Ma seconde révolution
A quinze ans, comme tout un chacun et chacune, je fais ma crise d’adolescence, qui s’éternise d’après les dires de mes parents. Dix sept ans plus tard, j’ai trente deux ans, je récidive et cette fois – ci, c’est Jean – Michel, qui essuie les plâtres. On pourrait croire que je vais enfin être stable. Pas du tout ! Dix sept ans encore après, j’ai alors quarante – neuf ans et d’après mes filles, je crise. Décidément, il me semble bien que j’ai du mal à sortir de ce cycle de dix sept années. Si je vieillis suffisamment, je pourrais peut être recommencer à soixante six et quatre vingt trois ans. Allez donc savoir si un jour je parviendrai à être calme, docile et résignée. Je doute fort, car ma nature me pousse à la révolte quand je me sens mal......
Ainsi, à presque cinquante ans, je ne suis pas décidée à me satisfaire de ce que j'ai, puisque cela ne me plait pas. Mécontente de ma vie, j’entreprends de la transformer
Au fil du temps, les aléas de la vie ont fait que toute ma famille m’a abandonnée dans mon trou.
Mes sœurs font leur vie en ville. Mes grands – parents et mes parents sont morts. Mes gosses, chacune à leur tour sont parties.
Je reste SEULE à Chaumontel. Pas de quoi se réjouir !
J’habite cette grande maison conçue pour ma famille, qui maintenant est décimée. La demeure est belle, certes, mais VIDE
Dans le village, je ne connais plus que quelques anciens, les autres sont allés remplir le cimetière.
Je n’en peux plus de cette sensation constante de SOLITUDE et d’ABANDON
Je décide donc de vendre ma maison et d’aller en construire une autre dans le village où je connais tout le monde, où je crois compter quelques amis et quelques relations sympathiques, le village où j’enseigne depuis plus de vingt ans. Ce projet, que je conçois entièrement, m’occupe l’esprit quelque temps mais ne comble pas le vide qui me pèse.
C’est alors que MINOU décide de quitter notre monde pour retrouver celui de son Dieu auquel il croit tant.
Pourquoi Minou ? Toi qui viens d’acquérir la maison de mes grands – parents ,qui es enfin parvenu à obtenir satisfaction pour mener à bout tes projets de rénovation et de construction dans le pré d’à côté. Pourquoi te laisses- tu aller au désespoir, simplement parce que ta femme va te quitter ? Es – tu à ce point fragilisé, fatigué, usé ?
Je n’ai pas compris. Je n’ai rien compris Et pourtant, j’aurais dû. Tous ces signes que tu m’as faits ! Rien vu ! Trop préoccupée par ma petite personne ! Encore là, j’ai été nulle ……
Ce suicide m’achève. Je me sens plus seule que jamais.
Je me mets donc en quête de nouvelles relations. J'investis dans un ordinateur, m'offre l'ADSl et j'apprends rapidement à chater sur des sites de rencontre.
Ils s'appellent CONTACTS. Ils sont virtuels. C'est tout du moins ce qu'on veut nous faire croire.
Ils sont mes contacts et je suis le leur. Suis – je virtuelle ? Non ! bien réelle ! En devenant leur contact, je rentre dans leur vie, parfois par une toute petite porte bien vite refermée mais parfois aussi par une plus grande et se créent alors des liens amicaux, qui valent mille fois plus que ceux de courtoisie que nous instaurons avec les personnes de notre voisinage ou entourage professionnel.
Ils s'appellent Elnenfekasatete , bm39 ou Nom de Nom , Samaël ou Xwild46, Llorenzo , Rêveur ou Photpat , Libertin 90 , Vicenzeo 12 , Faureal ou Gemini Giani mais aussi Michel , Roger , Bernard , Patrick , Laurent , Jean , Clotaire ,Philippe , Julien , Albert , Annick , Céline , Arnaud Emilie , Audrey , Marie .....
