'une dans la région parisienne et pour l'autre dans le Perche. Pas question donc de compter sur eux. Les choses se mettent en place tout doucement mais sûrement. Cela commence par quelques courses , puis toutes que je leur fait en même temps que les miennes, puis par des visites systématiques à l'hôpital à l'épouse et enfin par une gestion complète de la maison, y compris des comptes.
Jamais le moindre problème !
Monsieur Chaumard me signale par l'allumage de sa lampe de cour s'il a besoin de moi et les derniers temps, la lumière reste allumée chaque soir à mon retour du travail.
Parfois, il a juste besoin de parler, et je reste une heure, sachant qu'après cela va être la course chez moi pour faire ce que j'ai à faire. Je fais ce que je peux pour eux, surtout pour lui. Il me le rend à travers une très sincère affection et de plus c'est un homme intéressant. Il m'appelle " chère amie " et me charrie souvent sur mes décolletés provocants. Cela m'amuse follement quand je le vois qui lorgne vers mes seins du haut de ses quatre vingts ans. Pas si aveugle que ça !
Toujours est -il que je n'aurai jamais de regret de leur avoir consacré un peu de temps ; j'y trouve mon compte, sûrement.
Un soir, il m'annonce qu'il ne veut plus vivre seul et qu'il va donc vendre sa maison et partir rejoindre son neveu en Normandie. J'essaie de l'en dissuader lui expliquant que premièrement vu ce qu'il m'en a dit, il n'aime pas son neveu et que c'est réciproque et qu'enfin il a beaucoup d'argent, donc d'autres possibilités : à savoir celle d'employer quelqu'un à demeure pour s'occuper de lui. Il ne démord pas de son idée et part quelques jours avant le décès de mon père, pendant que je suis moi-même hospitalisée. Quand je rentre, la maison est vide. Pour moi grande tristesse ! Je continue de communiquer avec lui par courrier et téléphone, lui rends visite deux fois, puis en entends de moins en moins parler. La communication entre nous s'efface car il devient totalement aveugle et sourd, mais je continue de lui envoyer des chocolats à Noël, pour qu'il sache que je ne l'oublie pas complètement. Il m'avoue plusieurs fois, alors que nous pouvons encore nous téléphoner que j'avais raison, qu'il s'est trompé et qu'il est malheureux. Cela me crève le cœur et j'envisage sérieusement avec lui son retour dans la région, mais il est déjà trop âgé et il n'a plus le cœur à batailler . Il reste là – bas, à attendre sa mort, dans sa région natale. Il y meurt seul après de nombreuses années, bien trop d’ailleurs . Ma seule satisfaction : Sa longue agonie en maison de retraite a dévasté sa petite fortune ; Les neveux héritent de beaucoup moins qu'ils espéraient. Bien fait ! A son enterrement à Chaumontel, moi je pleure. Pas eux ! Ils sont soulagés et ça se voit ! Moi j’avoue , un peu aussi, mais pas pour la même raison. Je trouve le réconfort à l'idée que c'est enfin fini, cette misère pour lui.....
Autres soucis matériels de l'après – divorce :
Le chauffage
Noël 1995 : Jean – Michel est parti depuis trois mois et pas un seul jour, je ne parviens à le regretter. Je crois qu'il était vraiment temps que nous reprenions chacun notre route.
Il m'arrive pourtant, depuis son départ, de drôles de petits problèmes que lui aurait réglés sans difficulté. Moi, je suis obligée d'appeler mon plombier qui devient vite l'homme à tout faire dans la maison ; il va même jusqu'à me remplacer deux vitres d'une porte -fenêtre de la salle à manger qui tombent pendant la nuit. Je ris de toutes ces petites misères mais souhaiterais vivement que ça s'arrête quand même.
Le cousin de Jean – Michel, Minou pour les intimes va compter de manière très importante, dans ma vie à partir de ce moment là.
Ce soir là, à mon retour de chez ma sœur Chantal, où nous venons de fêter Noël en famille, je rentre à la maison accompagnée de mes trois filles. Il est environ vingt et une heures et il fait un froid de canard.
Dès que je passe le seuil, je sais que nous sommes en panne de chauffage. La température de l'entrée ne doit pas être très supérieure à celle de dehors C'est un peu la panique. Je n'ai qu'un seul recours possible de ces heures : Minou. Impossible de ne pas agir, sinon au réveil nous serons en dessous de zéro dans la maison. Je l'appelle donc. Il est en train de veiller avec les siens autour des restes de bûches de Noël et pourtant, sa réponse est immédiate, spontanée : " J'arrive ! "
Un quart d'heure après, il est là avec des radiateurs électriques et un sèche – cheveux " Je suis sûr que c'est tout gelé dans le grenier ! " Dit – il en arrivant. Cela se confirme immédiatement ; les filles, croyant bien faire, ont totalement fermé les radiateurs de leur chambre par mesure d'économie, avant de partir le matin pour Dijon. L'eau des tuyaux n'a pas circulé et.....
Nous passons une partie de notre nuit à dégeler ces fameux tuyaux dans le grenier où tous les deux sommes frigorifiés. Merci Minou !
Quelques jours plus tard ; Je suis en panne de toilettes. Les wc sont bouchés. Il gèle à pierres fendre. J'appelle Minou et évidemment la même réponse : " J'arrive ! " Dans la neige, Minou creuse, cherche la conduite qui relie les WC à la fosse, la trouve, bricole un système et ça fonctionne à nouveau. Merci Minou
J'ai ma vidange à faire et pas de sous. Minou la fait, gratuitement, cela va de soi. Encore merci Minou
La liste peut être longue : électricité – tuiles enlevées – fuites diverses – tracteur – voiture – et surtout, encore plus que tout le reste réuni : Je n'ai pas le moral. Minou est à l'écoute, Minou pardonne, explique, trouve des excuses, des solutions, revient, aide, comprend........ Minou est toujours là toujours quand on a besoin de lui.
Cher Minou ! Merci pour tout !
Sans aucun doute la meilleure personne que je rencontre et connais. Mon ami, un véritable ami ! ......
