Vacances à la mer et première vraie rentrée scolaire
J'arrive de la presqu'île de Giens ou j'ai passé trois semaines
En effet, en juin (1979), j'ai décidé de partir avec Célinou, Babeth, la molle et la Cath. J'emmène aussi Tania, la fille de la nourrice ( un mois de nounou déduit en compensation )pour nous payer nos vacances.
L'été dernier, après le décès de Denis, je suis restée chez mes parents, mais ma mère m'a tôt fait comprendre qu'elle n'allait pas me nourrir à l'œil. J'ai donc acheté un porc chez Bouda pour compenser. Cela m'a coûté cher, le tiers de mon salaire. Alors, à choisir, je préfère mettre mon argent dans de vraies vacances. Ne pouvant me les offrir seule, je partage les frais avec les copines que j'emmène. De plus, je me suis débrouillée pour améliorer mes revenus tout au long de l'année passée. J'ai commencé par partager mon appartement avec Babeth ( en compensation, ses parents me nourrissent ) et loger aussi Franck le frère d'Evelyne Gommier ; sa mère me paie un petit loyer qui vient en déduction du mien.
Ces vacances bien méritées me font un bien fou, d'autant plus que nous sommes rejointes, pur hasard par la bande de copains de Commentaires ; en effet ils ont reconnu ma voiture en passant devant la plage et nous attendent à côté d'elle. Nous campons ensemble une quinzaine de jours, camping sauvage évidemment, car beaucoup moins coûteux. Un pur Bonheur, ou presque dans toute cette période difficile. J'ai bien quelques soucis d'argent mais ceci n'est pas le plus grave. J'appréhende surtout de quitter Lons pour la campagne, car j'ai fini ma formation à l'école normale. J'ai peur de me retrouver sans copains, sans copines. Je dois m'attendre à être remplaçante, et dois donc être équipée d'une voiture en bon état. J'en ai bien une mais bon, plus trop ce qui convient. En effet, au décès de Denis, l'assurance m'a versé un tout petit peu d'argent . Cela m'a permis de payer mon permis et ma voiture, une polo d'occasion qui a bien du mal à revenir du midi : moteur cassé. Elle avale plus d'huile que d'essence. Je dois investir à nouveau et n'ai pas d'argent. Je fais un emprunt.
Bienheureusement pour moi, je plais au vendeur qui est le fils du propriétaire du garage. Il est très beau garçon, et je sais que je ne vais pas m'en faire un ami mais je le roule dans la farine correctement. Bien trop occupé à me draguer, il en oublie l'essentiel. Il n'essaie pas la voiture, accepte de me la reprendre à l'argus, malgré le nombre de kilomètres qu'il n'a même pas regardé et ne contrôle absolument pas le moteur. Je me tais, accepte son rendez – vous au restaurant, mais sais pertinemment que je n'aurai pas l'honneur de m'y rendre, vu qu’il aura compris d'ici là qu'il a fait une sacrée erreur. Je m'achète donc ma nouvelle voiture, neuve cette fois – ci : une polo vert métallisé. Ce n'est pas ma couleur préférée mais elle est disponible immédiatement et je sais bien que ce n'est pas le moment de m'éterniser dans ce garage.
J'apprends quelques jours plus tard que je suis nommée à Villars - Bobet. Ma mère vient visiter ma nouvelle école et me donne un coup de main pour l'installer
Je déménage mes affaires dans le même temps. Les jeunes de Commentaires m'aident ainsi que mes beaux – frères. Mon départ de Lons, de la rue du midi a un effet salvateur sur ma personne, contrairement à ce que je craignais. L'appartement de fonction est moins confortable que celui que j'ai quitté , mais il a l'avantage d'être gratuit. Le sol de la cuisine, surtout, est une horreur, un lino avec des losanges oranges et blancs. La salle de bain ressemble plus à un placard mural qu'à autre chose, placard dans lequel on aurait encastré une baignoire sabot et un lavabo. Quant au salon, un vieux parquet sale, recouvert de taches de peinture blanche, tombée du plafond lors de sa dernière réfection sans doute. Le maire accepte de refaire la tapisserie, car vraiment elle est trop délabrée. Une chambre jouxte l'appartement voisin et semble plus spacieuse que les autres pièces. Malheureusement , une simple porte empêche la communication des deux appartements et je comprends vite pourquoi cette pièce semble en bon état. Les locataires qui m'ont précédé, ont dû faire comme moi : la condamner, car entendre tout ce que les voisins disent et font dans leur chambre à coucher est juste légèrement gênant. Je dors donc dans le salon et y accepte systématiquement Célinou à mes côtés, l'installant une fois endormie dans la pièce d'à côté. La solitude me pèse fort et je me raccroche à ma môme autant que je le peux. En fait, je ne dois pas dire ma môme ; en effet Céline est grande avant son heure. Afin que je ne paye pas de nourrice, l'inspecteur m'accorde le droit de la scolariser dans ma classe. Elle n'a que deux ans et demi et mes plus petits élèves ont quatre ans. Céline trouve quand même sa place auprès d’eux, choyée par mes grands de cours moyen et un peu chahutée par mes "moyenne section "de la classe enfantine. L'après- midi, elle dort à l'étage, se lève seule et descend les fesses à l'air en classe où je l'habille rapidement avant de poursuivre mes leçons. Il faut faire vite car j'ai un travail fou, dix neuf élèves, dont neuf cas sociaux reconnus et tous les cours de quatre ans à douze ans. Je passe toutes mes soirées à préparer et corriger, de même que mes week-end et mes mercredis pendant le premier trimestre et il n'est pas rare de voir encore de la lumière dans la classe après 23 heures, ma petite dormant profondément à l'étage.