Ils font tous partie de ma vie, à des degrés différents. Bien sûr, on peut reconnaître mes trois enfants : Céline, Emilie et Audrey
Quand elles sont connectées sur MSN, c'est pour moi comme si elles étaient là, tout près. Je les appelle et elles me répondent en simultané. Je peux même voir Hugo tout en lui parlant. A ces moments là, je me sens entourée de ma famille et je suis bien
J'ai aussi Arnaud, ou plutôt Caroline, ma nièce. Je suis un peu sa vie, de loin, juste par ces petits messages qu'elle laisse à côté de son pseudo : Nième otite pour Mattéo ou on va au cirque ce week-end. Cela fait du bien de savoir qu'ils sont là eux aussi
Et il y a tous les autres, majoritairement des hommes.
Ils ont entre vingt trois et soixante trois ans. Ils sont beaux ou laids, agréables ou désagréables, cultivés ou non, artisan, commerçant, enseignant, fonctionnaire, pêcheur, chasseur, écologiste, de droite, de gauche, marié, célibataire, divorcé, en couple. Quelle diversité ! Pourtant ils ont tout un point commun. Ils cherchent à être aimés, appréciés, estimés, choyés, compris. Ils voudraient trouver et vivre l'amour, l'amitié, la tendresse, la complicité, le partage de leurs joies et de leurs peines. Ils recherchent une partenaire, amoureuse, sexuelle ou autre, peu importe. Ils fuient la solitude et sont prêts à presque tout pour y parvenir. Ils me ressemblent. Je fais partie des leurs et ils le sentent.
Aussi, ils me dorlotent, me caressent de leurs mots, n'hésitant pas à me flatter, me dire combien ils me trouvent belle, combien je leurs plais, et même combien je compte dans leur vie, combien ils m'aiment.
Je doute souvent, je peste parfois, surtout contre les menteurs, je zappe les cons, je râle et parfois je les crois. Certains parlent vrai, j'en suis sûre. Peut être rarement car la plupart ont une priorité, séduire. Mais ceux qui sont honnêtes, des gens comme vous et moi, ceux – là s'installent dans la durée. Ils sont là, quelques minutes ou plus, depuis des jours et des jours, des semaines, des mois, toujours là au bon moment.
Ceux – là me voient devant ma cam sourire, rire et pleurer. J'explique, ils comprennent. Ils m'expliquent, je comprends. Ils donnent leur avis, je donne le mien. Nous sommes d'accord ou pas du tout. Mais ils m'aident à voir clair, à progresser. Par leurs expériences respectives, ils m'apprennent des tas de choses. Et le plus important, ils me font oublier ma solitude.
Et plus particulièrement Jeff. Merci Jeff d'avoir passé ton été à mes côtés. Tu m'as poussée à aller mieux.
C'est aussi grâce à quelques-uns uns d'entre eux que je me mets à écrire.
Merci en priorité à toi, Michel ! Merci de m'avoir donné ce goût à l'écriture ! Merci de m'avoir tenu la main au fil des jours, toujours dans l'ombre, discret mais présent.
Merci Laurent ! Sans même savoir le rôle que tu jouais, en me parlant du décès de ta maman ce samedi après – midi, tu m'as permis de me libérer de ce poids énorme qui m'étouffait depuis trente ans. Sans toi, je n'aurais jamais pu relater le décès de Denis.
Merci Clotaire pour tous tes compliments. Ton admiration m'a poussée à aller jusqu'au bout.
Merci à vous tous , mes lecteurs assidus qui m'encouragez encore à poursuivre
Merci pour tout ! .....
Parallèlement, François s'installe à la maison. Par le plus heureux des hasards, pour moi et le plus malheureux pour lui, Sellage n’est pas équipée de la haute technologie. Avec sa centaine d’habitants, le village passe à côté du branchement de l’ADSL et de ce fait François ne peut pas travailler, car son activité professionnelle nécessite qu'il soit connecté en permanence au Web
Je lui laisse l'ancienne chambre d'Emilie où il y installe ses bureaux, ses ordinateurs et ses dossiers.
