l' histoire de claude : juste sourire

Pas toujours facile la vie ! Il faut pourtant continuer de sourire...JUSTE SOURIRE

mercredi, novembre 29, 2006

Année terrible

Première opération du canal carpien

Après avoir souffert des mois, à pleurer, je me décide enfin à me faire opérer. Le chirurgien qui me reçoit est un homme assez agréable à regarder, tant il est sympathique et sportif , et il prend la peine de tout m’expliquer avant l’intervention.
Je dois respecter un certain protocole et il est vrai que cela me fait drôle de me laver les mains aussi longtemps, affublée d’une blouse verte, avant d’entrer au bloc. Dès que je suis sur la table d’opération, en deux temps, trois mouvements je me retrouve avec des pieds emmaillotés dans des chaussons en papier à côté de mon ventre.Ce ont ceux de mon chirurgien qui a sauté du sol jusque sur la table et qui rit. Il a d’ailleurs un sourire à faire craquer n’importe quelle femme. Il ne reste pas très longtemps dans cette posture , bienheureusement et bien vite attaque son travail, tout à fait décontracté, moi beaucoup moins que lui . Un garrot qui fait affreusement mal et c’est parti. Vingt minutes sous anesthésie locale ; Je le sens qui coupe, gratte avec énergie. J’ai mal mais cela reste supportable. L’intervention terminée, le chirurgien en personne me raccompagne aux vestiaires et m’aide à m’habiller. Il faut bien reconnaître qu’avec une main engourdie, un pansement énorme, je ne suis pas très adroite. Je ressors de là – bas débarrassée de cette horrible douleur qui m’a tant empêchée de dormir. Je l’ai échangée contre une toute petite qui va s’atténuer très rapidement puis disparaître presque complètement, excepté lors de mes extravagances ( travaux de force ou de minutie de longue durée ). Je sais que je vais devoir y revenir et cela ne m’enchante quand même pas. Ma deuxième main subit la même chose, au courant de l’automne suivant. Ravie d’en avoir terminé avec ce problème.

Hémorragie et « la totale »