Ma première conférence pédagogique a lieu à Chaussin. Je m'y rends donc me demandant bien ce qui m'attend. En fait rien d'extraordinaire, tout du moins je le crois. J'avise que je connais deux personnes dans ce groupe d'instituteurs et institutrices ; il s'agit de deux anciennes copines de ma sœur aînée. Je m'empresse de les saluer et elles me prennent sous leurs ailes protectrices durant quelque temps. Je m'ennuie pendant tout le discours de mon inspecteur, monsieur Grospetrau, en fait pas autant que cela se devrait car je suis occupée à regarder un de mes collègues plus particulièrement. C'est un super bel homme : mince, grand, la trentaine , beau même dirais – je. Il a une telle prestance qu'il semble faire craquer ces dames. Vêtu sobrement, mais avec goût il est accompagné d’une femme ? Et quelle femme ! Celle – ci ressemble plus à un épouvantail qu'à autre chose. Cheveux oranges, imperméable rouge, bijoux de pacotille en grand nombre, fard à paupières bleu, elle ne risque pas de passer inaperçue, d'autant moins qu'elle gesticule beaucoup et parle haut. Visiblement il y a erreur. Comment deux individus si différents peuvent -ils être ensemble ? Lui : la discrétion et la classe ; elle le clinquant et le ridicule. J'apprends qu'ils sont tous deux enseignants à Tasmaniens un des villages les plus proches de Villars – Bobet .Immédiatement la nouvelle me réjouit. Je pense en effet que je dois normalement avoir des chances d'être appelée à le côtoyer. En ce qui la concerne, elle, non vraiment cela ne me tente pas ; mais lui par contre il me plairait bien.
Décembre est bien vite là. Je dois passer mon CAP , certificat d'aptitude professionnelle .
Il est huit heures et j'attends dans ma classe en ajustant mes derniers préparatifs. J'attends. Le jury doit se composer de mon conseiller pédagogique, de l'inspecteur départemental qui m'endort en conférence et on m'a dit d’un collègue aussi. J'attends donc, plutôt mal à l'aise. Le premier à arriver est le collègue en question et devinez ! Oui vous avez bien deviné : c'est bien le beau gars que j'ai repéré. Croyez – moi, ça ne m'arrange pas. J'ai déjà peur de faire des âneries mais en plus devant lui que je préfèrerais épater, cela ne me convient vraiment pas mais je n'ai pas le choix. Lui, comme un seigneur, me dit de ne pas m'en faire, que de toute façon il est là pour me défendre si besoin est. Tu parles d'une consolation ; je préférerais qu'il ne soit pas là, tout simplement.
Les deux autres arrivent. Je commence la classe, la peur au ventre mais bien vite, je suis prise par mon travail et ne m'occupe plus du jury. Je jongle entre mes cours comme j'ai appris à le faire depuis trois mois et ma foi, quand arrive l'heure de la sortie des enfants, je ne suis pas mécontente de moi et soulagée. Je reçois quelques jours plus tard mon rapport, il est bon. Tout va bien, au moins au niveau professionnel, car personnellement ce n'est pas encore le bonheur, loin de là.