Il passe beaucoup de temps en correspondance téléphonique avec l'étranger et j'avoue que cela me fait plutôt bizarre d'entendre parler anglais couramment dans la maison ; mais au moins ça parle. Plus besoin d'allumer la télé pour sentir ma maison moins vide. François est une présence énorme à lui tout seul, pas que je le vois beaucoup, car il n'a pas de temps à perdre mais parce qu'il est plein de vie, de joie de vivre aussi. Il parle fort et rit beaucoup. Il plaisante si souvent que je suis toujours surprise de le voir sérieux comme un pape, dès qu'il s'agit travail. Nous entretenons des relations purement amicales, de connivence et de complicité. De plus, je goûte son humour, sa drôlerie. Un vrai bonheur pour moi qui manque tant d'échange et qui suis si souvent nostalgique et " tristounette "
Sans remplacer Minou, il joue partiellement son rôle, celui de confident certes quand j'ai un moral épouvantable et que nous nous prenons dix minutes pour boire le café à mon retour du travail, mais aussi de conseilleur et bricoleur. Un problème matériel dans la maison, plus de souci, François est là. J'apprécie ! Sans en avoir l'air, soulagement !
François est aussi un homme gentil, qui aime faire plaisir. Ainsi, lorsqu'un soir en rentrant de nuit, je vois toute ma maison éclairée, cela me fait très chaud au cœur. Quelle jolie attention pour moi qui depuis le départ d'Audrey ne la retrouve que sombre et triste à mourir ! Petit geste, mais de grande valeur. Merci François !
Je n’oublie pas de citer Jonathan qui lui aussi a l’air bien gentil , et plein d’attention , mais pas pour moi . Il se consacre à mon Audrey . Je ne la reconnais plus celle – ci depuis qu’elle vit avec son Jonath . J’espère qu’ils vont pouvoir être heureux .
Emilie a l’air aussi très épanouie , mais elle c’est en la présence de Bertrand . Je ne le connais pas encore bien ; à vrai dire je ne l’ai vu qu’une seule fois . Mais j’espère aussi comme pour ses deux sœurs qu’elle va vivre des moments d’intense bonheur avec son amoureux , aussi intenses qu’ont pu l’être les miens ……
Voilà ! Mon histoire d'un demi – siècle s'arrête là. Il n'y manque que le point final et je le veux grandiose. Je vais même lui donner un nom.
Il s'appelle CAMILLE . Il attend bien sagement dans le ventre de sa maman l'année 2007. Il va arriver et aura tout juste cinquante ans de moins que sa grand – mère. Nous fêterons ensemble nos décennies à venir.
Je t'imagine déjà, mon cher tout – petit, aussi beau, intelligent, adorable que ton grand – frère.
Sans doute seras- tu, tout comme mon Hugo, le départ de ma nouvelle vie, celle d'une mamie qui s'assume en tant que FEMME, MERE et GRAND – MERE. A très bientôt
Emilie a l’air aussi très épanouie , mais elle c’est en la présence de Bertrand . Je ne le connais pas encore bien ; à vrai dire je ne l’ai vu qu’une seule fois . Mais j’espère aussi comme pour ses deux sœurs qu’elle va vivre des moments d’intense bonheur avec son amoureux , aussi intenses qu’ont pu l’être les miens ……
Voilà ! Mon histoire d'un demi – siècle s'arrête là. Il n'y manque que le point final et je le veux grandiose. Je vais même lui donner un nom.
Il s'appelle CAMILLE . Il attend bien sagement dans le ventre de sa maman l'année 2007. Il va arriver et aura tout juste cinquante ans de moins que sa grand – mère. Nous fêterons ensemble nos décennies à venir.
Je t'imagine déjà, mon cher tout – petit, aussi beau, intelligent, adorable que ton grand – frère.
Sans doute seras- tu, tout comme mon Hugo, le départ de ma nouvelle vie, celle d'une mamie qui s'assume en tant que FEMME, MERE et GRAND – MERE. A très bientôt