Quel nom horrible que celui – ci « la totale ». En fait, cette intervention n’a rien de totale. Il s’agit seulement de l’ablation de l’utérus.
Après des mois de galère, à me saigner lamentablement, enchaînant hémorragies sur hémorragies, j’ai enfin droit à une échographie qui révèle que j’ai un fibrome énorme. Pas étonnant que j’aie l’impression d’être enceinte. Je prends la position d’une girafe en train de boire quand je dois me baisser pour ramasser mes « chnis ». Intéressant ! Le plus gênant est que je suis totalement exténuée, j’ai du mal à marcher plus de cinq cents mètres et ne veux même plus sortir car je peux me retrouver inondée de sang en quelques secondes.
Ce soir là, pas d’histoire ! Je dois me rendre impérativement à une réunion chez mon collègue. J’appréhende. Je saigne depuis deux jours abondamment, ai taché une de mes jupes malgré toutes mes précautions et cela devant deux stagiaires, heureusement filles qui sont accueillies dans ma classe. La honte !
Alors ce soir, je ne tiens pas du tout à ce que cela se renouvelle. Je m’ « harnache » donc en prévision. J’arrive dans la cour d’école de mon collègue, descends de voiture. Il y a là une trentaine de personnes qui attendent pour rentrer dans la classe. Je sens alors que l’hémorragie repart de plus belle et baissant les yeux, je vois mes jambes toutes rougies de sang. Je vous prie de croire que je ne me fais pas prier pour rentrer chez moi, sans rien dire, au plus vite. Personne ne comprend rien, suppose qu’il est arrivé quelque chose de grave chez moi et la réunion se déroule sans moi. Quand je parviens à la maison, je suis dans l’obligation de constater que mes sièges de voiture sont inondés et qu’on peut me suivre à la trace dans la cour et l’entrée. Je file tout droit aux toilettes où je reste une demie – heure à me saigner. J’ai ce soir, carrément peur d’y rester. Je crois que Céline a peur elle aussi.
Je veux tenir le coup jusqu’aux vacances d’été et ne m’arrête donc pas.
Aujourd’hui, pique- nique de fin d’année dans ma classe. Nous sommes jeudi. Je ne vais pas bien du tout. Toujours ce même problème de pertes de sang importantes. Les enfants arrivent accompagnés de leur mère qui exceptionnellement peuvent passer la journée avec nous. Une heure après le repas c’est la catastrophe. Je suis à nouveau en pleine hémorragie et ne peux quitter les toilettes. Je m ‘évanouis d’ailleurs à l’intérieur. Ma femme de service est paniquée lorsque je lui demande d’appeler le médecin en urgence. Celui – ci lui ordonne de filer à la pharmacie à laquelle il va téléphoner, me chercher un médicament surpuissant et lui précise qu’il m’attend à la maison dans moins d’une demie – heure sinon il faudra le SAMU, je ne serai plus en état de conduire. L’inspection n’est pas immédiatement d’accord pour que je quitte mon travail ainsi en cours de journée, mais les menaçant d’appeler les pompiers, j’obtiens enfin l’autorisation. Je pars médicament avalé, laissant ma classe sous la responsabilité des parents et ATSEM présents, ne pouvant me permettre d’attendre ma remplaçante. J’ai bien du mal à conduire, je me sens complètement KO.
Le médecin m’envoie à l’hôpital. J’y rentre le dimanche, accompagnée par Jean – Claude qui prend la précaution de me faire installer le téléphone et la télé et je suis opérée en urgence le lundi. J’ai sacrément peur car j’ai vu ma mère, il y a très longtemps certes, subir cette même intervention et à son réveil, elle hurlait de douleur. J’ai fait promettre à ma gynécologue avant de me décider à venir dans cet hôpital, que je n’aurais pas mal. Elle m’a promis !
Elle ne m’a pas caché par contre que j’avais de gros risques d’hémorragie pendant l’intervention et j’ai dû signer une décharge. Rassurant !
En tout cas, au moment d’y aller, je suis très décontractée, autant que si j’allais à la fête. L’infirmière m’a fait donner une petite pilule ( pas la bleue ) une heure avant et à présent tout va bien.
Arrivée au bloc, ma gynéco me fait les présentations, juste trois médecins et des infirmières. Cela ne m’impressionne pas plus que ça et je lui demande encore de me préciser à quelle heure je devrais me réveiller. « Dix sept heures » dit – elle.
Et me voilà dans les bras de Morphée pendant quatre heures.
Je suis réveillée par quelqu’un qui me dit : « allez, allez, madame Bacheley, on se réveille ! » Je demande l’heure. « Seize heures trente ! ». Ma réponse peut sembler surprenante, mais pas pour moi : « alors, non, il n’est pas dix sept heures ! Plus tard ! » Mon infirmière ne l’entend pas de cette oreille et me contraint à reprendre pied dans un semblant de réalité. En fait je somnole. J’entends des voix d’hommes. Sans comprendre ce qu’ils racontent, je sais immédiatement que ce ne sont pas des médecins mais des malades, ce qui m'interpelle : « Tiens, il y a des hommes qui viennent à la maternité ! » Je ne dois pas trouver ce qu’ils peuvent bien venir faire là, mais bon ! …….
On me ramène dans ma chambre sans même que je m’en rende compte. Quand je refais à nouveau surface, une infirmière est à mes côtés. Je veux absolument téléphoner à mes gosses pour les rassurer. Elle cède à ma demande, mais je suis très fatiguée et ne peux que leur dire que tout va bien et que je n’ai pas mal, ce qui est vrai. Au lieu des les rassurer, ma voix leur fait plutôt peur et rien de temps après, Céline arrive voir ce qu’il en est. Bien triste spectacle, pour toi, ma grande ! Tu aurais bien dû ne pas venir. Il faut savoir se dispenser d’un maximum de mauvais moments dans la vie, quand on le peut. Il y en a déjà tant d’obligatoires. Enfin, les chiens ne font pas des chats, comme on dit.
Elle ne doit pas s’attarder et je replonge dans mon état semi-comateux.
Jean – Claude doit arriver un peu plus tard. Je suis dans le gaz. Je suis bien. Je danse avec des petits personnages, tout fluo, en ribambelle. Je les reconnais : ce sont ceux que l’on voit sur les yaourts, mais là ils sont bien vivants et beaucoup plus lumineux. Je suis super bien. C’est beau !
Je dois me rendormir, me réveiller, me rendormir ; en tout cas je perds la notion du temps. La seule chose que je sais est que si j’ai mal, je dois appuyer sur une pompe. Je ne m’en prive pas et je plane. Pas mal ! Merci dame MORPHINE