Toutefois sans être guérie du manque de Denis, je vis un peu moins mal. Je n'ai pas de souvenirs de lui dans mon nouvel appartement. Je n'entends plus ses savates traîner sur le carrelage, ni sa voiture arriver à dix huit heures trente et me sens donc plus sereine. Mon travail m'occupe à temps plein et m'oblige à penser à autre chose qu'à sa disparition. Bien sûr, j'ai des coups de cafard épouvantables. Je pleure encore tous les jours mon mari, mais la petite phrase ne revient plus que quand je suis trop malheureuse ; le reste du temps , je suis tranquille. Je ne vais plus en boîte et cela ne me manque pas. Je vais de temps en temps chez Odette, retrouve que très occasionnellement Bibiche et ai une vie amoureuse inexistante et une vie sexuelle qui lui ressemble étrangement.
Je m'installe dans une sorte de ronron, qui s'il n'est pas gai, est au moins sécurisant ; jusqu'au jour où je reçois un courrier d'un de mes professeurs d'école normale me disant « : Je n'ai pas de nouvelles de toi, m'inquiète de savoir comment tu vas, passerai te voir dans ta classe un de ces jours „ Il s'agit de mon prof d'audiovisuel, Jean – Pierre Vahiné qui a eu la gentillesse de me faire de grands portraits de Denis, avant que je ne quitte l'EN, à partir de petites photos que je lui ai confiées et cela gratuitement. J'ai beaucoup apprécié cette intention, d'autant plus que j'avais grand besoin de voir Denis en grand format. Ces photos sont dispersées dans mon appartement, au moins une par pièce car j'ai besoin de sentir le père de ma petite près de moi. Je me surprends à lui parler régulièrement, comme s'il était là. Le ridicule ne tue pas, n'est ce pas.
Quelques jours plus tard après la réception de ce courrier, Jean – Pierre arrive comme il me l'avait annoncé. Il est pratiquement l'heure de la sortie de classe. Il m'explique qu'il arrive de Dole, d'une réunion. Je lui offre un café dans mon appartement. Normal, pas de problème ! Mais nous convenons d'un autre rendez – vous dans les mois à venir. Quinze jours plus tard, je reçois à nouveau un courrier qui m'annonce qu'il passera en soirée la semaine suivante. Il me fixe le jour et l'heure et me demande juste de le prévenir si je ne veux pas le recevoir. Je m'abstiens d'annuler, sachant pertinemment ce qui va se passer. Les regards de Jean – Pierre ne trompent pas, et ne me dérangent pas.
La solitude me pèse toujours autant, voir plus car s'y ajoute désormais la certitude que jamais rien ne changera. Cela va faire deux ans que Denis a disparu et je suis toujours aussi malheureuse. Il me manque terriblement. Les hommes que j'ai pu rencontrer tous ces mois passés ne m'ont strictement rien apporté, jamais le plaisir encore moins l'illusion d'être heureuse, non juste celle d'être encore vivante et moins seule quelques instants. Je suis à vrai dire complètement découragée. Seule ma gosse m'apporte des moments de plénitude. Il faut dire qu'elle est belle comme un cœur, intelligente comme tout et elle adore sa maman. De ce fait elle est un peu trop possessive et ne supporte ni qu'on me parle, ni même qu'on me regarde ; Elle a dit l'autre jour à la cousine Geneviève en la poussant « r'garde pas ma maman, veux pas ! » Et sur un ton ! Ca nous a bien fait rire . En attendant, heureusement que je l'ai ! Si elle n'était pas là, dans les moments de cafard les plus terribles, je crois que je me détruirais ; j'en ai tellement marre...
Mais ce soir, j'attends Jean – Pierre ; il arrive avec jambon, saucisson, camembert et baguette sous le bras. On joue à la dînette, puis au papa et à la maman. Il a presque l'âge de mon père et est d'une tendresse, d'une douceur telles que pour la première fois depuis le décès de Denis je prends du plaisir à faire l'amour. Jean – Pierre revient par la suite plusieurs fois mais comme je ne suis pas amoureuse, je m'en lasse très vite et le remplace très vite par le fiancé de Cathia , une copine . Une erreur ! Il est charmant, ce garçon , mais j'ai mauvaise conscience. J'aime bien sa copine Cath, la connais depuis longtemps alors très vite, après juste trois fois, je le renvoie vers elle.
Je suis donc très souvent seule, et lorsque je ne le suis pas, mes parents d'élèves l'ignorent et c'est ainsi qu'il vient à l'idée de certains qu'il faut qu’eux me trouvent un nouveau conjoint. Ils m'envoient donc un beau soir le vieux garçon du village, bien gentil ma foi, mais vilain, vilain. Pas mon genre du tout ! Il débarque donc en me disant « : Vous me reconnaissez, j'étais à côté de vous au banquet des conseillers ma réponse le déçoit car j'annonce, pas très fière certes « : Ah ! Non, pas du tout » Il reprend alors « : on m'a dit que vous étiez toute seule, alors je me suis dit que je pouvais venir vous tenir compagnie » Ma réponse le conforte dans ce qu'il craint car je lui dis que je ne pense pas que cela soit une bonne idée, mais puisque il est là, nous buvons un café . Le pauvre Gérard Lyen avale son café bouillant d'une traite et s'en va aussi vite qu'il est venu.
Peu de temps après, j'ai un tout petit souci avec un de mes parents d'élèves. Il veut juste me tuer. Ses enfants, maltraités, lui ont été retirés dans l'après – midi par le juge des enfants et monsieur croit qu'il a été dénoncé par la maîtresse. Alcoolique à fond, il laisse ses enfants crever de faim et de froid, boit avec l'argent des allocations familiales et voit donc d'un très mauvais œil de devoir se passer de sa source de revenus.
Furieux donc, il arrive après la sortie des élèves , dans mon appartement, hurle un chapelet d'insanités, me menace de coups et surtout de me donner un coup de fusil. Je tourne autour de ma table de salon au même rythme que lui afin qu'il ne m'attrape pas et le voit partir chercher sa carabine dans sa voiture avec soulagement .Le temps qu'il descende, je ferme évidemment ma porte à clé et attends la suite des évènements. Parallèlement, le maire s'est enfermé lui aussi dans la mairie mais a appelé la gendarmerie. Mon violent est remonté avec sa carabine, tambourine contre la porte d'entrée en m'assourdissant de qualificatifs tous plus sympathiques les uns que les autres. Il finit enfin par partir et de ce fait moi aussi, car inutile de vous dire qu'il n'est pas question que je dorme là cette nuit. Je pars donc chez mes parents où les gendarmes écoutent mon récit . Ceci étant fait , il est décidé que je fais classe le lendemain en leur compagnie
Effectivement, à mon retour à Villars – Bobet, trois d'entre eux m'attendent dans le couloir et deux vont y passer leur journée. L'inspecteur informé depuis la veille prend la décision de fermer l'école en attendant que la situation se calme dès la fin de cette journée . Au bout de trois jours de fermeture, la classe est réouverte sous la surveillance des autres parents qui ont établi un roulement. Chaque soir, durant une semaine, je rentre à Chaumontel, suivi par un papa qui surveille que mon fou ne m'attende pas sur le chemin du retour. Enfin ce cher monsieur est arrêté, emprisonné et l'école du village et ses habitants reprennent leur petite vie tranquille.
Nous finissons l'année scolaire par un superbe voyage chez nos correspondants, dans le Tarn. Nombre de mamans accompagnent leurs enfants. Pour beaucoup, il s'agit de leur premier voyage en train. Arrivés à Toulouse, nous sommes pris en charge par ma collègue et ses délégués de parents. Nous vivons huit jours merveilleux, avec une multitude de superbes ballades. Chaque enfant loge chez son correspondant et chaque soir c'est la fête. Je rencontre là bas un certain Pierre. Il est marié, a deux enfants mais le couple se dit libre. Pierre devient mon amant très rapidement au cours des vacances qui suivent et va le rester plusieurs mois, vu la distance qui nous sépare. C'est un marginal, cheveux longs, bouc énorme, type hippy qui parle poésie liberté etc. ... On refait le monde avec lui.
Il m'accueille en vacances chez lui en aoûtet fait donc de moi sa maitresse . Pour m'offrir ce voyage, je donne des cours particuliers à un gamin de Tasmaniens, un certain Jean – Jacques Gourer durant tout le mois de juillet.
Pierre me retrouve à nouveau dans le midi pendant quelques joursun peu plus tard . Il a laissé sa femme et ses mômes dans le Tarn et nous filons le parfait amour. Une petite trêve dans le mal être. Je me sens mieux avec lui et me repose quelques temps. Le problème est que je pense toujours autant à Denis et que je ne peux pas aimer autant Pierre, pas plus qu'un autre d'ailleurs. Je décide donc de le quitter définitivement lors de sa venue dans le Jura aux vacances de Toussaint suivantes. Je suis alors institutrice à Bologne depuis quelques mois.