Aujourd’hui, Jean – Claude vient me voir ; c’est la fin de la journée. Je suis fatiguée J’ai un peu mal et suis énervée. Jean – Claude se plaint d’avoir mal au dos. Il faut dire qu’il est en train de tapisser chez sa mère et je devais l’aider normalement ; J’ai fait ce que j’ai pu avant d’être hospitalisée mais maintenant il termine seul. Pas drôle ! Mais je ne supporte pas ces plaintes. Il m’agace.
Le lendemain, ce sont mes petites qui viennent me voir avec leur père avant de partir en vacance en Espagne. Ambiance tendue avec Jean – Michel et soucis pour mes deux plus petites qui s’en vont.
Les jours qui suivent, je reçois d’autres visites en nombre. J’ai même celle de Folie Bien sûr, elle n’entre pas. L’établissement est interdit aux chiens, mais je l’aperçois. Plaisir ! Céline vient presque tous les jours, ma mère suit le mouvement des fois …
Ce jour là, ce sont mes sœurs qui sont là, ensemble. Je suis fatiguée ; elles parlent entre elles et moi j’ai très mal au ventre. Infection urinaire ! Journée difficile ! Vivement demain ! Mon père va venir. Je m’en fais une joie. C’est Céline qui l’amène.
Il a décidé de venir me rendre visite, fait exceptionnel car considérant qu’il passe suffisamment de temps à l’hôpital pour lui, il se refuse à y aller pour les autres. Je le ressens comme une preuve d’amour énorme, et aussi comme de la reconnaissance à mon égard. Grand plaisir et aussi grande angoisse ! Comment pourrait – il en être autrement, quand je te vois, papa.
Mon Dieu ! Mon pauvre père ! Comme je te trouve vieux ! Et tellement las !
Je ne suis pas en forme mais toi tu ne l’es pas davantage et pourtant tu ne viens pas d’être opéré. Juste cette saleté de dialyse qui t’a « bousillé » au fil des années
Je sens que je vais te perdre bientôt quand je te vois tout comme moi tenir la rampe le long du mur pour t’aider à marcher et quoique avec difficultés, je te raccompagne jusqu’à la grille, bras dessus bras dessous, tant tu me sembles fragile. Je ne sais même pas lequel des deux l’est le plus. J’ai peur de l’avenir, de ton avenir..
Toi aussi, puisque tu me dis : « Tu sais, je ne suis pas dru. » Je ne peux que répondre « oui, je vois. » Et vite je trouve une bonne raison et annonce « tu dois être mal oxygéné ; on en parlera au docteur ; t’aurais peut être besoin de bonbonnes de temps en temps » Pour mon père le raisonnement suit toujours le même chemin : Problème ! Solution ! Espoir ! ; mais pour moi cela devient Problème ! Bleuf ! Pessimisme ! Très difficile de tricher avec ceux qu’on aime, surtout quand ils vous font une confiance absolue, mais encore plus difficile de dire la vérité, quand elle est trop moche, et pas toujours possibilité de se taire.
Aujourd’hui, nous sommes le 12 juillet. Je sors de l’hôpital après avoir juste souffert quelques minutes, mais intensément au retrait de mes drains. On peut donc dire que cela s’est bien passé, mais je me tiens quand même sacrément le ventre. Pas de risque d’oublier. Aie ! ça fait quand même mal
Je rentre juste pour pouvoir fêter l’anniversaire de Jean – Claude. J’avais pris la précaution d’emmener son cadeau à l’hôpital, au cas où je m’y serais trouvée si bien que j’aurais décidé d’y rester.. Je préfère quand même lui offrir chez moi.
Pendant mon absence, Céline s’est occupée de la maison. Comme d’habitude, rien à redire. Je peux compter sur elle.
Je monte juste un petit coup sur le tracteur, jugeant que la pelouse est trop haute. Bêtise et folie ! Je ne vois pas où est l’important, mais il n’est certainement pas dans la hauteur de l’herbe.
Pour oublier l’essentiel, rien de tel que ces corvées qu’on s’impose ! ……
Je reprends mon petit traintrain, tout doucement, pas en forme. Sacrément secouée par toute cette faiblesse accumulée avant l’intervention et par celle – ci aussi sans doute
On est en vacances, heureusement.
Une semaine de répit et la situation empire. La dialyse se passe mal à Lons. En fait l’infirmière refuse de dialyser mon père, le jugeant trop mal. Il est hospitalisé dans l’heure qui suit à Dole et je l’y retrouve deux heures plus tard.
Il faut rassurer, encore et encore. Tout va s’arranger et il me croit encore. Je le quitte en lui promettant de revenir le lendemain avec ma mère. Ce que nous faisons .Cet après – midi, il fait chaud. Je passe devant la maternité pour me rendre en dialyse et y vois une de mes parents d’élèves qui vient d’accoucher. Je dépose ma mère et lui rends visite avant de me rendre au chevet de mon père. Cette maman, tout en discutant, me laisse entendre que l’état des malades a vite fait de changer dans un sens comme dans l’autre. Elle précise : « y’a le mieux de la fin ! »
Je la quitte, perturbée.
Dès que je passe le seuil de la chambre de mon père, je suis extrêmement surprise. Il semble en pleine forme
Assis dans son lit, un genou replié, l’autre jambe étendue, il discute avec ma mère, gaiement. Tout sourire, il me dit : « alors on y retourne ! » Plein d’humour, le père ! On voit que ce n’est pas lui qui vient d’y passer. Je m’installe sur le radiateur devant la fenêtre ; il ne tarde pas à m’y rejoindre et nous passons notre après – midi à critiquer les gens qui viennent rendre visite à leurs malades. En fait, on s’en fiche tous les deux. On a surtout envie de rire, car cela va mieux. Mon père commente la tenue vestimentaire des dames, leur allure, leur coiffure et moi celle des hommes. Le dialogue ressemble un peu à ça :
- « Oh ! t’as vu c’ta ave son bermuda . ylla un trop gros pétard pour mettre cki et c’ta ave ses chveux ruges »
- ma mère commente aussi : « t’as ren a dire , toi t’aimes les rouquines »
- « y’est vrai , illes sont brav ! »rétorque t’il
- et moi d’en remettre une couche
- « Oh ! Et celui la avec ses sandalettes et ses chaussettes et son short raz les coucougnettes ; il est jojo p’têtr ! »
On rit ; et cela dure ainsi tout l’après – midi. On est tellement content que ça aille mieux
Ma mère et moi rentrons rassurées.
Nous prévoyons d’y retourner le lendemain après – midi.

Tout va bien !
En apparence seulement ! ………………..