J'arrive de la presqu'île de Giens ou j'ai passé trois semaines
En effet, en juin (1979), j'ai décidé de partir avec Célinou, Babeth, la molle et la Cath. J'emmène aussi Tania, la fille de la nourrice ( un mois de nounou déduit en compensation )pour nous payer nos vacances.
L'été dernier, après le décès de Denis, je suis restée chez mes parents, mais ma mère m'a tôt fait comprendre qu'elle n'allait pas me nourrir à l'œil. J'ai donc acheté un porc chez Bouda pour compenser. Cela m'a coûté cher, le tiers de mon salaire. Alors, à choisir, je préfère mettre mon argent dans de vraies vacances. Ne pouvant me les offrir seule, je partage les frais avec les copines que j'emmène. De plus, je me suis débrouillée pour améliorer mes revenus tout au long de l'année passée. J'ai commencé par partager mon appartement avec Babeth ( en compensation, ses parents me nourrissent ) et loger aussi Franck le frère d'Evelyne Gommier ; sa mère me paie un petit loyer qui vient en déduction du mien.
Ces vacances bien méritées me font un bien fou, d'autant plus que nous sommes rejointes, pur hasard par la bande de copains de Commentaires ; en effet ils ont reconnu ma voiture en passant devant la plage et nous attendent à côté d'elle. Nous campons ensemble une quinzaine de jours, camping sauvage évidemment, car beaucoup moins coûteux. Un pur Bonheur, ou presque dans toute cette période difficile. J'ai bien quelques soucis d'argent mais ceci n'est pas le plus grave. J'appréhende surtout de quitter Lons pour la campagne, car j'ai fini ma formation à l'école normale. J'ai peur de me retrouver sans copains, sans copines. Je dois m'attendre à être remplaçante, et dois donc être équipée d'une voiture en bon état. J'en ai bien une mais bon, plus trop ce qui convient. En effet, au décès de Denis, l'assurance m'a versé un tout petit peu d'argent . Cela m'a permis de payer mon permis et ma voiture, une polo d'occasion qui a bien du mal à revenir du midi : moteur cassé. Elle avale plus d'huile que d'essence. Je dois investir à nouveau et n'ai pas d'argent. Je fais un emprunt.
Bienheureusement pour moi, je plais au vendeur qui est le fils du propriétaire du garage. Il est très beau garçon, et je sais que je ne vais pas m'en faire un ami mais je le roule dans la farine correctement. Bien trop occupé à me draguer, il en oublie l'essentiel. Il n'essaie pas la voiture, accepte de me la reprendre à l'argus, malgré le nombre de kilomètres qu'il n'a même pas regardé et ne contrôle absolument pas le moteur. Je me tais, accepte son rendez – vous au restaurant, mais sais pertinemment que je n'aurai pas l'honneur de m'y rendre, vu qu’il aura compris d'ici là qu'il a fait une sacrée erreur. Je m'achète donc ma nouvelle voiture, neuve cette fois – ci : une polo vert métallisé. Ce n'est pas ma couleur préférée mais elle est disponible immédiatement et je sais bien que ce n'est pas le moment de m'éterniser dans ce garage.
J'apprends quelques jours plus tard que je suis nommée à Villars - Bobet. Ma mère vient visiter ma nouvelle école et me donne un coup de main pour l'installer
Je déménage mes affaires dans le même temps. Les jeunes de Commentaires m'aident ainsi que mes beaux – frères. Mon départ de Lons, de la rue du midi a un effet salvateur sur ma personne, contrairement à ce que je craignais. L'appartement de fonction est moins confortable que celui que j'ai quitté , mais il a l'avantage d'être gratuit. Le sol de la cuisine, surtout, est une horreur, un lino avec des losanges oranges et blancs. La salle de bain ressemble plus à un placard mural qu'à autre chose, placard dans lequel on aurait encastré une baignoire sabot et un lavabo. Quant au salon, un vieux parquet sale, recouvert de taches de peinture blanche, tombée du plafond lors de sa dernière réfection sans doute. Le maire accepte de refaire la tapisserie, car vraiment elle est trop délabrée. Une chambre jouxte l'appartement voisin et semble plus spacieuse que les autres pièces. Malheureusement , une simple porte empêche la communication des deux appartements et je comprends vite pourquoi cette pièce semble en bon état. Les locataires qui m'ont précédé, ont dû faire comme moi : la condamner, car entendre tout ce que les voisins disent et font dans leur chambre à coucher est juste légèrement gênant. Je dors donc dans le salon et y accepte systématiquement Célinou à mes côtés, l'installant une fois endormie dans la pièce d'à côté. La solitude me pèse fort et je me raccroche à ma môme autant que je le peux. En fait, je ne dois pas dire ma môme ; en effet Céline est grande avant son heure. Afin que je ne paye pas de nourrice, l'inspecteur m'accorde le droit de la scolariser dans ma classe. Elle n'a que deux ans et demi et mes plus petits élèves ont quatre ans. Céline trouve quand même sa place auprès d’eux, choyée par mes grands de cours moyen et un peu chahutée par mes "moyenne section "de la classe enfantine. L'après- midi, elle dort à l'étage, se lève seule et descend les fesses à l'air en classe où je l'habille rapidement avant de poursuivre mes leçons. Il faut faire vite car j'ai un travail fou, dix neuf élèves, dont neuf cas sociaux reconnus et tous les cours de quatre ans à douze ans. Je passe toutes mes soirées à préparer et corriger, de même que mes week-end et mes mercredis pendant le premier trimestre et il n'est pas rare de voir encore de la lumière dans la classe après 23 heures, ma petite dormant profondément à l'étage.
Ma première conférence pédagogique a lieu à Chaussin. Je m'y rends donc me demandant bien ce qui m'attend. En fait rien d'extraordinaire, tout du moins je le crois. J'avise que je connais deux personnes dans ce groupe d'instituteurs et institutrices ; il s'agit de deux anciennes copines de ma sœur aînée. Je m'empresse de les saluer et elles me prennent sous leurs ailes protectrices durant quelque temps. Je m'ennuie pendant tout le discours de mon inspecteur, monsieur Grospetrau, en fait pas autant que cela se devrait car je suis occupée à regarder un de mes collègues plus particulièrement. C'est un super bel homme : mince, grand, la trentaine , beau même dirais – je. Il a une telle prestance qu'il semble faire craquer ces dames. Vêtu sobrement, mais avec goût il est accompagné d’une femme ? Et quelle femme ! Celle – ci ressemble plus à un épouvantail qu'à autre chose. Cheveux oranges, imperméable rouge, bijoux de pacotille en grand nombre, fard à paupières bleu, elle ne risque pas de passer inaperçue, d'autant moins qu'elle gesticule beaucoup et parle haut. Visiblement il y a erreur. Comment deux individus si différents peuvent -ils être ensemble ? Lui : la discrétion et la classe ; elle le clinquant et le ridicule. J'apprends qu'ils sont tous deux enseignants à Tasmaniens un des villages les plus proches de Villars – Bobet .Immédiatement la nouvelle me réjouit. Je pense en effet que je dois normalement avoir des chances d'être appelée à le côtoyer. En ce qui la concerne, elle, non vraiment cela ne me tente pas ; mais lui par contre il me plairait bien.
Décembre est bien vite là. Je dois passer mon CAP , certificat d'aptitude professionnelle .
Il est huit heures et j'attends dans ma classe en ajustant mes derniers préparatifs. J'attends. Le jury doit se composer de mon conseiller pédagogique, de l'inspecteur départemental qui m'endort en conférence et on m'a dit d’un collègue aussi. J'attends donc, plutôt mal à l'aise. Le premier à arriver est le collègue en question et devinez ! Oui vous avez bien deviné : c'est bien le beau gars que j'ai repéré. Croyez – moi, ça ne m'arrange pas. J'ai déjà peur de faire des âneries mais en plus devant lui que je préfèrerais épater, cela ne me convient vraiment pas mais je n'ai pas le choix. Lui, comme un seigneur, me dit de ne pas m'en faire, que de toute façon il est là pour me défendre si besoin est. Tu parles d'une consolation ; je préférerais qu'il ne soit pas là, tout simplement.
Les deux autres arrivent. Je commence la classe, la peur au ventre mais bien vite, je suis prise par mon travail et ne m'occupe plus du jury. Je jongle entre mes cours comme j'ai appris à le faire depuis trois mois et ma foi, quand arrive l'heure de la sortie des enfants, je ne suis pas mécontente de moi et soulagée. Je reçois quelques jours plus tard mon rapport, il est bon. Tout va bien, au moins au niveau professionnel, car personnellement ce n'est pas encore le bonheur, loin de là.
Toutefois sans être guérie du manque de Denis, je vis un peu moins mal. Je n'ai pas de souvenirs de lui dans mon nouvel appartement. Je n'entends plus ses savates traîner sur le carrelage, ni sa voiture arriver à dix huit heures trente et me sens donc plus sereine. Mon travail m'occupe à temps plein et m'oblige à penser à autre chose qu'à sa disparition. Bien sûr, j'ai des coups de cafard épouvantables. Je pleure encore tous les jours mon mari, mais la petite phrase ne revient plus que quand je suis trop malheureuse ; le reste du temps , je suis tranquille. Je ne vais plus en boîte et cela ne me manque pas. Je vais de temps en temps chez Odette, retrouve que très occasionnellement Bibiche et ai une vie amoureuse inexistante et une vie sexuelle qui lui ressemble étrangement.
Je m'installe dans une sorte de ronron, qui s'il n'est pas gai, est au moins sécurisant ; jusqu'au jour où je reçois un courrier d'un de mes professeurs d'école normale me disant « : Je n'ai pas de nouvelles de toi, m'inquiète de savoir comment tu vas, passerai te voir dans ta classe un de ces jours „ Il s'agit de mon prof d'audiovisuel, Jean – Pierre Vahiné qui a eu la gentillesse de me faire de grands portraits de Denis, avant que je ne quitte l'EN, à partir de petites photos que je lui ai confiées et cela gratuitement. J'ai beaucoup apprécié cette intention, d'autant plus que j'avais grand besoin de voir Denis en grand format. Ces photos sont dispersées dans mon appartement, au moins une par pièce car j'ai besoin de sentir le père de ma petite près de moi. Je me surprends à lui parler régulièrement, comme s'il était là. Le ridicule ne tue pas, n'est ce pas.
Quelques jours plus tard après la réception de ce courrier, Jean – Pierre arrive comme il me l'avait annoncé. Il est pratiquement l'heure de la sortie de classe. Il m'explique qu'il arrive de Dole, d'une réunion. Je lui offre un café dans mon appartement. Normal, pas de problème ! Mais nous convenons d'un autre rendez – vous dans les mois à venir. Quinze jours plus tard, je reçois à nouveau un courrier qui m'annonce qu'il passera en soirée la semaine suivante. Il me fixe le jour et l'heure et me demande juste de le prévenir si je ne veux pas le recevoir. Je m'abstiens d'annuler, sachant pertinemment ce qui va se passer. Les regards de Jean – Pierre ne trompent pas, et ne me dérangent pas.
La solitude me pèse toujours autant, voir plus car s'y ajoute désormais la certitude que jamais rien ne changera. Cela va faire deux ans que Denis a disparu et je suis toujours aussi malheureuse. Il me manque terriblement. Les hommes que j'ai pu rencontrer tous ces mois passés ne m'ont strictement rien apporté, jamais le plaisir encore moins l'illusion d'être heureuse, non juste celle d'être encore vivante et moins seule quelques instants. Je suis à vrai dire complètement découragée. Seule ma gosse m'apporte des moments de plénitude. Il faut dire qu'elle est belle comme un cœur, intelligente comme tout et elle adore sa maman. De ce fait elle est un peu trop possessive et ne supporte ni qu'on me parle, ni même qu'on me regarde ; Elle a dit l'autre jour à la cousine Geneviève en la poussant « r'garde pas ma maman, veux pas ! » Et sur un ton ! Ca nous a bien fait rire . En attendant, heureusement que je l'ai ! Si elle n'était pas là, dans les moments de cafard les plus terribles, je crois que je me détruirais ; j'en ai tellement marre...
Mais ce soir, j'attends Jean – Pierre ; il arrive avec jambon, saucisson, camembert et baguette sous le bras. On joue à la dînette, puis au papa et à la maman. Il a presque l'âge de mon père et est d'une tendresse, d'une douceur telles que pour la première fois depuis le décès de Denis je prends du plaisir à faire l'amour. Jean – Pierre revient par la suite plusieurs fois mais comme je ne suis pas amoureuse, je m'en lasse très vite et le remplace très vite par le fiancé de Cathia , une copine . Une erreur ! Il est charmant, ce garçon , mais j'ai mauvaise conscience. J'aime bien sa copine Cath, la connais depuis longtemps alors très vite, après juste trois fois, je le renvoie vers elle.
Je suis donc très souvent seule, et lorsque je ne le suis pas, mes parents d'élèves l'ignorent et c'est ainsi qu'il vient à l'idée de certains qu'il faut qu’eux me trouvent un nouveau conjoint. Ils m'envoient donc un beau soir le vieux garçon du village, bien gentil ma foi, mais vilain, vilain. Pas mon genre du tout ! Il débarque donc en me disant « : Vous me reconnaissez, j'étais à côté de vous au banquet des conseillers ma réponse le déçoit car j'annonce, pas très fière certes « : Ah ! Non, pas du tout » Il reprend alors « : on m'a dit que vous étiez toute seule, alors je me suis dit que je pouvais venir vous tenir compagnie » Ma réponse le conforte dans ce qu'il craint car je lui dis que je ne pense pas que cela soit une bonne idée, mais puisque il est là, nous buvons un café . Le pauvre Gérard Lyen avale son café bouillant d'une traite et s'en va aussi vite qu'il est venu.
Peu de temps après, j'ai un tout petit souci avec un de mes parents d'élèves. Il veut juste me tuer. Ses enfants, maltraités, lui ont été retirés dans l'après – midi par le juge des enfants et monsieur croit qu'il a été dénoncé par la maîtresse. Alcoolique à fond, il laisse ses enfants crever de faim et de froid, boit avec l'argent des allocations familiales et voit donc d'un très mauvais œil de devoir se passer de sa source de revenus.
Furieux donc, il arrive après la sortie des élèves , dans mon appartement, hurle un chapelet d'insanités, me menace de coups et surtout de me donner un coup de fusil. Je tourne autour de ma table de salon au même rythme que lui afin qu'il ne m'attrape pas et le voit partir chercher sa carabine dans sa voiture avec soulagement .Le temps qu'il descende, je ferme évidemment ma porte à clé et attends la suite des évènements. Parallèlement, le maire s'est enfermé lui aussi dans la mairie mais a appelé la gendarmerie. Mon violent est remonté avec sa carabine, tambourine contre la porte d'entrée en m'assourdissant de qualificatifs tous plus sympathiques les uns que les autres. Il finit enfin par partir et de ce fait moi aussi, car inutile de vous dire qu'il n'est pas question que je dorme là cette nuit. Je pars donc chez mes parents où les gendarmes écoutent mon récit . Ceci étant fait , il est décidé que je fais classe le lendemain en leur compagnie
Effectivement, à mon retour à Villars – Bobet, trois d'entre eux m'attendent dans le couloir et deux vont y passer leur journée. L'inspecteur informé depuis la veille prend la décision de fermer l'école en attendant que la situation se calme dès la fin de cette journée . Au bout de trois jours de fermeture, la classe est réouverte sous la surveillance des autres parents qui ont établi un roulement. Chaque soir, durant une semaine, je rentre à Chaumontel, suivi par un papa qui surveille que mon fou ne m'attende pas sur le chemin du retour. Enfin ce cher monsieur est arrêté, emprisonné et l'école du village et ses habitants reprennent leur petite vie tranquille.
Nous finissons l'année scolaire par un superbe voyage chez nos correspondants, dans le Tarn. Nombre de mamans accompagnent leurs enfants. Pour beaucoup, il s'agit de leur premier voyage en train. Arrivés à Toulouse, nous sommes pris en charge par ma collègue et ses délégués de parents. Nous vivons huit jours merveilleux, avec une multitude de superbes ballades. Chaque enfant loge chez son correspondant et chaque soir c'est la fête. Je rencontre là bas un certain Pierre. Il est marié, a deux enfants mais le couple se dit libre. Pierre devient mon amant très rapidement au cours des vacances qui suivent et va le rester plusieurs mois, vu la distance qui nous sépare. C'est un marginal, cheveux longs, bouc énorme, type hippy qui parle poésie liberté etc. ... On refait le monde avec lui.
Il m'accueille en vacances chez lui en aoûtet fait donc de moi sa maitresse . Pour m'offrir ce voyage, je donne des cours particuliers à un gamin de Tasmaniens, un certain Jean – Jacques Gourer durant tout le mois de juillet.
Pierre me retrouve à nouveau dans le midi pendant quelques joursun peu plus tard . Il a laissé sa femme et ses mômes dans le Tarn et nous filons le parfait amour. Une petite trêve dans le mal être. Je me sens mieux avec lui et me repose quelques temps. Le problème est que je pense toujours autant à Denis et que je ne peux pas aimer autant Pierre, pas plus qu'un autre d'ailleurs. Je décide donc de le quitter définitivement lors de sa venue dans le Jura aux vacances de Toussaint suivantes. Je suis alors institutrice à Bologne depuis quelques mois.

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